75e anniversaire de la « libération pacifique du Tibet » par la Chine : réfutation historique et analyse de la terminologie politique
Gyaltsen Choedak* affirme que le discours sur « l’accord en 17 points » porte autant sur l’annexion illégale du Tibet par la Chine au nom de la « libération pacifique » que sur la nécessité de bien comprendre la terminologie sous-jacente à la signature forcée de ce document.
Aujourd’hui marque le 75e anniversaire de la signature, le 23 mai 1951, du prétendu « Accord en dix-sept points », lorsque le gouvernement chinois a contraint une délégation tibétaine à Pékin à signer ce document sous la contrainte. Si Pékin célèbre cet événement comme l’anniversaire de la « libération pacifique » du Tibet, du point de vue historique tibétain, il représente non pas une libération, mais la destruction violente de l’indépendance du Tibet par l’invasion militaire et l’intimidation politique.
Soixante-quinze ans plus tard, il incombe toujours aux médias, écrivains et chercheurs tibétains de contester la propagande d’État chinoise en s’appuyant sur des preuves historiques, un raisonnement juridique et une terminologie politique précise. L’enjeu ne se limite pas à l’histoire ; il touche aussi au langage et aux significations politiques que recèlent les mots.
Le gouvernement chinois continue d’affirmer que « le Tibet fait partie de la Chine depuis l’Antiquité » et que l’Armée populaire de libération l’a simplement « libéré pacifiquement » en 1951. Or, la réalité historique est tout autre. Avant 1951, le Tibet fonctionnait de facto comme un État indépendant, doté de son propre gouvernement, de sa monnaie, de son armée, de ses passeports et de ses relations extérieures. Le Tibet n’était pas administré comme une province ou une région de la Chine.
L’une des expressions politiques les plus fréquemment employées par le gouvernement chinois est « gouvernement local du Tibet », une formule délibérément créée pour présenter le Tibet comme une région de la Chine. Du point de vue tibétain, cependant, le gouvernement de Lhassa avant 1951 n’était pas un « gouvernement local » sous souveraineté chinoise, mais le gouvernement légitime d’un État tibétain indépendant.
L’expression « Libération pacifique » est en elle-même profondément trompeuse. Le 6 octobre 1950, l’Armée populaire de libération chinoise lança une offensive militaire d’envergure sur Chamdo, dans l’est du Tibet. Les combats durèrent dix-huit jours et firent plus de 5 700 morts et blessés parmi les soldats tibétains. Chamdo tomba le 19 octobre et les officiels et soldats tibétains, dont le gouverneur général Ngabo Ngawang Jigme, furent faits prisonniers.
Qualifier de « libération pacifique » une invasion militaire ayant entraîné des milliers de morts constitue une déformation de la réalité historique. Il ne s’agissait pas d’un ajustement politique interne, mais de l’invasion armée d’un pays par un autre. Les soldats tibétains sont morts en défendant leur pays et leur gouvernement, et non en réprimant une rébellion interne en Chine.
Tout aussi importante est la signification politique de la terminologie entourant l’« Accord en dix-sept points ». Le gouvernement chinois utilise le mot anglais « Agreement » (Accord) et le traduit politiquement de manière à sous-entendre un arrangement entre le gouvernement central chinois et une autorité régionale tibétaine subordonnée.
Du point de vue tibétain, ce document doit toutefois être compris dans le contexte du droit international et des relations conventionnelles. Un traité existe entre des entités politiques dotées d’une autorité souveraine. Qualifier ce document de « traité » reflète donc la position tibétaine selon laquelle le Tibet possédait, avant 1951, un statut politique indépendant. Sans État, aucune relation conventionnelle n’est possible.
C’est pourquoi les journalistes et les médias tibétains doivent faire preuve de prudence dans l’emploi d’une terminologie qui, involontairement, renforce le discours chinois. Utiliser uniquement le terme « Accord », sans contexte historique, risque de légitimer l’interprétation politique de Pékin. Des expressions telles que « Accord forcé », « Accord obtenu sous la contrainte » ou « Traité imposé par la pression » reflètent plus fidèlement le contexte historique de la signature du document.
Les archives historiques montrent qu’en avril 1951, une délégation tibétaine de cinq membres, conduite par Ngabo, se rendit à Pékin pour des négociations. Le 23 mai, sans l’autorisation du gouvernement tibétain ni de Sa Sainteté le dalaï-lama, la délégation fut contrainte, par des pressions et des menaces, de signer le document. Les autorités chinoises allèrent jusqu’à fabriquer de faux sceaux tibétains officiels à Pékin, après avoir constaté que la délégation ne possédait pas le sceau d’État nécessaire à la validation d’un tel accord.
En vertu du droit international, les documents signés sous la contrainte militaire, l’intimidation ou dans des conditions frauduleuses sont dépourvus de légitimité juridique et peuvent être considérés comme nuls et non avenus. Ce principe a été réaffirmé ultérieurement lorsque Sa Sainteté le 14e dalaï-lama, après son exil en Inde en 1959, a publiquement rejeté l’Accord en dix-sept points lors d’une conférence de presse à Tezpur, déclarant qu’il avait été imposé au Tibet par la force.
Alors que la Chine commémore ce qu’elle appelle la « Libération pacifique du Tibet », les Tibétains doivent continuer à révéler la vérité historique occultée par la propagande officielle. Aujourd’hui, le combat ne porte pas seulement sur le territoire et l’histoire, mais aussi sur la langue, la mémoire et la vérité politique.
Le maintien d’une terminologie historiquement exacte est essentiel. Des expressions telles que « le traité en dix-sept points imposé sous la contrainte » ou « l’accord en dix-sept points imposé par la force » rendent compte de la réalité historique et juridique avec plus de clarté qu’un langage politiquement neutre. Ces termes confirment également que le Tibet d’avant 1951 possédait les caractéristiques d’une entité politique indépendante et non celles d’une région subordonnée à la Chine.
Soixante-quinze ans plus tard, la responsabilité demeure inchangée : préserver la vérité historique, résister à la manipulation du langage et veiller à ce que les générations futures comprennent que ce que la Chine appelle « libération pacifique » était, du point de vue tibétain, la perte de la liberté d’une nation par la force militaire et la coercition politique.
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Gyaltsen Choedak est un journaliste et écrivain tibétain chevronné, actuellement basé dans le sud de l’Inde. Il travaille dans les médias et le journalisme tibétains depuis plus de seize ans. Au cours de sa carrière, il a été correspondant pour le sud de l’Inde pour la Voix du Tibet (VOT) et le Service tibétain de la Voix de l’Amérique (VOA). Il a également travaillé comme journaliste pour Tibet TV, sous l’égide du Département de l’information et des relations internationales de l’Administration centrale tibétaine. Il a publié de nombreux articles et commentaires sur l’histoire, la politique, la société et l’actualité du Tibet.

