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07/08/22 | 10 h 18 min par L'Expess

Taïwan, les Ouïghours, le Tibet… Vladimir Mélenchxi, ses (nombreuses) ambivalences avec la Chine. La NUPES complice ?

Taïwan, les Ouïghours, le Tibet… Mélenchon, ses (nombreuses) ambivalences avec la Chine

Depuis 2008, le leader des Insoumis semble aligné sur le discours du régime chinois. Une position qu’il maintient, même si elle va à l’encontre de la classe politique française.

our les Français depuis 1965 et le général de Gaulle, il n’y a qu’une seule Chine. » Ces mots de Jean-Luc Mélenchon publiés sur son blog le 3 août dernier lui ont valu les remerciements de l’ambassadeur chinois en France, Lu Shaye, saluant le « soutien constant » du leader Insoumis. Le contexte est brûlant : l’armée chinoise multiplie les manoeuvres autour de Taïwan depuis la visite de la présidente de la Chambre des représentants aux Etats-Unis, Nancy Pelosi. Sur fond de vives tensions entre Pékin et Washington, l’ex-candidat à la présidentielle a rajouté que l’Etat insulaire était une « composante à part entière de la Chine », accusant les Etats-Unis d' »ouvrir un nouveau front ».

Cette ligne, Mélenchon la suit depuis quelques années. Déjà en octobre 2021, au micro de BFMTV, il précisait que l’île n’était pas « reconnue par l’ONU ». « Si Taïwan se déclare indépendant, alors il est possible que la Chine, à juste titre, trouve qu’une ligne rouge a été franchie », martelait l’ancien député des Bouches-du-Rhône. Dans les faits, les 23 millions de Taïwanais craignent l’invasion de Pékin, qui considère ce territoire comme l’une de ses provinces. L’Empire du Milieu menace, lui, de recourir à la force si l’île proclame son indépendance.

Sur les Ouïghours et le Tibet, une position ambiguë

Concernant la Chine et les droits de l’Homme, l’ancien député s’est parfois montré très indulgent. Début 2022, lors de l’adoption à l’Assemblée nationale d’une résolution dénonçant le génocide des Ouïghours par la Chine, il avait manifesté son profond désaccord en s’abstenant. « Mais si, je condamne ! », s’était-il d’abord exclamé lors d’une interview avec le média ThinkerView. Le politique poursuit : « Mais ce n’est pas la bonne méthode. Dire que c’est un génocide et rentrer à la maison, ça prouve qu’on n’y croit pas. » Jean-Luc Mélenchon appelait plutôt à un dialogue avec Pékin. D’ailleurs, c’était bien la première fois qu’il s’exprimait à ce sujet. Jusqu’alors, le silence régnait quant à la répression de l’ethnie musulmane ouïghoure, déplacée et enfermée dans des « camps de rééducation ».

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Jean-Luc Mélenchon emploie rarement des mots sévères envers la Chine, mais n’hésite pas quand il s’agit d’opposants au régime. Au printemps 2008, des mouvements de contestation éclatent au Tibet pour réclamer l’autonomie et le retour du dalaï-lama, chef religieux exilé depuis la grande insurrection de 1959 contre le pouvoir central. Pékin réprime sévèrement ces manifestations, provoquant l’indignation de la classe politique française et l’appel au boycott des Jeux olympiques de Pékin prévus en août. Mélenchon, lui, se borne à délégitimer le pouvoir tibétain : « Je demande : pourquoi, pour exercer sa religion et la diriger, le dalaï-lama aurait-il besoin d’un Etat ? Un Etat qui, pour être constitué, demanderait d’amputer la Chine du quart de sa surface ! », écrit-il sur son blog personnel. Selon lui, le boycott des JO « est une agression injustifiée et insultante contre le peuple chinois ». Année après année, les arguments se suivent et se ressemblent. « Le projet politique du dalaï-lama est théocratique et autoritaire », grave le chef de file des Insoumis en lettres majuscules rouges sur son site en avril 2008. Huit ans plus tard, il l’accuse de vouloir « déclencher une gigantesque guerre absurde ». Bien que le chef religieux a renoncé à toute prétention politique depuis 2011.

« Je ne suis pas un communiste chinois et je ne le serai jamais »

Une fois n’est pas coutume : en 2019, Jean-Luc Mélenchon se dit, dans un tweet, « solidaire » des revendications portées par le mouvement pro-démocratie à Hongkong. Elles « portent sur le prix des loyers, des transports publics et sur les principales ressources qui font la vie de tous les jours ». Des exigences somme toute très proches de celles des gilets jaunes, qu’il soutient. L’ex-candidat à la présidentielle omet de souligner que les Hongkongais se battent surtout pour leur liberté d’expression alors que la « loi sur la sécurité nationale », prétexte à toutes les arrestations d’opposants, a été proclamée par le régime chinois en 2020.

Autant de manoeuvres et de complaisance pour ne pas froisser le régime chinois, mais surtout, insiste-t-il, pour éviter une guerre impliquant la France. « C’est ça, l’objectif : pas de guerre, parce que nous sommes un petit pays de 67 millions d’habitants. Un coup au but et il n’y a plus de France », prévient le leader politique fin 2021 sur BFMTV.

Ces prises de position ont parfois provoqué un certain malaise au sein-même de la Nupes. Ce vendredi 5 août, le député européen écologiste David Cormand, a déclaré sur Twitter : « Le cynisme de la diversion qui consiste à faire passer les bourreaux pour des victimes, c’est l’éternelle dialectique des dictateurs et la justification de leur barbarie. La Chine est une dictature. » Pourtant, Jean-Luc Mélenchon l’assurait déjà en 2008 : « Je ne suis pas un communiste chinois et je ne le serai jamais. »

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Connu pour sa proximité avec d’autres régimes autoritaires, à l’instar du Venezuela et de la Russie, l’ex-candidat à la présidentielle se cantonne à blâmer les Etats-Unis. En juin 2021, il tweete notamment : « Il faut discuter avec la Chine et la Russie comme des partenaires. On discute avec les Etats-Unis qui ont un centre de torture à Guantanamo, qui ne reconnaissent pas le tribunal pénal international ni n’ont signé l’accord contre les mines antipersonnel. » Jean-Luc Mélenchon a, semble-t-il, choisi son ennemi.