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28/01/22 | 9 h 29 min par Jean-Guy Lebreton

JO D’HIVER de PEKIN 2022 : un désastre écologique et financier…

TOUT COMPRENDRE: POURQUOI LES JO 2022 DE PÉKIN FONT TANT POLÉMIQUE?

Les Jeux olympiques d’hiver 2022 se dérouleront à Pékin du 4 février au 20 février malgré un contexte tendu. L’hôte chinois fait face à une grosse contestation et l’événement planétaire divise toujours autant, en raison du contexte sanitaire, géopolitique et même écologique.

Pékin, sa Cité interdite, ses 21 millions d’habitants… son altitude maximale de 44m et son total de zéro mètre de poudreuse au mois de février. Moins d’un an après les Jeux olympiques à Tokyo, la Chine s’apprête à accueillir le monde du sport pour les JO d’hiver à Pékin. Après le voyage en Corée du Sud à Pyeongchang en 2018, les athlètes se rendront cette fois dans la capitale chinoise pour une quinzaine de compétition.

Si les épreuves des cinq sports de glace se dérouleront dans la périphérie urbaine de Pékin, celles de ski alpin, de luge, de bobsleigh et de skeleton seront disputées dans une station à environ 90 km du centre-ville. Les autres sports de neige, tels que le biathlon, seront eux localisés à 220 km plus au nord. Qu’importe, Pékin va ainsi devenir la première ville à avoir organisé à la fois les Jeux d’été (en 2008) et ceux d’hiver. Et cela malgré plusieurs polémiques ou doutes qui viennent un peu gâcher la fête.

L’incertitude sanitaire liée au Covid-19

A l’image des JO de Tokyo l’été dernier, ceux de Pékin vont être rythmés par la crise sanitaire et le Covid-19. Afin de ne pas prendre le risque d’un report ou d’une annulation, les organisateurs ont décidé d’instaurer une immense bulle sanitaire anti-coronavirus sur tous les sites olympiques depuis le début du mois de janvier.

La Chine, où la pandémie a été détectée pour la première fois fin 2019, a largement éradiqué la maladie en recourant à des mesures très strictes de dépistage, de traçage, de confinement et de vaccination. Ses frontières ont été pratiquement fermées dès mars 2020 et les vols internationaux drastiquement réduits. Mais avec l’arrivée de 3.000 sportifs, officiels et autres membres des différentes délégations pour les JO 2022, le gouvernement chinois a tout mis en place pour limiter les contacts entre les étrangers et les populations locales. De la même manière, si les organisateurs voulaient d’abord autoriser le public chinois à assister aux épreuves, l’accès sera permis uniquement sur invitation, afin de permettre une meilleure organisation de l’arrivée des spectateurs dans les enceintes.

Un désastre écologique et financier?

D’un point de vue sportif, difficile de justifier le choix de Pékin et la décision du CIO a engendré de nombreuses critiques. Le Comité international olympique est suspecté d’avoir cédé aux sirènes de l’argent. Et pour cause, peu de pays ont accepté de prendre à leur frais l’organisation des JO d’hiver 2022: seules la capitale chinoise et Almaty (Kazakhstan) étaient candidates.

« Ce que je reproche un peu les organisations qui mettent en place ces olympiades d’hiver, c’est que le business prend un peu le dessus sur l’âme de l’olympiade, a regretté le biathlète français Quentin Fillon-Maillet ce mercredi face à la presse. Les Jeux olympiques on nous fait la promotion du partage, de l’équité, du respect et de tout ça pour finalement aller sur des sites qui ne sont pas forcément porteurs des vraies valeurs de l’olympisme. Il y a certaines histoires de gros sous. »

 

Outre le coût économique des Jeux olympiques de Pékin, estimé à plus de deux milliards d’euros, la Chine va devoir en assumer l’impact écologique. Obligé de créer de nombreuses infrastructures, et même une ligne de train à grande vitesse pour relier les différents sites olympiques, le gouvernement chinois va organiser les JO avec… de la neige artificielle. Et uniquement de la neige artificielle. Dès 2019, la Chine a prévenu qu’elle aurait probablement recours à près de 185 millions de litres d’eau afin de recouvrir les pistes pour les différentes épreuves.

« Au vu des circonstances liées au Covid-19, à la politique ou même à l’écologie, il faut réfléchir à des Jeux olympiques qui soient respectueux et qui amènent vraiment une vraie âme et un partage, a encore estimé Quentin Fillon-Maillet. Cela ne doit pas être que des pays qui se mettent à débourser des millions et des milliards pour organiser des Jeux olympiques mais avec des sites qui ne sont plus utilisés par la suite. »

Comme le souligne le double champion du monde de biathlon, le manque d’attrait de la population chinoise pour les sports d’hiver risque de donner naissance à des stations fantômes après les JO de Pékin.

La crainte est réelle de voir les sites olympiques laissés à l’abandon ou peu utilisés après la fin de la quinzaine olympique. Et dans ce cas, la volonté affichée de réduire le bilan carbone avec une électricité produite uniquement grâce à des énergies renouvelables aura débouché sur un échec fracassant.

La Chine n’est pas un pays de ski

Au-delà de voir les aspects financiers et politiques primer sur le sportif, plusieurs athlètes ont partagé leur inquiétude à l’idée de participer à un rendez-vous sans le soutien populaire. Si les restrictions sanitaires empêcheront le public d’assister aux épreuves, rien n’assure que des stades pleins soient un gage de belle ambiance. La faute à un manque de culture ski dans le pays.

