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20/09/21 | 8 h 04 min par France Info - France Culture

RAPPORT FRANÇAIS DE L’IRSEM SUR LA BASE CHINOISE 311* DE FUZHOU ou unité 61716* de l’armée chinoise

Le rapport de l’IRSEM a reconstitué l’état major de la base 311, QG militaire d’influence chinoises, depuis 15 ans mais l’identité des dirigeants actuels reste mystérieuse.(IRSEM)

 

Petit rappel publié sur le site de tibet.fr et Alternatives-Pyrénées (16-02-2021) Huawei/Brumath le mémorandum de Monsieur J.L. FULLSACK…:
– « La guerre au delà des règles » du 01/11/1999 (Warfare beyond rules) : https://journals.sagepub.com/doi/full/10.2968/055006007
– Les armes biologiques au centre de la recherche militaire chinoise au cours des 20 dernières années 25 mars 2020 par le Docteur Monika Chansoria : https://japan-forward.com/biological-weapons-the-focus-of-chinas-military-research-in-the-last-20-years/

*L’unité 61716 ou base 311 appelée : « la base de la guerre de l’opinion publique, de la guerre psychologique et de la guerre du droit »

Un rapport français dévoile le gigantisme des réseaux d’influence chinois dans le monde

L’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem), un organisme para public, publie un rapport de 650 pages, d’une ampleur sans précédent, sur les réseaux d’influence de la Chine dans le monde.

Le rapport de l’Institut de recherche stratégique de l’École Militaire (Irsem) montre l’ampleur des réseaux développés par la Chine en l’espace de quelques années. Ce travail, que la rédaction internationale de Radio France a pu consulter en avant-première, est dévoilé lundi 20 septembre au moment où, après l’épisode des sous-marins australiens, la France s’interroge sur son positionnement géopolitique entre les États-Unis et la Chine. Fruit de deux ans de travail, le rapport met notamment en lumière plusieurs opérations chinoises de désinformation. Des réseaux tous azimuts, avec d’innombrables acteurs, et une professionnalisation ultra-rapide. Il y a bien sûr des relais classiques et légaux, les diasporas, les diplomates, les universités, le soft power comme le cinéma. Et il y a des opérations beaucoup plus troubles de désinformation à grande échelle, par exemple à Taïwan, en Suède, ou sur le Covid, avec parfois des millions de personnes impliquées dans les opérations de fake news.

Une base militaire et une armée de trolls

Le quartier général des opérations d’influence chinoises, c’est la base 311 de l’Armée populaire. Basée à Fuzhou dans le sud du pays, dissimulée derrière l’adresse d’une piscine située à proximité, la base 311 possède neuf unités identifiées par le rapport, elle mène des opérations d’influence via des stations de radio, des maisons d’édition, des universités. Encore plus monumentale : « l’armée des 50 cents ». Il s’agit d’anonymes rétribués, de l’équivalent de quelques centimes à l’équivalent de quelques dizaines d’euros pour propager des « informations ». Selon le rapport, 2 millions de citoyens chinois seraient payés à temps plein pour relayer la propagande de Pékin et 20 millions agiraient à temps partiel, à la demande, pour inonder les réseaux sociaux et créer l’illusion de mouvements spontanés. Cette tâche prend la forme d’une multitude de sites, comme ceux des réseaux Qiqi et Happytify et elle est aussi externalisée en Malaisie via des centaines de « fermes de contenus ».

 

L’entrée de l’adresse officielle de la base 311, QG militaire des opérations d’influence chinoises, dissimulé à proximité d’une piscine dans la ville de Fuzhou. (IRSEM)

L’affaire Larry Romanoff, le faux nez de la désinformation sur le Covid

Le rapport raconte comment en mars 2020, le pouvoir chinois a monté une opération de désinformation pour accuser les États-Unis d’être à l’origine de la pandémie. Les officiels chinois ont fondé leurs accusations publiques sur les travaux d’un prétendu scientifique renommé, Larry Romanoff. Les auteurs du rapport ont retrouvé sa trace. Romanoff existe vraiment, c’est un Canadien qui a fait de l’import export à Calgary Il y a 20 ans avant de disparaître puis de créer un site conspirationniste à Shanghai 10 ans plus tard. Puis de redisparaître avant de resurgir pendant quelques semaines début 2020 uniquement pour écrire des articles sur une prétendue origine américaine du virus.

La Suède, cible numéro un en Europe

Dans sa proximité immédiate, la Chine vise d’abord Taïwan, par de multiples opérations de désinformation. Mais elle a aussi deux cibles plus lointaines : le Canada, et la Suède, sa cible prioritaire en Europe. La Chine s’y intéresse pour plusieurs raisons : son positionnement géographique (porte d’entrée vers l’Arctique et l’Europe), ses secteurs technologiques de pointe, son image de pays modèle. C’est donc un cheval de Troie. Mais Pékin a changé de stratégie, passant récemment de la séduction à l’agressivité. En montant notamment toute une opération de désinformation sur une prétendue affaire de touristes chinois prétendument violentés par la police suédoise. Il s’agit de déstabiliser le modèle tout en cherchant à convaincre le public chinois de la violence du système européen.

