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10/12/23 | 15 h 40 min par Australian Government Defence / Institut Français des relations Internationales

Sommet des ministres de la défense du Pacifique Sud : lutter contre les effets du changement climatique en Océanie

Réunion des ministres de la Défense du Pacifique Sud

Les ministres de la Défense et de hauts responsables civils et militaires de l’Australie, du Chili, des Fidji, de la France, de la Nouvelle-Zélande, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et des Tonga, ainsi que des observateurs du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis, se sont réunis en Nouvelle-Calédonie pour la réunion annuelle du Pacifique Sud. Réunion des ministres de la Défense (SPDMM) (South Pacific Defence Ministers’ Meeting) du 4 au 6 décembre 2023. Cette année marquait le 10ème anniversaire de la création du SPDMM et sa 8ème itération .

Le 07 décembre 2023 est le premier dialogue ministériel réunissant les ministres régionaux de la Défense pour discuter de la coopération en matière de défense et de sécurité dans le Pacifique Sud. Les membres travaillent collectivement pour favoriser leur prospérité, leur souveraineté et leur solidarité régionale, en faisant le point sur les défis de sécurité régionale et en identifiant les moyens d’améliorer la coopération et la coordination sur les questions de défense régionale .

Lors de la réunion de cette année, les membres se sont engagés à approfondir leur coopération pour relever ensemble les plus graves de ces défis, notamment les catastrophes provoquées par le climat, la demande croissante d’interventions rapides en matière d’aide humanitaire et de secours en cas de catastrophe, la sécurité maritime et les défis de sécurité non traditionnels, tels que la pêche INN. la pêche et la criminalité transnationale, ainsi que les cybermenaces.

Les membres ont également discuté de l’impact de la concurrence stratégique sur la stabilité du Pacifique Sud.

Interopérabilité

Les membres ont noté que le SPDMM célèbre son 10e anniversaire en 2023 et ont réfléchi aux progrès importants en matière d’interopérabilité réalisés au cours de la dernière décennie. Les membres ont convenu de mettre à jour le cadre POVAI ENDEAVOUR (un cadre d’exercice coopératif), y compris, entre autres activités, l’exercice CROIX DU SUD et l’exercice régional LONGREACH. Ils ont remercié la Papouasie-Nouvelle-Guinée d’avoir accueilli l’exercice régional LONGREACH de cette année et ont accepté l’offre de l’Australie d’accueillir l’exercice en 2024.

Reconnaissant le rôle de premier plan des organisations nationales de gestion des catastrophes, les membres ont discuté des mécanismes visant à accroître et à améliorer la manière dont les armées du Pacifique Sud travaillent ensemble en réponse aux catastrophes. Le membre a approuvé le guide d’interopérabilité SPDMM HADR (anciennement connu sous le nom de procédures opérationnelles standard HADR de la Défense), élaboré dans le cadre de l’exercice régional LONGREACH, en tant que document de base qui soutiendrait la planification et la participation aux exercices et aux opérations. Ils ont également salué l’importance accordée aux considérations relatives aux femmes, à la paix et à la sécurité. 

Parce qu’une plus grande interopérabilité nécessite un partage d’informations plus cohérent, les membres se sont engagés à finaliser un cadre visant à faciliter un plus grand échange d’informations d’ici la réunion de l’année prochaine. Ils ont souligné l’importance de convenir de normes et de protocoles de partage d’informations entre partenaires de confiance.

Les membres ont soutenu l’initiative du Pacific Response Group proposée par l’Australie et ont demandé aux chefs et aux chefs d’état-major de la défense de travailler ensemble pour développer davantage l’initiative en vue de leur examen en 2024.

Sécurité maritime

Les membres se sont engagés à lutter conjointement contre les menaces maritimes régionales telles que la pêche illégale, non réglementée et non déclarée (INN) et la criminalité transnationale afin de mieux protéger les ressources dans les vastes zones économiques exclusives du continent du Pacifique bleu. Ils sont fermement d’accord pour prendre les mesures nécessaires pour améliorer les opérations de shipriding en fonction des besoins de chaque membre. Ils ont approuvé une déclaration commune visant à renforcer la coopération maritime à cette fin.

