INTERNATIONAL, 16 juin 2012

ANDRÉ GLUCKSMANN, KAREL SCHWARZENBERG, DESMOND TUTU, RICHARD VON WEIZSÄCKER
publient cette analyse sur la situation au Tibet.


Le sinistre spectacle de jeunes moines, de nonnes, et de laïcs s’immolant pour protester contre leurs conditions de vie dans leur pays d'origine est un rappel brutal de la tristesse et du désespoir qui prévalent actuellement sur le plateau tibétain.

Ces actes d'auto-immolation se sont pratiqués pour protester contre les contrôles de plus en plus lourds que le gouvernement chinois a imposés sur les pratiques religieuses bouddhistes. A la fin du mois de mai, une auto-immolation a eu lieu pour la première fois, à Lhassa, la capitale, ce qui peut être un signe grave de nouveau tumulte au Tibet.

Les immolations sont une réponse extrême aux affirmations du gouvernement chinois considérant que la vie de beaucoup de Tibétains a fait l’objet d’amélioration. Ces actes singuliers de désespoir, quels que soient leurs motifs, doivent être considérés dans un contexte plus large que celui des problèmes religieux et politiques au Tibet. La politique officielle chinoise menace l'existence même de la langue tibétaine, de sa culture, de sa religion, de son patrimoine et de son environnement.

Les tensions qui couvaient ont été largement alimentées par les longues séances de «rééducation» dans les campagnes, imposées aux Tibétains, qui sont contraints de renoncer publiquement à leur attachement à leur chef spirituel et de professer leur patriotisme et leur loyauté envers la Chine. La situation s'envenime dans la région d'Aba / Ngaba, une zone tibétaine dans la province du Sichuan, où les tensions ont conduit à l'imposition de mesures de sécurité sans précédent, ce qui est particulièrement inquiétant.

Aba a été longtemps une des plus grandes zones de regroupement de moines bouddhistes et de concentration de monastères du monde.

La répression sécuritaire pour endiguer les protestations dans cette zone, et l'étanchéité virtuelle du monastère de Ngaba / Kirti, où les premières auto-immolations ont eu lieu, apparaît comme le simple fait d’empêcher toute propagation de ce mouvement de protestation. L'article 36 de la Constitution de la République Populaire de Chine garantit aux citoyens le droit à la liberté de religion et, par conséquent, la liberté religieuse au Tibet doit être respectée.

En avril, un groupe de 12 lauréats du Prix Nobel de la paix a envoyé une lettre au président chinois Hu Jintao pour lui demander de «respecter la dignité du peuple tibétain" et ouvrir "un dialogue constructif" avec Sa Sainteté le Dalaï Lama et d'autres dirigeants tibétains.

Le Sénat américain et le Parlement européen ont adopté des résolutions exprimant leur frustration sur les politiques chinoises.

La Chine a des aspirations légitimes à être reconnu comme un acteur responsable dans les affaires mondiales. Mais la meilleure façon pour son gouvernement pour atteindre cet objectif est de démontrer qu'il peut prendre en charge les besoins de toutes les personnes vivant en Chine, y compris les Tibétains, ceci d'une manière responsable.

Le gouvernement chinois devrait envisager une plus grande ouverture au Tibet et mettre un terme à l'intimidation et au harcèlement qui ne génèrent que frustration et ressentiment.

Le sort des personnes arbitrairement emprisonnées en raison de leurs croyances religieuses et leur participation à des manifestations récentes ajoute aux inquiétudes croissantes concernant la stabilité au Tibet. Afin d'assurer une plus grande transparence, les autorités chinoises devraient lever les restrictions sur les visites effectuées par les médias indépendants internationaux et les associations des droits de l'homme.

La communauté internationale doit engager un dialogue ouvert et honnête avec la Chine à tous les niveaux, l'exhortant à garantir la liberté de religion pour tous ses citoyens conformément à ses obligations internationales - et à ses propres lois.

Traduction France Tibet A.P., le 17 juin 2012.

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Analysis: China must act to prevent escalation of tensions over Tibet


Published on Saturday 16 June 2012 00:00

The grim spectacle of young monks, nuns, and lay people setting themselves on fire to protest against conditions in their homeland is a stark reminder of the gloom and despair that now prevails on the Tibetan Plateau.

These acts of self-immolation have been staged to protest against the increasingly heavy controls that China’s government has imposed on Buddhist religious practices. At the end of May, a self-immolation occurred for the first time, in Lhasa, the capital, which may be a powerful portent of new turmoil in Tibet.

The self-immolations are a stark rebuke to the Chinese government’s claims that the lives of many in Tibet have been improving. These singular acts of desperation, irrespective of their motives, should be viewed in the wider context of ongoing religious and political problems in Tibet. Current official Chinese policies threaten the continuing existence of the Tibetan language, culture, religion, heritage, and environment.

Simmering tensions have been fuelled largely by the lengthy “re-education” campaigns imposed on the Tibetans, who are forced to renounce publicly their spiritual leader and profess patriotism and loyalty to China. The escalating situation in the Aba/Ngaba region, a heavily Tibetan area in Sichuan province, where tensions have led to the imposition of unprecedented security measures, is particularly worrisome.

Aba has long had one of the densest concentrations of Buddhist monks and monasteries anywhere in the world.

The security crackdown to stem protests there, and the virtual sealing off of the Kirti Monastery in Ngaba, where the first of the current wave of self-immolations occurred, appears merely to have spread protest farther afield. Article 36 of the Constitution of the People’s Republic of China guarantees all citizens the right to freedom of religion; therefore, religious freedom in Tibet should be respected.

In April, a group of 12 Nobel Peace Prize laureates sent a letter to Chinese president Hu Jintao urging him to “respect the dignity of the Tibetan people” and open up “meaningful dialogue” with His Holiness the Dalai Lama and other Tibetan leaders.

The US Senate and the European Parliament have adopted resolutions expressing their frustration over Chinese policies.

China has legitimate aspirations to be accepted as a responsible stakeholder in global affairs. But the best way for its government to achieve this goal is to demonstrate that it can care for the needs of all of the people living in China, including Tibetans, in a responsible manner.

The Chinese government should contemplate greater openness in Tibet and put a stop to intimidation and harassment, which merely breeds further frustration and resentment.

The fate of people arbitrarily imprisoned due to their religious beliefs and participation in recent protests adds to the growing worries about stability in Tibet. To ensure greater transparency, the Chinese authorities should lift restrictions on visits by independent international media and human-rights monitors.

The international community ought to initiate an open and honest dialogue with China at all levels, urging it to guarantee freedom of religion to all of its citizens in accordance with its international obligations – and its own laws.

ANDRÉ GLUCKSMANN

KAREL SCHWARZENBERG

DESMOND TUTU

RICHARD VON WEIZSÄCKER

http://www.scotsman.com/news/international/analysis-china-must-act-to-prevent-escalation-of-tensions-over-tibet-1-2356344