Le premier site d'actualit? sur le Tibet

www.tibet.fr

18/07/22 | 8 h 29 min par Union Européenne

Union Européenne / Chine : 23ème sommet bilatéral. Des vœux, toujours des vœux!

L’Union européenne et la Chine ont tenu leur 23e sommet bilatéral, par vidéoconférence, le 1er avril 2022. Le président du Conseil européen, Charles Michel, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont tenu la réunion au sommet avec le Premier ministre chinois, Li Keqiang, avant de procéder à un échange de vues avec le président chinois, Xi Jinping.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a déclaré: «En tant que grandes puissances mondiales, l’UE et la Chine doivent travailler ensemble pour mettre un terme dès que possible à la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Nous avons la responsabilité commune de maintenir la paix et la stabilité, ainsi qu’un monde sûr et durable. Les normes et principes internationaux essentiels doivent être respectés. Nous comptons sur le soutien de la Chine pour parvenir à un cessez-le-feu durable, mettre fin à cette guerre injustifiable et affronter la crise humanitaire dramatique qu’elle a engendrée.»

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée en ces termes: «Nous avons souligné que l’invasion de l’Ukraine par la Russie était un moment décisif non seulement pour notre continent, mais aussi pour nos relations avec le reste du monde. Le droit international ainsi que la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine doivent être respectés. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine a une responsabilité particulière. Aucun citoyen européen ne comprendrait qu’elle soutienne d’une manière ou d’une autre la capacité de la Russie à faire la guerre. Nous avons également discuté de la manière de coopérer sur des questions telles que la sécurité alimentaire mondiale, le changement climatique et la lutte contre la COVID-19.»

Agression militaire de la Russie contre l’Ukraine

L’UE et la Chine ont longuement débattu de l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine, qui met en péril la sécurité et l’économie mondiales, ainsi que la sécurité alimentaire et énergétique. L’UE a souligné que son objectif prioritaire était de mettre un terme à l’invasion injustifiée et non provoquée de l’Ukraine, pays souverain et partenaire clé de l’Union, par la Russie. L’UE a également insisté sur le fait que la Russie devait autoriser l’accès de l’aide humanitaire et protéger les couloirs humanitaires, et qu’elle devait s’abstenir de cibler la population et les infrastructures civiles.

Rappelant qu’il incombait à l’UE et à la Chine, en tant qu’acteurs mondiaux, d’œuvrer à la paix et à la stabilité, l’UE a appelé la Chine à appuyer les efforts visant à mettre fin immédiatement au bain de sang en Ukraine, eu égard à son rôle dans le monde, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, et à sa relation particulièrement étroite avec la Russie.

L’UE a souligné que l’invasion de l’Ukraine par la Russie violait les normes et principes fondamentaux du droit international consacrés par la charte des Nations unies et les documents fondateurs de l’OSCE, notamment le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale. Par cet acte, la Russie a délibérément porté atteinte à l’architecture de sécurité européenne, dont l’Acte final d’Helsinki, la charte de Paris et le mémorandum de Budapest, auxquels elle est partie.

L’UE a rappelé que les sanctions internationales contre la Russie avaient été imposées dans le seul but d’arrêter l’agression commise par celle-ci, et en dépit de leur impact économique significatif sur l’Union et ses partenaires dans le monde. Tout contournement des effets de ces sanctions ou toute aide fournie à la Russie ne ferait que prolonger le bain de sang, causerait un nombre de morts encore plus grand parmi la population civile et aggraverait les perturbations économiques. L’UE veillera avec ses partenaires à ce que la Russie et les responsables de cette guerre contre l’Ukraine et des éventuelles violations du droit international et du droit humanitaire international aient à répondre de leurs actes. Toute tentative de contourner les sanctions ou d’aider la Russie par d’autres moyens doit être stoppée.

Relations bilatérales

L’UE s’est dite déçue que la Chine ait pris des sanctions injustifiées à l’égard, notamment, de membres du Parlement européen et des mesures coercitives contre son marché unique et ses États membres. Elle a invité la Chine à mettre un terme à ces actions afin de permettre un dialogue plus productif qui profite aux deux parties.

La reprise après la pandémie de COVID-19 reste une priorité commune. Les dirigeants ont discuté de la coopération concernant la campagne de vaccination et de la réouverture de l’économie. L’UE a réaffirmé sa volonté de travailler avec la Chine et les autres pays membres de l’Organisation mondiale de la santé pour parvenir à un nouvel accord sur la prévention des pandémies et la préparation et la réaction à celles-ci.