Entraînement

Les membres se sont engagés à mieux coordonner leurs offres et leurs besoins de formation pour renforcer notre réponse commune aux défis de sécurité communs. La France a proposé de développer un cadre de formation au sein du SPDMM et les membres ont chargé le groupe de travail de développer le concept d’ici 2024. La France a profité de cette occasion pour présenter sa nouvelle Académie du Pacifique.

À la suite d’une initiative du Chili, les membres se sont engagés à créer un réseau universitaire SPDMM afin de jeter des ponts entre les institutions universitaires de défense afin d’améliorer le partage des analyses de sécurité.

Les membres ont souligné la nécessité d’élargir le partage de la recherche sur les technologies et l’innovation.

L’Australie a proposé de faciliter des liens plus étroits entre les chefs religieux et les aumôniers qui soutiennent les forces de défense dans le Pacifique Sud. Les membres ont accepté l’offre de l’Australie d’accueillir l’édition 2025 du Forum des jeunes leaders du SPDMM, que la Nouvelle-Zélande a organisé avec succès cette année.

Résilience au changement climatique

Les députés ont soutenu la feuille de route proposée par la France pour opérationnaliser l’étude du SPDMM 2019 sur l’impact du changement climatique sur les infrastructures de défense et de sécurité. Les membres ont convenu de créer un groupe de travail intersessions au niveau des fonctionnaires pour faire progresser la mise en œuvre du programme croissant du SPDMM tout au long de l’année. La France présidera le premier groupe de travail axé sur le changement climatique.

La Nouvelle-Zélande a fait le point sur les progrès réalisés par le SPDMM pour relever les défis de sécurité non traditionnels, pour examen par les membres du SPDMM et publication en 2024.

Gouvernance

Les délégués ont remercié la France d’avoir accueilli le SPDMM 2023 en Nouvelle-Calédonie et ont convenu que la Nouvelle-Zélande accueillerait le SPDMM en 2024.

Afin d’assurer des liens solides et une coordination étroite avec l’architecture de la région, les membres ont convenu de partager les résultats de la réunion du SPDMM avec les dirigeants du Forum des îles du Pacifique. 

La France doit assumer un rôle moteur dans la problématique climat-défense en Océanie par Céline Pajon

https://www.ifri.org/fr/espace-media/lifri-medias/france-assumer-un-role-moteur-securite-climatique-oceanie

Malgré une rivalité accrue des grandes puissances dans la région, le sommet des ministres de la défense du Pacifique Sud, qui se tient du 4 au 6 décembre à Nouméa, doit rester focalisé sur la lutte contre les effets du changement climatique.

Après les visites ministérielles en Nouvelle-Calédonie, fin novembre, de Gérald Darmanin et de Bruno Le Maire, consacrées à l’avenir institutionnel de l’archipel et au devenir de sa filière nickel, c’est le ministre des armées, Sébastien Lecornu, qui se rend sur le Caillou, le 4 décembre, pour présider le sommet des ministres de la défense du Pacifique Sud (SPDMM) South Pacific Defence Ministers’ Meeting.

Le SPDMM, qui fête ses dix ans cette année, est peu connu. C’est pourtant une instance de dialogue et de coordination unique en son genre, réunissant l’Australie, le Chili, les Fidji, la France, la Nouvelle-Zélande, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Tonga, ainsi que trois observateurs : les Etats-Unis, le Japon et le Royaume-Uni. Les autorités de défense y renforcent leur coordination en matière d’opérations humanitaires et post-catastrophes naturelles (HADR), alors que les phénomènes météorologiques extrêmes s’intensifient dans la région sous l’effet du changement climatique.

Ce cadre permet notamment de rationaliser le calendrier des grands exercices d’entraînement HADR dans le Pacifique Sud, dont font partie les manœuvres multinationales « Croix du Sud » et « Marara », conduites respectivement par les forces armées en Nouvelle-Calédonie et les forces armées en Polynésie française.

La France apporte en effet une contribution originale et significative au SPDMM sur la problématique climat-défense et à travers la participation active de ses forces prépositionnées à la coopération régionale.
Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci. Paris se coordonne depuis 1992 au sein de l’accord Franz avec ses partenaires australiens et néo-zélandais pour fournir un soutien HADR aux pays de la région. Avec les Etats-Unis, ce groupement forme le « Pacific Quad », qui assiste les Etats océaniens dans la surveillance de leurs zones économiques exclusives et lutte contre la surpêche.

