En visite officielle en Chine, Fabius repart avec une promesse de coopération étroite.

11 juillet
Le ministre des Affaires étrangères français a effectué sa première visite officielle en Chine hier. De nombreux points ont été abordés concernant les accords entre les deux pays. Outre une redéfinition de la coopération économique mais les deux interlocuteurs ont également abordé des questions de politique internationale, dont le délicat dossier syrien. Laurent Fabius a par ailleurs fait part à l’école centrale de Pékin de son souhait de développer l’accueil d’étudiants chinois en France dans les années à venir.

C’est la deuxième visite de Laurent Fabius en Chine cette année, mais la première en tant que ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement. Cette différence de statut se ressent dans l’accueil chinois, puisque Laurent Fabius a rencontré de nombreux membres du gouvernement, dont le Premier ministre Wen Jiabao ou encore son homologue chinois Yang Jiechi. Ses entretiens ont été prolongés, signe dans le protocole chinois de considération, espérant ainsi rattraper les maladresses de février. A l’époque, Hollande était inconnu de Pékin et les autorités chinoises misaient sur la réélection de Sarkozy.


Plusieurs objectifs des relations franco-chinoises ont été établis. Le premier volet concerne un rééquilibrage des relations économiques et commerciales. La coopération devrait se poursuivre dans les domaines de l’aéronautique et du nucléaire civil et s’ouvrir dans les domaines de l’environnement, de l’urbanisme, du développement durable ou encore de la finance. Le déficit commercial de la France avec la Chine, qui atteint les 27 milliards d’euros, a été abordé. Laurent Fabius a indiqué que l’émergence économique de la Chine, phénomène positif, pouvait avoir « un impact brutal sur les équilibres politiques et économiques mondiaux. » Afin de réduire le déficit français, il a appelé à l’ouverture des marchés chinois et aux investissements en France. Le vice premier ministre Li Keqiang a déclaré que « la Chine est prête à coopérer étroitement avec le nouveau gouvernement français pour améliorer la confiance politique mutuelle, consolider la coopération et renforcer la coordination dans les affaires mondiales. »


La question du rôle à mener concernant la Syrie a été posée, alors que les deux pays semblent divisés sur le sujet. Pékin, fidèle à ses habitudes, refuse toute forme d’ingérence dans les affaires internes syriennes. La France a tenté d’infléchir la position chinoise en faisant valoir qu’il ne s’agissait plus seulement d’une affaire interne mais que le conflit syrien se répercutait au Liban ainsi qu’en Turquie et menaçait plus généralement la stabilité de la région. Les homologues ont insisté sur le renforcement du partenariat politique et la promotion des échanges entre les sociétés civiles. Le ministre français a déclaré vouloir augmenter le nombre d’étudiants chinois en France. En facilitant l’attribution de visas, les étudiants chinois devraient être 50 000 d’ici à 2015, soit 15 000 de plus qu’actuellement. Fabius souhaite rendre la France de nouveau attractive en termes d’enseignement face à ses concurrents anglo-saxons, ce qui devrait passer par une meilleure insertion professionnelle. Le nombre d’étudiants français en Chine devraient également augmenter. Ils sont aujourd’hui 6 000, le plus grand contingent d’étudiants issus d’un pays de l’Union européenne.



sur Aujourd'hui la Chine :
Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius était en Chine. Au programme : rencontres au sommet, et discussion avec la communauté française. Retrouvez en vidéo les meilleurs moments de cette visite.

Au deuxième jour de sa visite, le ministre des Affaires étrangères a rencontré à Zhongnanhai, coeur du pouvoir chinois, le premier ministre Wen Jiabao. Puis, Laurent Fabius s'est entretenu avec le futur successeur de Wen, Li Keqiang. Des rencontres au sommet, qui efface l'affront qui avait été fait lors de la précédente visite de M. Fabius en Chine, alors qu'il n'était que le représentant du candidat Hollande.

Hier, Laurent Fabius a rencontré, à l'ambassade de France, la communauté française. L'occasion de revenir sur des thèmes importans. A commencer par le partenariat stratégique franco-chinois.

Mais le ministre a également souligné l'importance des échanges universitaires entre les deux pays.

Avant de conclure en revenant sur la fin de la gratuité de la scolarité à l'étranger, en promettant des facilités pour les plus démunis.







Sur Libération :

ANALYSE Le ministre français des Affaires étrangères est attendu aujourd’hui à Pékin. Une première rencontre qui a pour but affiché d’améliorer les relations économiques et commerciales.

Par ARNAUD VAULERIN, PHILIPPE GRANGEREAU Correspondant à Pékin
A l’endroit de la France, la Chine a toujours penché pour les gouvernements de droite. C’est l’une des raisons - mais pas la seule - pour laquelle la méfiance sera au rendez-vous de la première rencontre entre la Chine et la «Hollandie», aujourd’hui à Pékin.

