Le premier site d'actualit? sur le Tibet

www.tibet.fr

26/07/22 | 8 h 53 min par Sam Rainy

CAMBODGE / CHINE : L’expansion chinoise prospère là où la démocratie est minée

L’expansion chinoise prospère là où la démocratie est minée

Pékin calcule qu’il y a un manque de volonté politique, à la fois en Asie du Sud-Est et dans le monde, pour résister à ses objectifs.

La reconnaissance occidentale de la réalité de la présence militaire chinoise au Cambodge met en évidence la facilité avec laquelle de telles installations peuvent être établies en l’absence d’institutions fortes et démocratiquement responsables.

L’accord autorisant les Chinois à construire une base navale au Cambodge a été rapporté par le Wall Street Journal en 2019. Cela s’est heurté à des démentis prévisibles du gouvernement du Premier ministre cambodgien Hun Sen, qui dirige le pays depuis 1985.

Le Washington Post a  rapporté le 6 juin de cette année que les responsables occidentaux reconnaissent maintenant que la Chine est en train de construire une installation navale au Cambodge à l’usage exclusif de son armée. Les responsables ont déclaré au journal que la base, située dans la partie nord de la base navale cambodgienne de Ream dans le golfe de Thaïlande, faisait partie de la stratégie chinoise de construction d’un réseau mondial d’installations militaires.

Les signaux d’avertissement ont été suffisamment clairs. Des exercices bilatéraux entre les marines cambodgienne et américaine ont eu lieu à Ream entre 2010 et 2016. Ces exercices ont été interrompus et un exercice militaire conjoint Cambodge-Chine a eu lieu en 2020. Une installation à Ream qui a été construite avec de l’argent américain a été démolie.

La base chinoise viole à la fois les accords de paix de Paris sur le Cambodge de 1991 et la propre constitution du Cambodge. Ces deux clauses stipulent que le Cambodge doit être neutre et indépendant.

Un haut responsable américain de la défense a déclaré à Reuters  que les tentatives de dissimulation des activités chinoises à Ream frôlent la farce, les Chinois de la base se déguisant lorsque des responsables étrangers sont venus en visite.

Russie-Ukraine

Le modèle de tromperie est familier. La Chine a nié pendant des années établir une base militaire à Djibouti dans la Corne de l’Afrique, qui a été ouverte en 2017. Comme au Cambodge, la justification officielle de la base « logistique » est formulée dans le langage du respect de la souveraineté par deux partenaires inégaux et la contribution qui sera apportée à la sécurité régionale.

Les bases de Djibouti et du Cambodge font partie d’une vaste stratégie visant à étendre la sphère de contrôle de la Chine. Un rapport du département américain de la Défense au Congrès en 2021 a déclaré que la «stratégie de fusion militaro-civile» de la Chine vise à intégrer les exigences militaires dans les infrastructures civiles et à tirer parti de la construction civile à des fins militaires.

La guerre entre la Russie et l’Ukraine a fourni un camouflage idéal au projet Ream et probablement à d’autres. Le monde a des préoccupations plus urgentes et les dirigeants chinois sont beaucoup moins susceptibles que Vladimir Poutine de recourir à une agression militaire directe.

Bien que la Chine évite habilement d’approuver l’invasion de Poutine, il reste une identité d’intérêts incontournable entre les deux plus grandes puissances autoritaires du monde. La guerre de Poutine pourrait être considérée comme le tournant où le monde libre a reconnu que la démocratie n’est pas une donnée naturelle que chacun aura tôt ou tard la chance d’adopter.

L’alliance de l’OTAN est susceptible d’être élargie et il sera plus difficile pour des régimes comme celui de Hun Sen de faire semblant d’être démocratiques tout en pratiquant l’autoritarisme et en courtisant des alliés autoritaires.

Le Premier ministre cambodgien semble avoir décidé qu’il ne servait à rien de faire semblant. Il a déclaré le 6 juillet que contrairement au système parlementaire, où les décisions nécessitent l’approbation d’une assemblée nationale et d’un sénat, le « système exécutif » nécessite simplement une décision du Premier ministre. La plupart des gens appellent cela une dictature.

La démocratie et les institutions représentatives, le monde libre le comprend maintenant, sont des réalisations qui doivent être activement défendues contre des forces qui feront tout ce qui est nécessaire pour les détruire.

Alors que Poutine entre par la porte d’entrée avec des armes à feu, la Chine opère discrètement d’une manière conçue pour éviter de déclencher une crise internationale. Il calcule qu’il y a un manque de volonté politique, à la fois en Asie du Sud-Est et dans le monde, pour résister à ses objectifs d’expansion.

Qu’elle gagne ou perde la guerre en Ukraine, la Russie en sortira sévèrement affaiblie et n’aura guère d’autre choix que de devenir un partenaire junior de Pékin.

Pourtant, il n’y a rien d’inévitable ou d’irréversible dans l’expansion militaire chinoise. Les accords clandestins pour des bases militaires secrètes prospèrent grâce à l’opacité de la dictature : la plupart des pays avec lesquels la Chine cherche à établir des partenariats militaires sont loin d’être démocratiques.

En effet, de tels accords sont le plus efficacement empêchés par des institutions gouvernementales solides et transparentes, le gouvernement étant tenu responsable lors des urnes. C’est loin d’être le cas au Cambodge.

La meilleure façon d’assurer la stabilité en Asie du Sud-Est et au-delà consiste à soutenir des élections libres et équitables menant à une réforme institutionnelle.

SAM RAINY

Sam Rainsy est un leader de l’opposition démocratique cambodgienne depuis qu’il a été ministre des Finances en 1993-1994.