Le premier site d'actualit? sur le Tibet

www.tibet.fr

24/05/22 | 21 h 56 min

PEKIN / URUMCHI / OUIGHOURS : Répression et Témoignage contre la machine à broyer chinoise

Remise de pétition pour libération des minorités musulmanes détenues dans le Xinjiang. Paris

Les « Xinjiang Police Files », documents issus des forces de sécurités chinoises et publiés par un groupe de médias internationaux, dont « Le Monde », rappellent qu’il faut garder les yeux grands ouverts sur la réalité que la Chine représente aujourd’hui.

Qui pourra encore nier, relativiser ou encore passer sous silence le sort infligé par la Chine à l’une de ses minorités ? Certes, personne n’a jamais cru à l’explication officielle de Pékin, qui présente les camps d’internement des Ouïgours et autres ethnies musulmanes de la région du Xinjiang comme des centres de formation professionnelle. Les multiples témoignages de rescapés parus dans la presse ces dernières années racontaient déjà le ciblage arbitraire des populations, le système carcéral, les stérilisations forcées et l’endoctrinement pour effacer les signes distinctifs de ces cultures.

Les « Xinjiang Police Files » apportent cependant une autre dimension à cette tragédie. Ces documents issus directement des forces de sécurité chinoises et publiés, mardi 24 mai, par Le Monde et treize autres médias internationaux confirment de l’intérieur l’obsession sécuritaire et l’effort d’essence totalitaire déployé pour remodeler une population. Ils décrivent, avec la précision terrifiante d’une notice d’utilisation, la machine à broyer à laquelle sont livrées des familles entières, suspectes par association, internées du seul fait d’être proches d’un autre détenu, ou en raison d’une « forte atmosphère religieuse familiale ».

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Xinjiang Police Files » : révélations sur la machine répressive chinoise contre les Ouïgours

Et la machine tourne à plein régime si l’on se fie au chef de la région d’alors, Chen Quanguo. Ce dernier se félicite, dans des discours internes au Parti communiste chinois, que les « quatre ruptures » aient été « bien accomplies », à savoir casser les lignées des familles, les racines des populations, leurs relations avec l’extérieur et même avec leurs « origines ».

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Répression contre les Ouïgours : « Réduire à néant les séparatistes et les traîtres ! »

Ces révélations surviennent au moment où la haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, effectue une visite longuement négociée en Chine, notamment au Xinjiang. Les termes du déplacement n’ont pas été rendus publics. Les chances d’une réelle enquête de terrain indépendante, sans entraves, sans mise en scène, sont très faibles, et les autorités chinoises pourraient, au contraire, détourner la séquence pour en tirer une validation de leur politique radicale.

Appel à la raison

La réponse de l’ancienne dirigeante chilienne à l’aggravation des abus commis au Xinjiang a jusqu’à présent été particulièrement discrète, tout comme l’a été celle du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, pour ne pas parler du silence des pays prompts à dénoncer un racisme antimusulman uniquement à propos des pays occidentaux. Cet état de fait traduit la nouvelle influence de Pékin sur le système international, sa capacité à peser sur le vote, dans les assemblées onusiennes, de nombreux pays que le régime soutient économiquement.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Quand la Chine surveillait de trop près des diplomates européens en visite au Xinjiang

Il est aussi le signe d’une brutalité assumée des relations internationales et l’illustration d’une ère nouvelle de l’impunité. Cette dernière a été confortée par la déclaration commune sino-russe du 4 février, une profession de foi en faveur d’un nouvel ordre mondial, fondamentalement révisionniste, rédigée à la veille de l’invasion de l’Ukraine.

Bien que la Chine ait interné au moins un million de Ouïgours, nul n’envisage sérieusement de la sanctionner à la hauteur de ces violations des droits humains. Et quelle grande marque occidentale serait prête à s’aliéner l’immense marché chinois ? Pour tous les interlocuteurs et partenaires de Pékin, les « Xinjiang Police Files » doivent cependant être un ultime rappel à l’ordre et à la raison : il faut garder les yeux grands ouverts sur la réalité que la Chine représente aujourd’hui.

Le Monde

 Illustration :  Le supplice chinois* / Concentration, chaînes et contraintes physiques et morales … BARBARIE à l’ état pur …

 Enhttps://www.amnesty.fr/discriminations/actualites/ouighours-kazakh-et-autres-minorites-musulmanes