Avec une dette extérieure d’une dizaine de milliards de dollars, estimée à 66 % du produit intérieur brut (PIB) par la Banque mondiale en avril, dont près de la moitié due à la Chine, et des réserves de change équivalentes à quelques mois d’importation, le Laos fait partie des pays dont les voyants clignotent au rouge. Ces déséquilibres s’approchent, sur le papier, de ceux qui ont fait chavirer le Sri Lanka, quatre fois plus gros et plus peuplé. En cause, une conjonction de facteurs particulièrement cruels pour ce petit pays de 7,5 millions d’habitants, qui avait amorcé une métamorphose économique grâce à des investissements massifs dans la logistique et l’hydroélectricité : le Covid-19, ses séquelles prolongées sur les échanges avec la Chine dont la frontière est close et, enfin, l’impact inflationniste de la guerre en Ukraine.

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En mai, tout a failli s’emballer pour de bon : avec le kip, la devise laotienne dont la dégringolade face au dollar s’est accélérée, les compagnies pétrolières ont cessé de fournir de l’essence. De longues files d’attente sont apparues en province, puis dans la capitale, Vientiane. Le bras de fer n’a cessé avec le gouvernement que quand celui-ci a consenti à leur octroyer de nouveaux moyens de paiement pour assurer deux mois d’approvisionnement en carburant via la Thaïlande, tout en maintenant le kip à un niveau stable, grâce à un contrôle des changes, aux deux tiers de sa valeur contre la devise américaine d’il y a un an.

Des chauffeurs de tuk-tuk attendent des clients devant un temple chinois, à Vientiane (Laos), le 3 juillet 2022. 

Incendie maîtrisé : Vientiane a retrouvé, en juillet, sa torpeur des mois de mousson et ses mini-embouteillages des soirs de week-end. Mais pour un temps seulement. Les échéances de septembre promettent d’être salées. Lors de la session annuelle de l’Assemblée nationale, du 13 juin au 7 juillet, seule occasion où les dirigeants de ce pays communiste tolèrent les critiques – entre eux –, l’heure fut au grand déballage. Le nouveau ministre des finances, Bounchorn Oubonpaseth – l’ancien a été limogé, tout comme le gouverneur de la banque centrale et le ministre de l’économie –, a tiré la sonnette d’alarme sur les « emprunts massifs consentis pour le développement national de 2010 à 2016 ».

Un petit air de reprise en main

Le service de la dette, a-t-il précisé, a atteint 1,6 milliard de dollars (environ 1,56 milliard d’euros), dont plus de 90 % arrivent à échéance au troisième et quatrième trimestre. Le premier ministre, Phankham Viphavanh, en place depuis 2021, s’est attaqué aux détournements de fonds et à la mauvaise gestion endémique parmi les quelque 180 entreprises publiques que le gouvernement tente de privatiser. Il a aussi dénoncé l’importation en contrebande, chaque année, de la moitié de ce que le pays importe officiellement de carburant.

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