L’UE a souligné la nécessité de répondre aux préoccupations de longue date liées à l’accès au marché et aux conditions d’investissement en Chine, en vue de garantir des relations économiques et commerciales équilibrées. Les dirigeants ont chargé le dialogue commercial et économique à haut niveau de trouver des moyens concrets d’avancer sur ces questions avant l’été. Ils sont convenus d’étendre l’accord UE-Chine sur la protection des indications géographiques dans un avenir proche.

Les dirigeants sont convenus de poursuivre la coopération dans les domaines du changement climatique et de la transition énergétique, laquelle coopération est nécessaire pour relever ces défis planétaires urgents. L’UE a souligné l’importance de mesures supplémentaires, notamment en ce qui concerne la réduction progressive du recours au charbon, dans la perspective de la COP27 de Sharm-el Sheikh. L’UE et la Chine travailleront ensemble pour que la COP15 de Kunming aboutisse à un nouveau cadre mondial solide et ambitieux en matière de biodiversité. Le dialogue de haut niveau sur l’environnement et le climat se réunira avant l’été.

L’UE a souligné l’importance d’un environnement transparent et concurrentiel pour l’économie numérique, ainsi que d’une utilisation éthique et digne de confiance de l’intelligence artificielle. Elle a exprimé ses préoccupations face à l’augmentation des menaces en matière de cybersécurité et a prôné un comportement responsable des États dans le cyberespace. L’UE et la Chine reprendront le dialogue numérique de haut niveau.

L’UE a réitéré ses préoccupations concernant la situation des droits de l’homme en Chine, notamment le traitement des personnes appartenant à des minorités et des défenseurs des droits de l’homme, en faisant référence à des cas individuels, ainsi que ses préoccupations concernant le démantèlement du principe «un pays, deux systèmes» à Hong Kong. L’UE attend de la reprise du dialogue sur les droits de l’homme qu’elle permette de répondre sur le fond à ces préoccupations.

L’UE a réaffirmé son attachement à sa politique d’une Chine unique, tout en faisant part de ses préoccupations face à l’aggravation des tensions entre les deux rives du détroit de Taïwan. Les dirigeants ont également abordé la situation en Afghanistan, au Myanmar/en Birmanie et dans la péninsule coréenne.

 

Marc JULIENNE, tribune dans Le Monde.

Les responsables européens doivent continuer à mettre les dirigeants chinois face à leurs contradictions sur l’Ukraine

Il est nécessaire de dissuader la Chine, qui se prétend neutre dans le conflit mais reste proche du Kremlin, d’apporter tout soutien qui permettrait d’atténuer les sanctions contre Moscou, explique l’analyste en relations internationales.

logo le Monde

Le 1 avril s’est tenu un sommet virtuel entre l’Union européenne et la Chine. « Un grand succès » d’après la partie chinoise, « un dialogue de sourds » pour le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Le président du Conseil européen, Charles Michel, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, se sont d’abord entretenus avec le premier ministre chinois, Li Keqiang, puis brièvement (moins d’une heure !) avec le président Xi Jinping.

Sans surprise, ce sommet n’a apporté aucune avancée, ni sur la guerre en Ukraine ni sur les différents dossiers de la relation bilatérale. Etait-il complètement inutile pour autant ? Pas si sûr. Il a permis aux Européens de confronter les dirigeants chinois à un sujet qu’ils cherchent à éviter, l’Ukraine, et de les mettre face aux contradictions de leur discours. Et en matière de contradictions, la position chinoise fait figure de cas d’école.

La Chine se revendique neutre depuis le début du conflit et pourtant s’aligne avec une grande régularité sur l’argumentaire du Kremlin. En particulier, elle refuse de parler d’invasion et ne cesse d’attribuer la responsabilité pleine et entière de la guerre aux Etats-Unis. Elle défend aussi systématiquement les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale, et ceux de la Charte des Nations unies, mais elle refuse de reconnaître que ces mêmes principes ont bel et bien été foulés aux pieds par Moscou.

Pékin appelle constamment au dialogue et au cessez-le-feu, mais n’entreprend pas la moindre démarche dans ce sens. En plus de quarante jours de conflit, on ne recense que deux communications téléphoniques entre les ministres des affaires étrangères chinois et ukrainien, et aucun échange entre Xi Jinping et Volodymyr Zelensky. Pourtant, la Chine est probablement le seul pays qui dispose à la fois des canaux de communication avec chacun des belligérants ainsi que des leviers de pression pour forcer Vladimir Poutine à s’asseoir à la table des négociations. Si elle ne s’implique pas dans la recherche d’un cessez-le-feu, ce n’est donc pas par manque de moyens mais par absence de volonté.

Reconnaissant la crise humanitaire en Ukraine, la Chine appelle aussi à d’« énormes » efforts. Pourtant, l’aide qu’elle a consentie jusqu’ici reste dérisoire : 2,3 millions d’euros, contre six fois plus de la part de Taïwan, et une enveloppe de 100 millions d’euros mobilisée par la France.

