C’est une manière de désarmer les avocats des droits humains en Chine. Depuis le début de cette année, au moins deux avocats, Ren Quanniu et Lu Siwei, se sont vu retirer leur licence. Cette pratique est devenue courante pour faire taire les défenseurs des droits, affirment les concernés, qui voient dans ce retrait du permis d’exercer leur métier la suite du mouvement la répression de la profession, initiée il y a un peu plus de cinq ans.
Têtes dures du barreau
La justice du Henan a convoqué Me Ren au sujet d’une affaire remontant à 2018, dans laquelle l’avocat avait défendu un membre de la secte Falungong. Un engagement qui, selon l’avis du tribunal, a « détérioré l’image de la profession » et « causé un impact négatif sur la société ». La décision judiciaire n’évoque pas, en revanche, des affaires plus récentes qui ont courroucé les autorités, notamment la défense de douze militants Hongkongais pro-démocratie condamnés à des peines de sept mois à trois ans de prison à la fin de l’année dernière pour « franchissement illégal de frontière ». Ren Quanniu n’est pas la seule tête dure du barreau à être ainsi dans le collimateur du ministère de la Sécurité publique. « La raison officielle pour laquelle ma licence m’a été retirée, ce sont mes commentaires sur Twitter qui, soit-disant, mettent en danger la sécurité nationale », explique Lu Siwei. Le bureau de Chengdu, du département de la justice du Sichuan, à l’ouest de la Chine, a considéré que cet avocat, qui a également défendu l’un des activistes de Hong Kong, avait violé les règlements sur la conduite de la profession. « Je leur ai demandé de quelle manière j’avais déshonoré le métier, mais ils ne m’ont pas répondu », se fâche Lu Siwei, contacté sur appli sécurisée. « La vraie raison de cette sanction, ce sont mes engagements. J’ai défendu des cas délicats ces derniers temps. On m’a demandé plusieurs fois de renoncer à ces affaires. Je ne l’ai pas fait. Ils étaient furieux, ils m’ont confisqué ma licence. En gros : soit vous abandonnez la défense des causes sensibles et vous suivez les consignes, soit vous perdez votre permis d’exercer », poursuit-il.« Pire que »709″ »
Avocat, un métier à risque en Chine ? Tout dépend des causes que vous défendez. Le pouvoir chinois contraint la profession à prêter serment de loyauté au Parti communiste. Les contrôles ont été renforcés dans les prétoires. Ceux qui refusent d’obtempérer dans le choix des « bonnes » et des « mauvaises » causes à défendre sont devenus des bêtes noires du régime. Cette série de révocations de permis de travailler rappelle la répression du mouvement dit « 709 », ur », ils ont utilisé les tribunaux », affirme Ren Quanniu. Il précise : « Les avocats ont été jetés en prison, mais cela a entraîné de vives critiques à l’étranger. Voilà pourquoi ils ont pour évoquer l’arrestation massive des avocats des droits de l’Homme en Chine, le 7 juillet 2015. « Afin d’étouffer le mouvement »709 » et d’empêcher une »révolution de couleopté pour cette mesure administrative, en apparence plus tiède, du retrait des licences. » « Ce qui se passe aujourd’hui est différent de »709 », reprend Lu Siwei. Je dirais que c’est pire, car aujourd’hui, perdre sa licence pour un avocat est malheureusement devenu quelque chose de commun. Les gens comme nous ne savent jamais combien de temps ils vont pourvoir continuer le métier. On dit qu’ils vont se débarrasser de tous les avocats des droits de la personne dans les deux ans. C’est une répression plus discrète. En révoquant nos licences, ils suppriment nos moyens de subsistance. »Difficile reconversion
Un dicton local dit : «Tuer la poule pour effrayer le singe» : à en croire ces avocats sans permis, l’objectif serait aussi de faire peur aux jeunes qui font leur entrée dans les tribunaux. Pas facile de se retrouver sans boulot quand on a des enfants à charge. « Je suis, je crois, le cadet des avocats qui se sont fait retirer leur licence, indique Ren Quanniu, 40 ans. Certains sont à la retraite, mais pour moi, la pression est forte car je dois continuer à travailler pour soutenir ma famille. »Que faire ?, demandait Lénine dans un traité politique au début du XXe siècle. C’est la question que ces défenseurs des libertés se posent dès qu’ils acceptent un dossier jugé sensible, et dont généralement personne ne veut s’occuper. Certains déchus de leur droit d’exercer tentent d’intégrer les services juridiques des entreprises qui veulent bien les employer. D’autres tentent de se reconvertir dans la calligraphie, les instruments anciens… « Je ne sais pas ce que je vais faire, nous a confié Lu Siwei, encore sonné. Je verrai après le Nouvel An lunaire. »

