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03/08/15 | 10 h 08 min

Libération d'un prisonnier politique après huit ans passés dans les prisons chinoises

Dharamshala –Le Tibétain  Runggye Adak, l’un des prisonniers politiques les plus célèbres, aurait été libéré vendredi dernier, 31 juillet 2015 à 1 heure du matin, heure locale, après avoir purgé une peine de huit ans dans une prison chinoise.

La police chinoise l’aurait emmené en voiture directement chez lui, tôt le matin, sans en informer sa famille afin de prévenir tout accueil et réjouissance populaires après ces huit ans passés en prison, selon nos sources.

Adak, connu pour être une figure locale respectée, père de onze enfants, a été emprisonné en août 2007 après s’être adressé avec véhémence  à une foule de milliers de Tibétains réunis pour le fameux Festival du Cheval du comté de Lithang*, au Tibet oriental.

Adak avait aussi parlé avec fougue de la souffrance des Tibétains sous l’emprise étouffante de la Chine : « Bien que nous puissions nous déplacer physiquement, il nous est impossible d’exprimer ce qui est dans nos cœurs. » avait-il proclamé !

Chose très rare, un réalisateur était présent pendant cette intervention publique et avait filmé la scène et l’arrestation ( doc : TIBET : LES ENJEUX D’UN CONFLIT ) Selon des témoins oculaires, Adak, impressionnant avec son chapeau de cowboy blanc et sa chuba traditionnelle jetée sur les épaules, avait demandé la libération de tous les prisonniers politiques tels Panchen Gedhun Choekyi Nyima** et Tenzin Delek Rinpoché ***, moine, responsable hautement respecté dans sa communauté, mort récemment dans une prison chinoise alors qu’il purgeait une peine à perpétuité, au motif douteux d’avoir « conspiré à des explosions ». Adak avait aussi demandé le retour au Tibet de Sa Sainteté le Dalaï Lama. Le nomade avait pris le personnel de sécurité par  surprise et avait pu terminer sa prise de parole sous les hurlements d’approbation de la foule avant d’être arrêté par des policiers armés. Peu après, Adak avait été mis en détention et accusé « de provocation et de tentative de subversion du pouvoir ». Il avait été inculpé par le Tribunal intermédiaire populaire de Kardze devant lequel il avait dû répondre de 4 chefs d’accusation, allant de trouble à l’ordre public à subversion de l’Etat. Il fut ensuite été condamné à huit ans d’emprisonnement avec privation de ses droits politiques pendant quatre ans. Au cours du procès, le juge avait déclaré qu’en demandant le retour de Sa Sainteté le Dalaï Lama, Adak avait « commis le crime de subversion de la République de Chine ». En réponse, Adak avait déclaré à la Cour, « Je voulais faire entendre les griefs et inquiétudes des Tibétains dans la mesure où nous n’avons aucun autre moyen de le faire. » Il avait continué en disant que tout le monde au Tibet avait confiance dans  le Dalaï Lama, lui était loyal et souhaitait de tout cœur son retour. Il avait ainsi contré la « propagande » des autorités chinoises qui voudrait que les Tibétains aient perdu confiance dans le Dalaï Lama en affirmant : « C’est faux, mais nous ne sommes pas libres de le dire. » Le neveu d’Adak, Adak Lopoe, avait écopé de dix ans, et un professeur de dessin et de musique appelé Kunkhyen, de neuf ans, tous deux pour crimes visant à mettre en danger la sécurité nationale –en d’autres termes, pour avoir tenté d’informer le reste du monde de la protestation d’Adak. Les actes de Runggye Adak avaient été qualifiés « d’incident politique majeur » par le Gouvernement central de Chine, mais, aux yeux des Tibétains il était devenu instantanément un héros. Pendant quelques minutes, une voix libérée de la censure s’était faite entendre, voix  qui incarnait leurs rêves secrets et leur violente colère. Le plaidoyer du nomade avait insufflé une nouvelle résistance contre le contrôle de la Chine sur le comté de Lithang, entraînant les mesures de représailles les plus féroces que la région ait connues depuis des décennies. Malgré le peu d’informations sur le lieu où se trouve Adak depuis sa libération, on pense qu’il serait toujours à Lithang. Traduction France Tibet *  Festival annuel strictement interdit depuis… ** Panchen Gedhun Choekyi Nyima : le second personnage religieux du Tibet, après le Dalaï Lama , dont on ignore tout de lui depuis son arrestation à l’âge de 7 ans ***  Tenzin Delek Rinpoché : Aucune réponse à ce jour du Gouvernement chinois aux réclamations au sujet des circonstances troubles de sa mort …]]>

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