Les responsables européens ont donc eu raison d’imposer la question ukrainienne à l’ordre du jour, et de rappeler à la Chine qu’en tant que grande puissance mondiale et membre du Conseil de sécurité de l’ONU elle avait des responsabilités à assumer pour le maintien de la paix et de la stabilité mondiale. Ils ont également eu raison de marteler les expressions d’ «agression militaire » , d’ « invasion injustifiée et non provoquée » et de  « guerre contre l’Ukraine », que la Chine refuse toujours de prononcer.

M. Michel et Mme von der Leyen ont également cherché à atteindre deux objectifs, aussi cruciaux que vains. Le premier, inatteignable, était d’engager la Chine à condamner la Russie et faire pression sur Vladimir Poutine pour obtenir un cessez-le-feu. Le second, plus réaliste, était de dissuader Pékin d’apporter tout soutien qui permettrait d’atténuer les sanctions contre Moscou. Et M von der Leyen de rappeler que les échanges entre la Chine et l’UE s’élèvent à 2 milliards d’euros par jour, contre quelque 330 millions d’euros quotidiens entre la Chine et la Russie. Au cas où Pékin oublierait qui est son premier partenaire commercial, indispensable à la santé de son économie.

Aucune inflexion après Boutcha

Les indices de crimes de guerre commis à Boutcha dans la région de Kiev ont constitué un tournant dans la perception du conflit en Europe. La Chine n’a pour sa part montré aucune inflexion.

Alors que le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé une « fausse attaque » mise en scène par les Ukrainiens, le représentant permanent de la Chine à l’ONU a déclaré le 5 avril que les rapports étaient « profondément troublants », mais que les faits devaient être vérifiés et les diverses parties devaient réfréner les « accusations infondées ». Les médias officiels chinois quant à eux ne couvrent pratiquement pas le sujet. Un éditorial du Global Times le 6 avril a néanmoins abordé ce qu’il qualifie pudiquement d’« incident de Boutcha ». Pour ce quotidien nationaliste d’Etat, « la guerre elle-même est le principal responsable de la catastrophe humanitaire ». En somme, la guerre est responsable de la guerre, une audacieuse tautologie qui permet de nouveau de disculper la Russie. Pékin détournera le regard aussi longtemps qu’il le pourra.

D’autant que les dirigeants chinois sont confrontés à d’autres problèmes plus immédiats sur la scène intérieure. La Chine traverse une nouvelle flambée épidémique de Covid-19 faisant peser de sérieux doutes sur le bien-fondé de la stratégie zéro Covid, dont le gouvernement ne démord pas. Le confinement strict des 25 millions d’habitants de la métropole de Shanghaï engendre un fort ressentiment de la population et pèse d’autant sur l’économie. Economie qui connaît par ailleurs un ralentissement structurel et sur laquelle plane toujours le risque d’effondrement du gigantesque secteur immobilier

Enfin, Xi Jinping a plus que jamais besoin de stabilité politique, sociale et économique à l’approche du 20e congrès du Parti communiste qui se tiendra à l’automne et lors duquel il entend bien se faire reconduire à la tête du pays pour un troisième mandat, une première depuis plus de quarante ans. Dans ce contexte, l’agenda international passe donc au second plan.

Une guerre européenne

Non seulement Xi Jinping considère que le conflit ukrainien est une guerre européenne qui ne le concerne pas, mais il en tire en outre certains intérêts à court terme. La guerre détourne l’attention des Etats-Unis et de l’Europe de la région Indo-Pacifique, qui figurait parmi les priorités stratégiques depuis l’arrivée au pouvoir de Joe Biden aux Etats-Unis début 2021. Elle a aussi pour conséquence de renforcer la dépendance de la Russie à l’égard de la Chine.

A moyen terme, en revanche, les effets indirects des sanctions contre la Russie pourraient accroître les difficultés de l’économie chinoise et pousser Xi à faire évoluer sa position. Autre scénario qui inciterait Pékin à s’impliquer dans le processus de paix : l’imminence de la défaite et de la chute de Poutine. La Chine sait que, dans ce scénario catastrophe, elle se trouverait isolée dans sa rivalité stratégique avec les Etats-Unis et pourrait même voir émerger à sa frontière septentrionale un régime potentiellement beaucoup moins favorable.

Pour l’heure, on ne peut attendre de la Chine qu’elle joue un rôle constructif dans le conflit, ce qui ne rend pas moins nécessaire de continuer de la pousser à sortir de ses contradictions, qui ne font plus guère illusion, et à prendre ses responsabilités.

Marc Julienne est responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI)