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21/01/24 | 9 h 58 min par Alex Woolley

BELT AND ROAD INITIATIVE : vers une fin de partie du jeu de go de Xi Jinping.

Nouvelles routes de la soie : ce rapport qui montre l’ampleur des dettes envers la Chine

Economie internationale. Un rapport publié lundi par une université américaine révèle que les pays participants au projet d’infrastructures sont endettés de 1 100 milliards de dollars auprès de la Chine.

Alors que la Chine célébrait le succès des nouvelles routes de la soie le 18 octobre dernier, à l’occasion des dix ans du projet, le programme chinois semble surtout profiter à Pékin. Depuis 2013, l’initiative « Ceinture et Route » (« Belt and Road Initiative ») chinoise aide plus de 160 pays étrangers à développer et construire des infrastructures complexes de commerce, de transport ou de communication.

Un soutien aussi bien logistique qu’économique : selon un rapport publié lundi 6 novembre par l’institut de recherche américain AidData de l’université William et Mary de Williamsburg (Virginie), les nations participantes sont désormais endettées de plus de 1 100 milliards de dollars auprès du géant asiatique. Une dette en grande partie contractée par des pays en développement, les rendant dépendantes de la Chine pour les années à venir.

La Chine premier collecteur de dettes au monde

Ligne de TGV en Birmanie, port commercial au Sri Lanka, centre de données au Kenya… En dix ans, Pékin a accordé des milliards de dollars de prêts pour financer des infrastructures coûteuses et complexes dans des pays en développement. Au total, on compte près de 21 000 projets soutenus par le programme des nouvelles routes de la soie, pour 2 000 milliards de dollars accordés à 165 pays, selon le gouvernement chinois.

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Or, l’aide financière de la Chine prend la forme de prêts bancaires, censés être remboursés selon un calendrier strict et avec des intérêts. Résultat : l’institut de recherche américain AidData estime que plus de la moitié de ces prêts sont désormais entrés dans leur phase de remboursement, représentant « au moins 1 100 milliards de dollars » dus à Pékin. Une somme gigantesque qui n’inclue même pas les intérêts. Le géant asiatique joue donc désormais « un rôle peu familier et inconfortable : celui de premier percepteur officiel de dettes au monde », souligne le rapport.

Surtout, l’institut de recherche donne plus de détails sur les pays endettés : « 80 % du portefeuille de prêts à l’étranger de la Chine dans le monde en développement soutient actuellement des pays en difficulté financière », indique AidData. Cela s’explique par la souplesse d’entrée dans les nouvelles routes de la soie. Comme le rappelle le quotidien américain New York Times, la Chine a multiplié les projets en exigeant « rarement des études environnementales approfondies, des examens de la viabilité financière ou des contrôles sur le déplacement des populations locales ».

Les infrastructures ont donc pu être financées rapidement, mais la forte hausse des taux d’intérêt ces dernières années a fait exploser le coût des prêts contractés. Résultat : de nombreux gouvernements se retrouvent avec des dettes qu’ils sont incapables de rembourser.

Des chevaux de Troie pour étendre son influence

Cette concentration de pays en développement dans le programme des nouvelles routes de la soie semble être voulue par le géant asiatique. En analysant les données compilées sur le financement chinois, AidData estime que Pékin a accordé des aides et des crédits « avoisinant les 80 milliards de dollars par an » aux pays à revenu faible ou intermédiaire. C’est 20 milliards de dollars de plus que les Etats-Unis sur la même période.

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À travers l’initiative « Ceinture et Route », Pékin développe ainsi son influence en nouant des liens commerciaux avec les pays du Sud. Mais derrière ses promesses de leur apporter ressources et croissance, le choix de ces pays instables financièrement et l’opacité des coûts des infrastructures construites par des entreprises chinoises les placent en position de faiblesse face à la Chine.

Une situation qui profite à Pékin. En 2017, le Sri Lanka s’est retrouvé dans l’incapacité de rembourser sa dette de 1,4 milliard de dollars contractée auprès de Pékin pour la construction du port de Hambantota. Colombo a donc dû céder ce port à une entreprise publique chinoise pour les 99 prochaines années. Une position stratégique dans l’océan Indien que Pékin n’a pas hésité à utiliser récemment : fin octobre, un immense navire chinois soupçonné de servir de base d’espionnage a accosté à Hambantota, avec l’accord du Sri Lanka.

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Un poids des nouvelles routes de la soie qui pourrait se retourner contre Pékin dans les années à venir. Certains pays comme la Malaisie ou la Birmanie tentent actuellement de renégocier leurs accords pour alléger leurs charges, tandis que les Philippines ont annoncé en octobre renoncer à trois projets d’infrastructures ferroviaires via ce programme, précise le média américain Newsweek. À la place, le gouvernement de Manille envisage notamment un financement auprès de la Banque mondiale, influencée à l’inverse par les Etats-Unis.