Après une visite ratée et écourtée en février, alors qu’il n’était que le simple représentant du candidat socialiste, François Hollande, Laurent Fabius revient pour deux jours dans la capitale chinoise, cette fois en tant que ministre des Affaires étrangères. Pour cette prise de contact rugueuse, il sera reçu par son homologue, Yang Jiechi, le Premier ministre, Wen Jiabao, et son probable successeur en 2013, le vice-Premier ministre, Li Keqiang.

Le dialogue sera pragmatique sur les dossiers économiques. Paris souhaite favoriser l’accès des entreprises françaises au marché chinois et redresser le déficit des échanges commerciaux, devenu abyssal en 2011 (27 milliards d’euros). «Ce n’est plus soutenable sur le plan économique et politique», analyse un diplomate français. Sur les questions politiques, Fabius jouera cartes sur table. «Nous devons montrer qu’on est lisible, assure-t-on au Quai d’Orsay, qu’il n’y aura pas de surprises - ce que les Chinois n’aiment pas du tout - afin d’éviter tout soubresaut ou crise type 2008.» Quand les émeutes au Tibet, le passage chaotique de la flamme olympique à Paris et surtout la rencontre en catimini entre Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama avaient congelé les relations avec Pékin.

Répression. Pour revenir dans les bonnes grâces de la Chine, dans le très singulier communiqué franco-chinois d’avril 2009, Sarkozy s’était engagé au nom de la France à «récuser tout soutien à l’indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit». Le gouvernement Hollande va-t-il archiver ce serment ? «On peut et on veut aborder tous les sujets avec la Chine», assurait vendredi une source diplomatique, n’excluant pas un dialogue sur l’emprisonnement du Prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo ou, plus généralement, sur la répression politique au Tibet et dans le reste du pays.

Les autorités chinoises, allergiques aux questions de respect des droits fondamentaux, ont bien des raisons de se méfier du gouvernement Hollande. Pékin n’a pas oublié que le conseiller diplomatique et «sherpa» du Président, Paul Jean-Ortiz, chargé d’orchestrer le «réengagement» des relations avec Pékin, a joué un rôle estimable dans l’opération «Oiseau jaune». Déclenchée juste après le massacre de Tiananmen, en juin 1989, celle-ci avait permis de faire partir clandestinement de Chine, via Hongkong, plus de 400 étudiants et militants du mouvement démocratique alors recherchés par toutes les polices du pays. Presque tous ont été initialement accueillis en France. L’opération avait été organisée avec le concours d’hommes d’affaires hongkongais (pour le financement), des mafias locales (pour l’extraction), des diplomates et les services secrets de trois pays, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France.

Davantage dans le présent, Laurent Fabius aura à cœur de ne pas revenir sur les propos du candidat Hollande. Le 30 mars, comme l’a écrit Eric Dupin dans son livre la Victoire empoisonnée (Seuil), le futur président confiait qu’il «en était arrivé à un moment où [il] pense qu’il faut nommer l’adversaire. […] Le problème, il est chinois. Ils trichent sur tout. Sur la monnaie, en matière de recherche… La difficulté, c’est que beaucoup de grandes entreprises vivent avec des contrats chinois. Ce sont elles qui empêchent que nous soyons plus fermes à l’égard des produits de ce pays. Mais il faudra ouvrir le conflit.»

Le chef de la diplomatie française taira aussi les déclarations protibétaines de l’ex-maire de Nantes et Premier ministre. En août 2008, au plus fort de la crise avec la Chine, Jean-Marc Ayrault s’inspirait de l’édit de Nantes pour accueillir avec éclat le dalaï-lama et saluer la lutte du chef spirituel tibétain : «Votre combat est juste et c’est pourquoi je l’ai toujours soutenu dans mes différentes responsabilités», avait-il dit, avant d’appeler à un arrêt de la violence et de la répression chinoises.

«Invective». Laurent Fabius a, lui aussi, laissé un souvenir contestable du point de vue chinois. En avril 1996, alors président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, il avait protesté contre la venue en France du Premier ministre chinois, Li Peng, sur le Parvis des droits de l’homme. «Quand on sait ce qui s’est passé à Tiananmen en 1989 et la répression actuelle, la réaction normale, qui doit aussi être le message de la France, est que les droits de l’homme doivent être respectés partout», avait-il déclaré. Diplomate, Fabius a expliqué la semaine dernière qu’il souhaitait «faire avancer concrètement les choses avec la Chine, et ce n’est pas en maniant l’invective qu’on y arrive. Il ne sert à rien d’être provoquant ni complaisant».