Début décembre, le skieur Clément Noël ne comprenait pas la décision du CIO d’organiser les JO d’hiver dans des pays où le ski alpin n’est pas ou peu développé. Après la Corée du Sud en 2018, le choix de la Chine pour 2022 ne passe pas auprès du slalomeur tricolore. Surtout à cause d’une ferveur populaire qui ne devrait pas atteindre des sommets.

« Ce n’est pas en Chine qu’il y a la plus grosse culture du sport d’hiver. C’est en Europe voire aux Etats Unis et au Canada. En Chine cela risque de manquer de passion et d’engouement en tout cas pour ce qui nous concerne sur les épreuves de ski alpin donc ça c’est un point vraiment négatif. Même s’il y aura peut-être plus de ferveur sur les épreuves de patinage. Mais quand on voit les courses qu’on est capable de faire en Autriche avec 50.000 spectateurs avec la passion et tout ça on se dit que la course la plus importante de l’année doit être encore mieux que ça. Et là non, a pesté le skieur de 24 ans auprès de RMC Sport. Disons que cela fait deux olympiades de suite où on a l’impression qu’on nous les brade un petit peu, parce que il faut les mettre là-bas. Je trouve ça dommage j’aurais bien aimé que ces JO n’aient pas lieu là-bas. C’est bien parce que d’un côté on est content de voir du pays. On fait des voyages, mais ce n’est pas le plus important de faire des voyages. Le plus important c’est de vivre quelque chose d’exceptionnel avec une ferveur exceptionnelle. »

Un sentiment partagé par Quentin Fillon-Maillet: « Le fait d’aller dans des pays qui ne sont pas forcément porteurs des sports d’hiver, il faut réfléchir à tout cela. C’est un message que je lance à tous les politiques. Les Jeux olympiques c’est avant tout porteur de valeurs fortes. »

Le boycott diplomatique des JO 2022

A l’inverse de Clément Noël, qui n’a jamais suggéré un boycott des Jeux olympiques de Pékin, plusieurs pays ont décidé de ne pas envoyer de représentants officiels. Plutôt que de priver les sportifs des épreuves pour lesquelles ils se sont qualifiés, certaines grandes nations ont donc opté pour un boycott diplomatique du rendez-vous dans la capitale chinoise.

C’est notamment le cas des Etats-Unis, de l’Australie, de la Grande-Bretagne, du Canada et du Japon qui entendent montrer publiquement leur défiance vis-à-vis du régime chinois. Si la Chine a demandé aux USA de revenir sur leur décision ces derniers jours, Washington ne devrait pas faire évoluer sa ligne. Pour justifier son choix, Joe Biden et la diplomatie américaine ont évoqué plusieurs causes. Idem pour les autres nations qui n’enverront pas de représentant politique à Pékin. Le régime chinois est ainsi accusé de violer les droits de la minorité des Ouïghours au Xinjiang, de menacer l’intégrité du territoire de Taiwan.

De manière plus générale, le non-respect des droits de l’homme en Chine pose problème à de nombreux pays. Du côté de la France, Jean-Michel Blanquer a justifié le choix de ne pas rejoindre le boycott diplomatique aux Jeux olympiques de Pékin.

« Il y a deux sujets: ce que nous disons sur la Chine d’une part et notre attitude sur les manifestations sportives d’autre part, a commenté Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports lors de son passage sur BFMTV le 9 décembre. La France est sans ambiguïté: nous avons condamné les discriminations et les persécutions sur les minorités, comme sur les Ouïghours. Je dis mon inquiétude aussi sur Peng Shuai. Nous devons être fermes et clairs. Mais le sujet du boycott diplomatique est une autre histoire. La France ne le fera pas. Nous devons être attentifs sur le rapport entre le sport et la politique. Le sport doit être préservé au maximum des interférences avec la politique. Sinon, on finira par tuer l’ensemble des compétitions. »

La crispante et gênante affaire Peng Shuai

Le membre du gouvernement français le rappelle au détour de son argumentaire: si la France enverra des officiels àPékin, elle a aussi suivi avec attention le dossier Peng Shuai. Portée disparue pendant quelques jours, la joueuse de tennis avait accusé un ancien haut-dignitaire du parti communiste chinois de viol.

Sans nouvelle d’elle, le monde du tennis, celui du sport puis l’opinion publique s’étaient émus de cette situation. Face à cette polémique, la Chine a fini par craquer et Peng Shuai est réapparue comme par magie au travers de vidéos diffusée par des journalistes proches du pouvoir.

Le CIO, souvent très distant concernant les affaires politiques internes, s’est même senti obligé de jouer les intermédiaires en raison de la pression internationale. Après une première visioconférence entre Peng Shuai et Thomas Bach, l’instance olympique a semblé convaincue par les efforts de la Chine. En marge des JO de Pékin, le dirigeant allemand du CIO a même confirmé un projet de rencontre avec la spécialiste du double. Dans une déclaration à l’AFP ce jeudi, un porte-parole du CIO a indiqué avoir été en contact avec elle à plusieurs reprises, et encore la semaine dernière.

« Peng shuai a dit se réjouir de rencontrer le président du CIO Thomas Bach et la présidente de la Commission des athlètes Emma Terho, a-t-il rapporté. Cette rencontre aura lieu pendant les Jeux. »

Malgré toutes ces incertitudes, les Jeux olympiques se tiendront donc bien comme prévu du 4 au 20 février. Reste à savoir si certains athlètes profiteront de leur participation aux différentes épreuves pour faire passer leur message politique ou si le CIO se montrera intransigeant autour de la neutralité du sport et du rendez-vous olympique. Et surtout, vive les Jeux olympiques! Même à Pékin et malgré de vives polémiques.

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