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11/07/22 | 19 h 30 min par Antony Belanger

SRI LANKA / PEKIN : Pékin prête à taux d’usures et met en faillite le Sri Lanka

RAJAPASKA partout, Pékin nulle part

Résumé

La Chine est curieusement absente de la crise sri-lankaise, elle qui a prêté sans compter au pays au travers de la famille Rajapaksa, au pouvoir depuis 20 ans.

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Les images de ce week-end du Sri Lanka sont impressionnantes : des bâtiments officiels assaillis par la foule en colère dans la capitale Colombo, la résidence personnelle du Premier ministre incendiée et surtout, le président Rajapaksa en fuite et protégé par les militaires.

On sait désormais qu’il démissionnera mercredi et que le président du Parlement, peut-être l’homme le plus raisonnable du pays, tentera de former un gouvernement d’union nationale. C’est indispensable : sans stabilité politique, pas d’aide internationale.

La crise actuelle a d’abord une cause évidente et soulignée par tous : la mise en coupe réglée du pays depuis 2 décennies par un clan familial : les Rajapaksa. Ils ont littéralement noyauté l’ensemble de l’appareil d’État :

Quand l’un des frères n’était pas président, l’autre devenait Premier ministre. Sans oublier leurs fils, neveux et cousins : des petits Rajapaksa, partout ; de la compétence nulle part ! A la décharge du Sri Lanka, cette situation est commune en Asie du Sud :

De la dynastie des Nehru-Gandhi en Inde, aux « begums rivales » Khaleda Zia et Sheikha Hasina, deux femmes et deux clans qui règnent sur le Bangladesh depuis 40 ans. Sans oublier le Pakistan dont l’actuel Premier ministre est un rejeton de la dynastie Sharif.

Ca ne suffit pourtant pas à expliquer un tel effondrement !

Pour le comprendre, il faut ajouter un élément fondamental tout aussi commun dans la région : le rôle de la Chine. La Chine a toujours lorgné sur cette île idéalement située au sortir des grandes routes commerciales asiatiques.

L’intérêt est double : avoir un point d’appui commercial dans une région dominée par l’Inde et – pourquoi pas un jour prochain – une base militaire. Pour arriver à ses fins, elle a d’abord essayé de fomenter une guérilla pro chinoise dans les années 60 : raté !

Aujourd’hui, Pékin applique ce que la France et la Grande-Bretagne ont inventé à l’époque coloniale : la Chine prête sans compter à des gouvernements avides de modernisation et qui ensuite se révèlent incapables de rembourser.

C’est comme cela que Londres avait fait, entre autres, main basse sur l’Égypte et la France, sur la Tunisie. La Chine a trouvé au Sri Lanka une dynastie heureuse d’échapper à l’orbite indienne et rêvant d’infrastructures pantagruéliques.

D’autres pays ont prêté au Sri Lanka !

Pas du tout aux mêmes conditions ! Le Japon et la Chine possèdent, par exemple, tous deux environ 10% de la dette sri-lankaise. Mais alors que Pékin prête à court terme et à des taux très élevés, Tokyo prête à long terme et à des taux préférentiels.

Par ailleurs, alors que le Japon finit souvent par transformer ces prêts en subventions ; la Chine, elle, se paie en nature en cas de défaut de paiement : en l’occurrence au Sri Lanka, elle a récupéré une gigantesque installation portuaire à Hambantoba.

Une boite noire qui échappe au fisc, à la justice et aux contrôles douaniers et portuaires sri-lankais. Un comptoir, un peu à la façon dont les Britanniques se sont installés jadis à Hong-Kong. Décidément, la Chine n’oublie rien et fait de la géopolitique à l’ancienne.