Des relais d’influence en France

La France n’est pas une cible prioritaire, si l’on en croit ce rapport. À l’exception de la Nouvelle-Calédonie, où les réseaux chinois soutiennent les mouvements indépendantistes, avec l’espoir de rattacher le territoire à la zone d’influence de la Chine dans le Pacifique tout en captant ses ressources de nickel. Sur le territoire métropolitain, le rapport pointe les liens de certaines maisons d’édition, fondations ou think tanks avec Pékin : la maison d’édition La Route de la Soie et sa revue Dialogue Chine France (éditée par un organisme lié au Parti communiste chinois), le think tank The Bridge Tank (qui organise des événements financés par l’ambassade de Chine), la fondation Prospective et Innovation présidée par Jean-Pierre Raffarin, le think tank Iiris qui, sur certains événements ponctuels, fait la part belle aux positions de Pékin.

Les étranges constructions chinoises en Afrique

Le rapport relève que lors des 50 dernières années, les compagnies chinoises ont construit ou rénové 186 bâtiments gouvernementaux en Afrique, notamment en Namibie, en Angola, au Ghana, en Ouganda. Dans le lot figurent 24 palais présidentiels ou de Premiers ministres. Et s’y ajoutent la création de 14 réseaux de télécommunications gouvernementaux sensibles et l’équipement en informatique de 35 gouvernements africains. Le tout construit à chaque fois par des compagnies liées au pouvoir chinois. Cette situation interroge vu que des révélations de 2018 ont démontré que le siège de l’Union Africaine à Addis Abeba, également construit par les Chinois, avait été truffé de micros et d’ordinateurs munis de systèmes d’espionnage.

Une pieuvre agressive et inefficace

Les auteurs du rapport, Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, soulignent que cette stratégie chinoise tous azimuts est souvent inefficace voire contreproductive. Le choix de la Chine ces dernières années est celui de l’agressivité, être craint plutôt que séduire. La conséquence en est une dégradation durable de son image à l’étranger. Mais son objectif prioritaire est ailleurs : maîtriser la situation à l’intérieur du pays.

Adresse officielle de la base 311 dans la province du Fujian à Fuzhou, en Chine. (DOCUMENT IRSEM)

Autre document FRANCE-CULTURE du 20 septembre 2021:

La stratégie d’influence chinoise : un réseau tentaculaire qui veut désormais s’imposer au reste du monde

La rédaction internationale de Radio France a pu se procurer une enquête exclusive de l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire). Ce rapport de 650 pages, rendu public aujourd’hui, passe au peigne fin les gigantesques moyens mis en œuvre par Pékin pour imposer son récit.

Aucune autre puissance que la Chine ne cumule aujourd’hui autant de postes à responsabilité à l’ONU et 2 millions de citoyens chinois seraient payés à temps plein pour relayer la propagande de Pékin.
Aucune autre puissance que la Chine ne cumule aujourd’hui autant de postes à responsabilité à l’ONU et 2 millions de citoyens chinois seraient payés à temps plein pour relayer la propagande de Pékin. Crédits : Craig Hastings – Getty

Difficile de ne pas être pris d’un profond vertige à la lecture de cette synthèse minutieuse et éclairante de plus de 640 pages et 3 000 notes, achevée par le sinologue Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, le directeur de l’IRSEM, au terme de deux années de recherches. Pièce par pièce, les deux co-auteurs reconstituent la mosaïque destinée à projeter la nouvelle doctrine du Parti Communiste Chinois (PCC), qu’ils résument en citant Machiavel dans « Le Prince » : « Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé ». Et cette enquête sort au moment même où la crise des sous-marins avec l’Australie soulève la question du positionnement français vis-à-vis de la Chine et des États-Unis.

Cette politique d’influence, plus agressive, s’appuie sur un large spectre d’outils, allant de la traditionnelle diplomatie publique à des activités clandestines, et dispose de son propre centre opérationnel de commandement : la base 311. Situé dans la ville de Fuzhou, dirigé par un militaire et commissaire politique, ce quartier général de l’influence chinoise est chargé d’articuler la stratégie des « Trois Guerres « .

Guerre de l’opinion publique, guerre psychologique et guerre du droit

Le travail du Parti, de l’État, de l’APL (Armée Populaire de Libération) et des entreprises chinoises convergent vers ces trois objectifs. Plusieurs centaines de milliers de citoyens chinois ou sympathisants étrangers seraient mobilisés, en permanence, sur ces trois types d’affrontement fixés par Pékin dans le but, comme l’explique en détails ce rapport, de façonner et imposer un récit servant les intérêts du pays (guerre de opinion publique), dissuader voire terroriser les forces ennemies (guerre psychologique), et enfin d’utiliser la justice comme « arme de guerre », la guerre du droit pour attaquer contre attaquer ou sanctionner les individus ou les états considérés comme hostiles.

