Ces velléités printanières de sinisation par la plume de l’Arunachal Pradesh indien ne sont pas les premières du genre (Par ailleurs, la volonté de sinisation par Pékin d’espaces territoriaux disputés s’exerce par aussi, en autres, en mer de Chine du Sud, où plusieurs dizaines de noms d’îles, récifs ou rochers ont également été rebaptisés unilatéralement). C’est la troisième tentative ces six dernières années. Le 13 avril 2017, deux jours après la visite en Arunachal Pradesh du Dalaï-lama, les autorités de Pékin publiaient leur première liste de « noms standardisés », alors que les médias chinois critiquaient très durement New Delhi pour avoir autorisé le séjour du prix Nobel de la paix 1989. Deux mois plus tard, les deux plus importantes armées d’Asie se faisaient face durant soixante jours, entre mi-juin et fin août, dans une tension extrême sur le plateau de Doklam, une région disputée par la Chine et le Bhoutan(Dont l’Inde est le garant de la sécurité et de la souveraineté) .
EXERCICES MILITAIRES CONJOINTS DE NEW DELHI ET WASHINGTON
Dans les tous derniers jours de 2021, en pleine tension sino-indienne majeure sur leur longue frontière terrestre (dans la vallée de Galwan), sur la Line of Actual Control (LAC), entre mai 2020 et février 2021), les autorités chinoises réitèrent et publient une deuxième liste d’une quinzaine de « noms normalisés » concernant l’Arunachal Pradesh indien. Deux jours après cette publication, la République populaire adoptait une nouvelle loi sur la protection et l’exploitation des zones frontalières terrestres du pays – entrée en vigueur le 1er janvier 2022. Elle stipule, entre autres dispositions, que « la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République populaire de Chine sont sacrées et inviolables » (dans la vallée de Galwan), sur la Line of Actual Control (LAC), entre mai 2020 et février 2021).
On ne peut s’empêcher de noter que l’initiative chinoise du 2 avril dernier vis-à-vis de l’Arunachal Pradesh indien intervient elle aussi, semble-t-il, dans un contexte particulier. Elle ne doit sans doute pas grand-chose au hasard. Comme le rappelle très pertinemment le site The Diplomat dans un article du 5 avril, lors de la deuxième quinzaine de novembre 2022, des troupes indiennes et américaines avaient participé à des manœuvres militaires conjointes en haute montagne dans l’État indien de l’Uttarakhand, à quelques dizaines de kilomètres à peine de la frontière sino-indienne. Fort « étonnement », une semaine tout juste après ces exercices militaires américano-indiens, un accrochage armé à plus de 4 500 m d’altitude mettait aux prises sur la Ligne de contrôle, dans la région de Tawang en Arunachal Pradesh, des militaires chinois et indiens.

