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16/09/22 | 7 h 04 min par TRIBUNE L'Express

PEKIN : »Xi Jinping est remis en question comme jamais auparavant » …

 » Pas de zones interdites » dans la coopération russo-chinoise. « Un partenariat sans limites »

Une ex-cadre du PCC : « Xi Jinping est remis en question comme jamais auparavant »

Dans une analyse exceptionnelle, la dissidente Cai Xia montre comment le président chinois exerce un pouvoir solitaire et paranoïaque. En coulisses, la grogne monte.

De 1998 à 2012, Cai Xia fut professeure à l’école centrale du parti communiste chinois (PCC). Elle y a formé des officiels de haut rang. Partisante d’une libéralisation politique, Cai Xia a été renvoyée du PCC en 2020 après avoir critiqué les orientations de son chef Xi Jinping. Elle vit aujourd’hui en exil aux Etats-Unis. Dans un article exceptionnel qui vient de paraître dans la prestigieuse revue Foreign Affairs et que nous traduisons, Cai Xia livre une analyse poussée des rouages du parti (« pour les étrangers, il peut être utile de considérer le PCC davantage comme une organisation mafieuse que comme un parti politique ») et de son évolution depuis Mao. Soulignant à quel point Xi Jinping a inversé les tendances vers une libéralisation autant politique qu’économique, cette fine connaisseuse des arcanes de Pékin montre que le président chinois se livre à un exercice du pouvoir de plus en plus solitaire et paranoïaque, face à un ressentiment grandissant au sein du parti comme dans la population. Selon elle, l’homme fort de la Chine est bien plus faible qu’on ne le pense souvent en Occident.

Il n’y a pas si longtemps, le président chinois Xi Jinping avait le vent en poupe. Il avait consolidé son pouvoir au sein du PCC. Il s’était élevé au même statut officiel que le leader emblématique du PCC, Mao Zedong, et avait supprimé les limites du mandat présidentiel, ce qui lui laissait la voie libre pour diriger la Chine jusqu’à la fin de sa vie. Au niveau national, il se glorifiait d’avoir réalisé d’énormes progrès dans la réduction de la pauvreté : à l’étranger, il prétendait élever le prestige international de son pays vers de nouveaux sommets. Pour de nombreux Chinois, les manières d’homme fort de Xi étaient le prix à payer acceptable pour un renouveau national.

En apparence, Xi se montre toujours confiant. Dans un discours prononcé en janvier 2021, il a qualifié la Chine d' »invincible ». Mais dans les coulisses, son pouvoir est remis en question comme jamais. En rejetant la longue tradition chinoise de gouvernement collectif et en créant un culte de la personnalité qui rappelle celui autour de Mao, Xi a irrité à l’intérieur du parti. Depuis, une série de bévues politiques a déçu même ses soutiens. Le revirement sur les réformes économiques et sa réponse incompétente à la pandémie du Covid-19 ont brisé son image de héros des gens ordinaires. Dans l’ombre, le ressentiment des élites du PCC ne cesse de monter.

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J’ai longtemps été aux premières loges des intrigues de cour du PCC. Pendant quinze ans, j’ai été professeure à l’école centrale du parti, où j’ai aidé à former des milliers de cadres de haut rang qui composent la bureaucratie chinoise. Durant cette période, j’ai conseillé la direction du PCC sur le développement du parti, et j’ai continué à le faire après ma retraite en 2012. En 2020, après avoir critiqué Xi, j’ai été expulsée du parti, privée de ma pension de retraite et prévenue que ma sécurité était en danger. Je vis aujourd’hui en exil aux Etats-Unis, mais je reste en lien avec nombre de mes contacts en Chine.

Lors du vingtième Congrès national du Parti cet automne, Xi s’attend à obtenir un troisième mandat de cinq ans. Et même si l’irritation grandissante au sein de certaines élites du parti signifie que sa candidature ne sera pas totalement incontestée, il réussira probablement. Mais ce succès annonce plus de turbulences à venir. Encouragé par ce mandat supplémentaire sans précédent, Xi renforcera encore plus son emprise sur le plan national et ses ambitions à l’international. Au fur et à mesure que son autorité devient plus extrême, les luttes intestines et le ressentiment qu’il a déjà provoqués ne feront que croître. La rivalité entre les différentes factions au sein du parti deviendra plus intense, compliquée et brutale que jamais.