Sur ce dernier front, s’appuyant sur une interprétation révisionniste du droit de la mer, Pékin cherche à contraindre, explique les auteurs, « les État côtiers à renoncer à exercer leurs droits légitimes garantis par la Convention de l’ONU ». Les exemples se sont multipliés ces dernières années, pour répondre aux plaintes des États-Unis dans le cadre de la pandémie de Covid-19 ou bien sûr, dans le cadre de la loi de sécurité nationale de Hong Kong, en incluant son extraterritorialité et criminalisant ses violations par n’importe qui, n’importe où dans le monde.

Pékin se déploie tous azimuts, utilise tous les supports existants, les plus modernes comme les plus traditionnels. Ainsi, la propagande de terrain se fait également à travers la mobilisation des diasporas pour servir les intérêts du parti, on recense 60 millions de Chinois expatriés un peu partout dans le monde.

Et tout en haut de l’échelle, l’élite de la diplomatie chinoise mène une offensive sans relâche pour occuper des postes de hauts responsables dans les agences onusiennes. Quatre directions d’agence spécialisées productrices de normes sont aujourd’hui sous son contrôle : ONUDI, chargé du développement industriel, l’UIT, Union internationale des télécommunications, l’OACI, Organisation de l’aviation civile internationale, et enfin la FAO, Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture. Aucune autre puissance ne cumule aujourd’hui autant de postes à responsabilité à l’ONU.

Le spectre des moyens mis en œuvre est extrêmement large, allant de la traditionnelle diplomatie publique aux activités d’ingérence clandestines. Durant la dernière décennie, la Chine aurait tenté de s’ingérer dans au moins dix élections organisées dans sept pays étrangers.

La base militaire 311 et l’armée en ligne des 50 cents comme outils

La base 311 est aujourd’hui le seul lieu de propagation de l’influence chinoise identifié, sur le même modèle, d’autres “centres opérationnels de commandement” de ce type seraient en construction. Elle incarne l’organisation et la professionnalisation de l’initiative chinoise. « La base 311 opère en utilisant des entreprises qui constituent ses façades civiles, notamment la China Huayi Broadcasting Corporation (CHBC) ou la Voice of the Strait (VTS) » mentionne le rapport en évoquant l’existence de la maison d’édition Haïfeng, sorte de fabrique d’élaboration des contenus « capitalisée en 2019 à hauteur de 61 millions d’euros ».

Le versant monumental de l’offensive chinoise se révèle à travers ses activités cyber, notamment celle de « l’armée des 50 cents » agissant en faveur du PCC et dont l’objectif consiste moins à intervenir sur les sujets de discorde qu’à allumer des contre feux en distrayant le public et en assurant la promotion de la Chine.

Ce rapport indique, par exemple, que 2 millions de citoyens chinois seraient payés à temps plein pour relayer la propagande de Pékin et 20 millions agiraient à temps partiel, à la demande, pour participer notamment à des actions d’astroturfing.

L’exercice consiste à occuper les réseaux et les inonder de messages pro Pékin tout en donnant l’illusion d’un soutien spontané ou d’un dénonciation populaire authentique pour dénoncer des discours hostiles au régime.

Externalisée notamment en Malaisie, l’APL tient à sa disposition une armée de pigistes prêts à diffuser cette désinformation et assurer la publicité de la Chine, avec une rémunération allant de 12,6 euros à 126 euros selon la longueur du message. Parmi ces web vitrines, la ferme de contenus KanWatch incite ses adhérents à partager ses contenus en échange de rémunération.

Le rapport de l’IRSEM a reconstitué l’état major de la base 311, QG militaire des opérations d’influence chinoises, depuis 15 ans mais l’identité des dirigeants actuels reste mystérieuse.
Le rapport de l’IRSEM a reconstitué l’état major de la base 311, QG militaire des opérations d’influence chinoises, depuis 15 ans mais l’identité des dirigeants actuels reste mystérieuse. Crédits : IRSEM

Une influence d’inspiration russe avec des moyens chinois

Ce rapport de 650 pages publié par l’IRSEM, organisme parapublic, s’appuie en intégralité sur des informations en open source (accessibles à tout le monde). Il décrit l’action gigantesque, protéiforme et agressive articulée par Pékin depuis quelques années pour imposer sa vision du monde, convaincre ou contraindre les populations du bien fondé et de la bienveillance de la politique chinoise.

Ce travail pharaonique insiste sur la russianisation de la méthode chinoise en matière d’influence. Des cyber techniques employées à la construction des récits. À l’instar de la Russie, suggèrent les auteurs, le Parti Communiste Chinois n’avance jamais lui-même ses arguments, il s’appuie sur une constellation de moyens indirects ou des “idiots utiles” pour donner une teinte de crédibilité à sa propagande.

L’histoire abracadabrantesque de Larry Romanoff en est un des exemples les plus saisissants. Ce mystérieux Canadien, auteur de plusieurs articles complotistes et utilisé par le pouvoir chinois, a joué un rôle crucial dans la guerre de désinformation que se sont livrés les États-Unis et la Chine durant la pandémie de Covid-19.

En réalité, rien de très neuf sous le soleil de l’influence internationale, russes et américains maîtrisent tout autant ces méthodes. La Chine leur donne une dimension monumentale en terme de moyens déployés, sans pour autant prouver que son opération soit plus efficace.

Avec la collaboration d’Éric Chaverou

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