Pour le Tibet, ce « grand bond » en avant se fit, surtout, dans le vide. Aujourd’hui, le génocide continue, à l’abri d’immenses montagnes qui étouf-fent les cris et les pleurs. Le vent amortit le bruit des coups sourds des geôliers et attise les flammes des immolations. Les traditions et la culture tibétaines sont insidieusement interdites, rempla-cées par une démagogie de bas niveau et une absence voulue de toute édu-cation et de tout enseignement. Aujourd’hui, le Tibet est une prison pour les tibétains, condamnés à une ex-tinction programmée et inhumaine. Les gouvernements occidentaux se sont élevés,d’une voix tellement faible, contre les exactions et le pillage du Tibet faits par le gouvernement chinois, que celui-ci en rit encore. Trop d’intérêts économiques, trop d’argent en jeu, pas assez de fermeté et de courage… Le Tibet subit, inexorablement, sa mise à mort, dans le silence des neiges éternelles et du monde diplomatique étranger. Le Tibet est loin d’ici, et il fallut du temps pour que le son des Dungchen nous parvienne, étouffé, presqu’inaudible. Un habitant de Coulaures, Jean-Claude Rey, venu du pays de Paris où l’acoustique devait être meilleure, fut l’initiateur de notre prise de conscience et le lien avec l’association France-Tibet. Georges Roche, membre actif de l’association France-Tibet fut alors auprès de nous l’avocat convaincant de la cause tibétaine et, c’est d’un commun ac-cord que le conseil municipal et moi-même décidèrent de nous lancer dans la grande aventure humanitaire et humaine du parrainage d’un village du Tibet. Nous attendions avec impatience le nom de ce village, prêts affectivement et psychologiquement à adopter celui-ci, comme s’il s’agissait d’un enfant tibé-tain. Le village de DARCHEN nous fut proposé, car celui-ci demandait son parrai-nage par une commune française afin de préserver son nom, son existence, et son avenir. Coulaures, par notre voix, entrait dans l’histoire de la résistance à l’envahis-seur, pour la deuxième fois. La première fois en 1944 pour sauver ses habitants de la mort et elle-même de sa destruction, et maintenant pour soutenir le Tibet, en général, et Dar-chen, en particulier, dans une guerre qui ne dit pas son nom. Coulaures rejoint, aujourd’hui, les 64 autres communes de France qui mar-chent à vos côtés; Si cela peut vous réconforter, chers amis tibétains, sachez qu’Il n’y eut, dans toute votre Histoire, aucun envahisseur qui resta durablement au Tibet, hor-mis les neiges éternelles. En parrainant le village de Darchen, nous inscrivons, de façon indélébile et symbolique, son existence propre et inaliénable, dans nos mémoires et dans celle du monde. Darchen ne pourra plus disparaître car son destin est lié désormais à celui de Coulaures. Ce village est situé au pied du mont sacré Kailash, montagne la plus sacrée du Tibet, à l’extrême Ouest du pays. Elle se nomme aussi: montagne-svastika. La sagesse classique admet qu’un seul tour de ce mont annihile les péchés de toute une vie et que 108 tours garantissent l’éveil. Darchen est un village permettant aux pèlerins de commencer et de finir leur circumambulation. Il comporte un monastère et le Mani Lhakhang. Envahis par des touristes chinois et par des tour-operators, ses habitants ont demandé à être parrainés par une commune française, afin de préserver leurs traditions. C’est avec gravité et fierté que Coulaures a fait le choix de sauvegarder le nom de Darchen, à travers le drapeau tibétain et les plaques fixées au pan-neaux d’entrée et de sortie de Coulaures. Nous deviendrons la résonance de ce village, dans le monde libre, et sa voix inextinguible. Je sais que notre action semble dérisoire face à l’importance du drame qui se joue là-bas au Tibet mais plus, nous serons nombreux en France, à parrainer un village tibétain, plus notre voix sera forte et entendue. Je terminerai mon discours par ces mots : « Celui qui a déplacé la montagne, est celui qui a commencé par enlever les petites pierres. » Que vive libre le Tibet, et que la France, pays de liberté et de fraternité fasse entendre sa voix.]]>

