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05/07/22 | 12 h 52 min par Hervé Chambonnière

EN RADE DE BREST : L’espionnage « made in China »… n’est pas en rade !!

Espionnage chinois en Bretagne: mythe ou réalité ?

L’ingérence chinoise en Bretagne en dix « anecdotes »

Hervé Chambonnière Publié par Hervé Chambonnière le 03 juillet 2022 à 11h00

 

Le sous-marin Le Triomphant, à l’Ile Longue.
Le sous-marin Le Triomphant, à l’Ile Longue. (Photo Le Télégramme)

Voici 10 anecdotes, ou affaires plus conséquentes, montrant les différentes facettes que peuvent revêtir l’influence et l’ingérence chinoises en Bretagne.

    •  La rocambolesque affaire Boursicot

C’est l’une des très rares affaires d’espionnage rendues publiques ces 50 dernières années. Arrêté en France en 1983, Bernard Boursicot, comptable originaire de Vannes, a transmis pendant près de dix ans des archives diplomatiques de l’ambassade de France à Pékin au régime chinois, pour les beaux yeux d’une espionne chinoise qui s’est révélée être… un homme.

    • Fiston chinois cherche piston

La demande d’un étudiant chinois pour appuyer sa candidature en Bretagne est parvenue à un responsable de l’Université de Bretagne occidentale, grand amateur de culture chinoise, il y a plusieurs années. Après vérification, l’étudiant s’est révélé être le fils… d’un haut responsable d’un service de renseignement chinois. Candidature recalée.

    •  L’Ile Longue filmée sous toutes les coutures

Un responsable universitaire brestois, grand amateur de culture chinoise, accompagnait un groupe chinois dans le cadre d’une rencontre internationale des villes-ports, événement qu’il situe au début des années 2010. Lors d’une réception sur un bateau, en rade de Brest, il aperçoit un homme qu’il ne connaît pas, dissimulé par le groupe. « Il se cachait pour filmer la rade et ses « équipements ». (NDLR : l’Ile Longue, base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins). Quand j’ai demandé à mon homologue qui était cette personne, celui-ci m’a répondu : « Oh lui ? N’y prêtez pas attention, c’est un interprète ». »

    •  Un chercheur d’Ifremer pris au piège

Quand en Chine, le directeur du laboratoire universitaire qui l’accueille pour six mois, il y a six ans, lui demande s’il souhaite participer au jury examinant une thèse, Louis Geli, géophysicien marin de réputation internationale à l’Ifremer à Brest, accepte sans se méfier. La thèse lui est partiellement traduite en anglais. À l’oral, Louis Geli comprend trop tard. La thèse porte sur la nature géologique de la fosse d’Okinawa… revendiquée par la Chine et le Japon. Et elle est «entachée d’erreurs et contre-vérités scientifiques», en faveur de la Chine bien sûr. Louis Geli proteste, provoquant la fureur du directeur chinois. « J’ai néanmoins pu faire consigner mes réserves. Mais j’ignore si mon nom est resté associé, et a servi de caution à cette thèse. »

« Quand j’ai placé les coordonnées, je me suis rendu compte que tous les appareils étaient situés en zone américaine… sans autorisation ! »

              ° Les dérangeantes coordonnées des sismographes chinois

C’est cette anecdote que rapporte encore Louis Geli. Au cours d’une discussion, le même directeur du laboratoire chinois lui évoque des travaux sur l’une des fosses les plus profondes au monde (les Mariannes), dans le Pacifique. Il lui confesse qu’il a déposé dix sismographes sous-marins en face de cette fosse. Très intéressé, Louis Geli demande les coordonnées pour effectuer des modélisations. Son interlocuteur renâcle, mais finit par céder. « Quand j’ai placé les coordonnées, je me suis rendu compte que tous les appareils étaient situés en zone américaine… sans autorisation ! » Précision : les sismographes peuvent aussi détecter à longue distance un passage de sous-marin (par exemple les sous-marins nucléaires de l’île américaine voisine de Guam).

    •  Rififi dans une école d’ingénieurs bretonne

Les faits remontent à l’automne 2021. Dans une renommée école d’ingénieurs disposant de plusieurs campus en Bretagne, des doctorants chinois ont manifestement peu goûté la référence sur des documents internes à Taïwan et Hong Kong. Pour protester, ils ont inondé les boîtes mel des professeurs, administratifs et étudiants. « Une tempête dans un verre d’eau, convient une source bien informée. Mais cela illustre la capacité de ressortissants chinois, même s’ils ne sont pas des agents, à défendre coûte que coûte le discours national. C’est la grande force du régime.»

