Le premier site d'actualit? sur le Tibet

www.tibet.fr

14/03/22 | 10 h 43 min par Jean François Martin

« Trahisons à la DGSE » ou l’histoire d’agents français qui ont travaillé pour la Chine

Franck RENAUD co-auteur de « Trahisons à la DGSE » Ouest France

« Trahisons à la DGSE » : il raconte l’incroyable affaire d’agents doubles

ça ne sera pas la dernière affaire de trahison, après la rocambolesque affaire Bernard BOUSICOT, sans oublier retournement d’un sénateur et député en charge des questions de la défense nationale à l’assemblée nationale, ou de militaires en poste à BREST, et d’autres encore comme un député bien connu l’obligé de Pékin . Il y a de quoi se poser des questions ?

Mais bon Philippe Foliot est tout excusé, car s’il n’avait pas été là pour défendre la souveraineté française sur l’ilot de Tromelin revendiqué par l’Etat de l’île Maurice, en 2022 l’Ilot serait très certainement une immense base chinoise comme celles des Iles Spartleys et Paracels en mer de Chine méridional.

L’appétit de la Chine est immense surtout envers la deuxième Zone Economique Exclusive du monde après les Etats Unis.

La Chine et son Armée Populaire de Libération ne lorgne-t-elle pas sur la Polynésie française au travers d’une ferme aquacole et son immense piste de l’atoll de HAO. 

« La naïveté est mortelle » !

Le Bureau de France-Tibet

Franck Renaud vient de publier, avec son confrère Antoine Izambard, « Trahisons à la DGSE ». Un livre captivant où il raconte l’incroyable histoire d’agents français qui ont travaillé pour la Chine.

Ne vous fiez pas à son physique bonhomme. L’homme qui s’assied devant nous est un épicurien, mais ne se laissera jamais endormir par un bon steak et un vin généreux. Il est aux aguets, toujours. Ses yeux, qu’il plisse plus souvent qu’à son tour, trahissent son appétit pour la petite info de derrière les fagots ou le solide scoop.

Franck Renaud aime regarder de l’autre côté des tentures. Pas un hasard qu’il ait été longtemps fait-diversier, en l’occurrence à Ouest-France. C’est d’ailleurs à Brest (Finistère), à la fin des années 1980, qu’il s’est piqué aux dessous des services secrets en rencontrant Roger Faligot, journaliste et auteur de livres sur l’espionnage.

En Asie, où il a débarqué en 1999, il aurait pu simplement se cantonner à son nouveau boulot, celui de formateur de journalistes, mais il a tranquillement fureté dans les ambassades. Échangé longuement avec des agents du Quai d’Orsay. Et commis un livre, paru en 2010, Les diplomates : derrière la façade des ambassades de France, truffé d’anecdotes succulentes et d’infos salutaires. Dont une révélation. Celle de la trahison d’un chef de poste de la DGSE à Pékin, appelé Henri, « retourné par les Chinois » . Un petit paragraphe au milieu de ce pavé de 500 pages, repris par des blogs spécialisés, et de grosses pressions du fameux Henri.

La trahison d’un chef de poste de la DGSE à Pékin

« Il m’a harcelé de mails, niant tout en bloc », affirme Franck Renaud. Le journaliste en reste là. Mais, tapi comme un tigre en Mandchourie, il est prêt à bondir. L’heure arrive. Le 24 mai 2018. Quand Quotidien, l’émission de Yann Barthès, annonce que deux agents de la DGSE ont été placés en détention pour trahison avec la Chine. Tiens, tiens. « Aucun nom n’est cité. Mais je me dis que ça sent l’affaire d’Henri. » Bingo, ses sources confirment, c’est bien lui.

Été 2020, arrive le procès, contrairement à « la sacro-sainte règle de la DGSE qui veut que les affaires se gèrent en famille » . Mais, cette fois, trop c’est trop, le gouvernement décide de judiciariser cette affaire pour « envoyer un signal aux Chinois » . À l’issue du procès qui se tient à huis clos, Henri est condamné à huit ans de prison. Et son comparse, Pierre-Marie, à douze ans.

Cette compromission, si longue, Franck Renaud veut la disséquer. Il démarre son enquête avec son confrère, connaisseur de la Chine lui aussi, Antoine Izambard. Dans le livre Trahisons à la DGSE (Éditions Stock, 250 pages, 20 €.), qu’ils viennent de publier, ils éclairent cette incroyable affaire d’agents doubles, tout en offrant un paquet de petites histoires sur les services secrets.

Henri, nous raconte avec gourmandise Franck Renaud, est l’un de ces agents à qui l’on pourrait donner le bon Dieu sans confession. Militaire issu de Saint-Cyr Coëtquidan, marié depuis vingt-cinq ans, ancien responsable d’une très sensible structure de contre-espionnage. Jusqu’à ce jour où le grand amour lui tombe dessus, après quelques mois passés à l’ambassade de France à Pékin. Sa liaison avec une interprète chinoise est découverte. À 50 ans, il est mis à la retraite. Fin de partie. Et début d’une autre.

« Il peut y avoir de belles histoires d’amour, mais… »

Sa nouvelle compagne le met en contact avec le ministère de la sécurité d’État chinois. Après cinq ans de bons et déloyaux services, « il n’a plus grand-chose à mettre sous la dent des officiers traitants chinois » . Il prend alors contact avec son ancien collègue, Pierre-Marie, « fervent catholique et anti-communiste virulent » , et toujours agent actif de la DGSE. Mis au placard, ce Versaillais accepte de délivrer des informations « secret-défense » à Henri. Le début d’une carrière d’espion qui durera plus de quinze ans.

La rancœur et le sexe, les deux mamelles du contre-espionnage. Voilà qui ne vise pas seulement les espions de la DGSE, mais aussi des militaires. Comme le prouve ce rapport de juillet 2018 du secrétariat de la sécurité nationale, déniché par les auteurs. « Il y est pointé le nombre accru de mariages entre militaires basés en Bretagne et de jeunes Chinoises. » Phénomène d’autant plus pris au sérieux que la Bretagne abrite les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, dans la rade de Brest, ou encore l’expertise technique du ministère des Armées.

« Il peut y avoir de belles histoires d’amour. Mais quand elles se multiplient sur un profil particulier, sourit Franck Renaud, il est légitime qu’un service de renseignement s’interroge. » Nouveau plissement des yeux. Sûr qu’il cherchera à savoir si, derrière ces unions sino-bretonnes, ne se jouent pas encore des trahisons.