L’appel de Macron

La France est, par ailleurs, le seul pays européen à pouvoir contribuer de manière significative à la sécurité du Pacifique Sud, grâce à ses 2 800 militaires postés de manière permanente dans la région. L’accueil par la France du SPDMM s’inscrit dans la démarche définie par le président de la République, Emmanuel Macron, lors de sa tournée dans le Pacifique, en juillet. Au cours de cette visite, il a resserré la stratégie indo-pacifique française en Océanie autour de trois axes : la promotion du multilatéralisme, la coopération en matière de sécurité et de défense, et le changement climatique. Des domaines où la France peut revendiquer une légitimité en raison de son expérience et de son expertise.

Avec l’archipel de Vanuatu, le chef de l’Etat a ainsi lancé un appel conjoint en faveur de l’action climatique, en s’appuyant sur l’accord de Paris de 2015 et sur le « pacte de Paris pour les peuples et la planète », publié en juin. Il a ainsi positionné la France comme un soutien majeur de Port-Vila et d’autres Etats insulaires du Pacifique dans leur quête de justice climatique.

En outre, l’Agence française de développement s’est engagée à allouer 200 millions d’euros au Pacifique d’ici à 2027 pour son adaptation au changement climatique, soit un financement cinq fois plus important que le plan quinquennal précédent (mais qui reste modeste en comparaison des montants distribués par l’Australie ou les Etats-Unis).

Le président Macron a également annoncé la mise en place d’une académie du Pacifique, à Nouméa, qui vise à compléter l’offre de formations disponibles pour les forces de sécurité et de défense océaniennes en matière de HADR et de sécurité civile, mais aussi la création d’un pôle de coordination renforcé de secours, en coopération avec la Croix-Rouge. Avec le renfort de 200 soldats et un investissement de 150 millions d’euros, la base militaire de Nouméa va également voir son rôle renforcé dans le développement des capacités régionales. L’avenir du SPDMM dépendra de sa capacité à se positionner face au retour de la rivalité des puissances dans le Pacifique, et à s’articuler avec les autres dialogues et initiatives de sécurité qui se multiplient dans la zone.

Légitimité et efficacité

En effet, l’influence grandissante de la Chine dans le Pacifique Sud, symbolisée par le surendettement de plusieurs Etats insulaires à son égard et la conclusion d’un traité de sécurité avec les îles Salomon, en mars 2022, a fini par alarmer les Etats-Unis, et leurs alliés et partenaires, qui ont à leur tour réinvesti la zone.

Dans pareil contexte, le SPDMM doit s’atteler à maintenir légitimité et efficacité. D’abord, en se maintenant à distance de la compétition des puissances, en restant focalisé sur les questions de sécurité transversale et de renforcement des capacités, tout en respectant le « Pacific Way ». La lutte contre les effets du changement climatique doit ainsi rester la priorité du SPDMM, selon les termes de la Déclaration de Boe de 2018 et la Stratégie pour le Pacifique bleu à l’horizon 2050 qui doit guider l’intégration régionale dans les prochaines décennies.

Le SPDMM doit ensuite mieux se coordonner avec les autres dialogues et mécanismes de sécurité de la région, afin d’éviter les redondances. En tant que nation résidente et acteur responsable dans la région, la France doit assumer un rôle moteur pour consolider et rationaliser les diverses initiatives présentes en Océanie. Cela implique de se laisser la possibilité de rejoindre les plates-formes utiles, y compris celles mises en place par les Etats-Unis, telles que les Partenaires du Pacifique bleu. Enfin, alors que le statut institutionnel de la Nouvelle-Calédonie pourrait évoluer, à la faveur des négociations actuelles, Paris doit penser un rôle actif de ses territoires dans sa stratégie indo-pacifique et clarifier leur mode de représentation dans les organisations régionales.

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Céline Pajon est chercheuse, responsable des activités Japon et coordinatrice du programme Océanie au Centre Asie-Indopacifique de l’Ifri.