 

Des brevets issus de travaux de recherche (avec des applications militaires) d’un laboratoire universitaire breton financé par l’État et des sociétés françaises liées à la Défense, ont été déposés… en Chine, empêchant toute exploitation future par une entité française dans ce pays. La personne ayant déposé les brevets est l’un des membres, d’origine chinoise, du labo français. Les faits, qui se sont produits à la fin des années 2000, n’ont jamais été médiatisés. Le membre du labo en question est toujours en poste. Le ministère de l’Enseignement supérieur a, par ailleurs, refusé la venue d’un doctorant chinois dans ce même laboratoire.

 

    • Pas d’expo Gengis Khan à Nantes

Le musée d’histoire de Nantes a été contraint, en 2021, de reporter un long projet d’exposition consacrée à l’histoire de Gengis Khan et de l’empire mongol, en partenariat avec un musée chinois. La cause ? Les autorités chinoises ont tout d’abord sommé le musée de renoncer aux termes « Gengis Kan », « empire » et « mongol », avant de demander un contrôle de l’ensemble des textes, cartographies, et éléments de communication de l’expo. Le bureau du patrimoine de Pékin a ensuite réécrit un synopsis, « visant à faire disparaître totalement l’histoire et la culture mongole au bénéfice d’un nouveau récit national », estime le musée nantais, qui espère néanmoins présenter l’exposition avec le scénario, en 2023. Mais sans les éléments issus des collections chinoises.

    • La Bretagne à cinq départements, et avec le Mont-Saint-Michel !

Le renseignement chinois, beaucoup moins centralisé que dans nos pays occidentaux, supervise ses missions de province à province. Pour la Bretagne, c’est le Shandong (est de la Chine ; 100 millions d’habitants), peut-on lire dans « Les Tribulations des Bretons en Chine », de Roger Faligot (Éditions Les Portes du Large)… avec qui elle est jumelée (comme les villes de Rennes, Saint-Brieuc, Lorient, Quimper et Brest avec leurs villes homologues dans le Shandong) depuis 1985. La Sécurité d’État utilise ces comités de jumelage pour y mailler ses réseaux dans la région, qui inclut pour eux la Loire-Atlantique et le Mont-Saint-Michel ! Un an plus tard, révèle le même livre, un jeune chercheur chinois, passé par Douarnenez et l’Ifremer à Nantes, était exclu de la faculté des Sciences de Brest. La DST (DGSI aujourd’hui) avait acquis la preuve qu’il communiquait des informations confidentielles à son pays.

PHOTO FRANCOIS DESTOC / LE TELEGRAMME MONT ST MICHEL (50) Mont Saint Michel Le Mont Saint-Michel entre le 1er mai dans la célébration de ses 1.300 ans. Début festivités 13è centenaire fondation Mont-S
. (photo François Destoc)

« Les réseaux locaux sont très importants pour la Chine. Quand une décision ne passe pas au niveau national, ce sont eux qui entrent en action. Ce que fait la Chine en France, ce n’est pas du maillage, mais du tissage », confie au Télégramme le sénateur (LREM) André Gattolin, rapporteur, en octobre dernier, de la mission d‘information « Influences étatiques extra-européennes dans le monde universitaire et académique français et leurs incidences ». Le parlementaire évoque le chiffre de « 6 000 à 8 000 associations franco-chinoises » en France.

    •  Le navire chinois et le débris de missile nucléaire français

En mars 2022, un Rafale avait procédé, à la pointe bretonne, à un tir d’essai de missile de croisière à capacité nucléaire ASMP-A. Un fragment de ce missile – un cylindre de 2 m de long et d’environ 40 cm de diamètre – n’avait pas été retrouvé et était susceptible de dériver entre Penmarc’h et Belle-Île-en-Mer. C’est dans cette zone qu’un vraquier de 300m de long armé par un groupe chinois a été repéré par la Marine nationale au cours des semaines suivantes. Une équipe de douaniers a été héliportée pour contrôle à bord. Celui-ci n’a révélé «aucun élément suspect». Le navire de commerce est resté pendant plusieurs jours sous surveillance de la Marine nationale.