A ce stade, la Chine pourrait connaître un cercle vicieux, dans lequel Xi réagirait aux menaces perçues en prenant des décisions toujours plus audacieuses qui généreraient encore plus d’opposition. Pris au piège dans une chambre d’écho et cherchant désespérément à se racheter, il pourrait même commettre un acte dramatiquement mal avisé, comme attaquer Taïwan. Xi pourrait bien ruiner ce que la Chine a construit au cours des quatre dernières décennies : une réputation d’un leadership stable et compétent. En réalité, il l’a déjà fait.

La mafia chinoise

Par bien des égards, le PCC a peu changé depuis sa conquête du pouvoir en 1949. Aujourd’hui comme alors, le parti exerce un contrôle absolu sur la Chine, régnant sur son armée, son administration et son corps législatif croupion. La hiérarchie du parti, à son tour, est sous l’autorité du Comité permanent du bureau politique (ou Politburo), plus haut organe décisionnel en Chine. Composé de cinq à neuf membres, ce Comité permanent est dirigé par le Secrétaire général du Parti, chef suprême de la Chine. Depuis 2012, il s’agit de Xi.

Les détails du fonctionnement du Comité permanent sont un secret bien gardé, mais il est de notoriété publique que de nombreuses décisions sont prises via des documents traitant de questions politiques majeures, en marge desquelles les membres du Comité ajoutent des commentaires. Les articles sont rédigés par des hauts dirigeants des ministères et d’autres organes du parti, ainsi que par des experts issus des meilleures universités ou think tanks. Faire circuler sa note parmi les membres du Comité permanent est considéré comme un honneur pour l’institution dont est originaire l’auteur. Lorsque j’étais professeure, l’école centrale du parti s’était fixée pour objectif de produire un tel mémo environ chaque mois. Les auteurs dont les notes avaient été lues par le Comité permanent étaient récompensés par environ 1500 $, soit plus que le salaire mensuel d’un professeur.

Une autre caractéristique du fonctionnement du parti n’a pas changé : l’importance des connexions personnelles. Quand il s’agit de monter dans la hiérarchie du parti, les relations personnelles, y compris la réputation de sa famille et son pedigree communiste, comptent autant que la compétence et l’idéologie. Ce fut certainement le cas pour la carrière de Xi. La propagande chinoise, mais aussi de nombreux experts occidentaux affirment qu’il se serait élevé par la seule force de son talent. C’est l’inverse qui est vrai. Xi a énormément bénéficié des relations de son père, Xi Zhongxun, un dirigeant du PCC aux références révolutionnaires irréprochables, qui a brièvement été ministre de la propagande sous Mao. Quand Xi Jinping était un dirigeant local du parti dans la province du Hebei au début des années 1980, sa mère a écrit une note au chef du parti de la province, lui demandant de s’intéresser à l’avancement de Xi. Mais cet officiel, Gao Yang, a fini par divulguer le contenu de la note lors d’une réunion du Comité permanent du bureau politique de la province. La révélation causa un grand embarras à la famille, vu qu’elle violait la nouvelle campagne du PCC contre la recherche de privilèges (Xi n’oubliera jamais l’incident : en 2009, à la mort de Gao, il a ostensiblement refusé d’assister à ses funérailles, une violation de la coutume étant donné que tous deux avaient été présidents de l’école centrale du parti). Un tel scandale aurait ruiné la carrière d’un cadre montant moyen, mais les relations de Xi sont venues à sa rescousse : le père du chef du parti du Fujian avait été un proche confident du père de Xi, et les deux familles organisèrent une rare réaffectation dans cette province.

Xi continuera à échouer à l’échelon supérieur. En 1988, après l’échec de sa candidature au poste de maire adjoint lors d’une élection locale, il a été promu chef de parti du district. Mais Xi s’est morfondu à ce poste, en raison de sa performance médiocre. Au PCC, passer du niveau du district au niveau de la province est un obstacle, et pendant des années, il n’a pas pu le surmonter. Encore une fois, des relations familiales sont intervenues. En 1992, après que la mère de Xi a écrit un plaidoyer au nouveau chef du parti dans le Fujian, Jia Qinglin, Xi a été transféré dans la capitale de la province. A ce moment-là, sa carrière a réellement décollé.

Comme le savent tous les cadres de niveau inférieur, pour gravir les échelons du PCC, il faut trouver un « boss » du niveau supérieur. Dans le cas de Xi, cela s’est avéré assez facile, car de nombreux dirigeants tenaient son père en haute estime. Son premier et plus important mentor fut Geng Biao, un haut responsable diplomatique et militaire qui avait travaillé pour le père de Xi. En 1970, il prit le jeune Xi comme secrétaire. Avoir de tels mécènes dès le début a des répercussions des décennies plus tard. Les officiels de haut niveau ont chacun leur

 

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