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29/08/18 | 18 h 45 min par Emily Feng @emilyzfeng

La Chine étend sa répression sur les Ouïghours au-delà de ses frontières

https://resistanceinventerre.wordpress.com/2018/07/31/chine-le-xinjiang-une-prison-geante-pour-ouighours/

Pékin exerce sa pression sur les pays voisins pour contrôler les émigrés dissidents

Après des années de persécution par la police chinoise, le chef d’entreprise ouïghour Mehmet s’est enfuit de chez lui, le nord du Xinjiang, pour rejoindre le Kyrgyzistan voisin et se retrouver harceler par la police kyrgyze et menacé d’expatriation.

L’année dernière, lors de sa sixième arrestation, un officier de police kyrgyze a emmené Mehmet dans bâtiment officiel du Ministère de l’Intérieur et lui montra 70 Ouïghours détenus là-bas.

« C’était une tactique d’intimidation », déclara Mehmet, qui ne voulait pas que son vrai nom soit cité.

« L »officier de police m’a dit que j’étais l’une des personnes sur une liste fournie par une délégation chinoise en visite. Il lui donna le nombre exact de personnes qui devaient être arrêtées et rapatriées : 123. » Mehmet fut relâché après avoir payé un bakchich de 5 000 dollars US.

Pour tenter de contrôler la diaspora ouïghoure, Pékin étend son appareil sécuritaire du Xinjiang vers les nations d’Asie Centrale qui, en retour, doivent tourner leurs priorités économiques et politiques vers la Chine. Sept pays engagés dans le projet pékinois de la nouvelle route de la soie  – plan de 900 milliards de dollars US pour la construction d’infrastructures de génie-civil dans 78 pays – sont limitrophes du Xinjiang.

Depuis l’annexion, en 1950, du Xinjiang, Pékin a eu des relations troubles avec les Ouïghours, une ethnie turque musulmane qui avait tenté au siècle dernier plusieurs paris d’indépendance rapidement avortés. L’ attention de Pékin s’est tournée vers la diaspora ouïghoure, estimée entre 1 et 1,6 millions. « [la Chine] voit la croissance de la population ouïghoure comme un danger en soi… et la diaspora a toujours été bien plus forte en Asie Centrale, » déclara Abigail Grace, une chercheure associée au Centre pour la Nouvelle Sécurité Américaine, un think-tank basé à Washington.

D’après Mme Grace, un groupe multilatéral basé à Pékin, regroupant la Russie, l’Inde, le Pakistan et les Républiques d’Asie centrale, constituant l’Organisation de Coopération de Shanghaï, développe d’ importants  efforts ciblant le contrôle de la population ouïghoure. Depuis sa création en 2001, l’OCS a mis en place des mesures de contre-terrorisme respectant « spécifiquement  l’interprétation chinoise ». « Ce qui sous-tend l’organisation était l’enrôlement des pays d’Asie centrale au contrôle des activités ouïghoures, tel que se le fixait la Chine à la recherche de toutes opportunités. » La première Convention du OCS en 2001 s’inspirait grandement de la doctrine sécuritaire des « trois démons » du Xinjiang appliquée par la Chine :  l’extrémisme, le terrorisme et le séparatisme.

En plus de cette Convention anti-terroriste, en 2009 l’OSC a permis le transfert des suspects entre les différents Etats-membres et l’envoi des propres agents de police d’un Etat-membre pour enquêter sur le territoire d’un autre Etat-membre.

« Beaucoup pensent que la police chinoise a arrêté des Ouïghours au Kyrgyzistan et au Tadjikistan car beaucoup ont soudainement disparu et personne n’a d’information à leurs sujets, » déclare  Abdurahman Hasan,  entrepreneur ayant quitté la Chine pour l’Arabie Saoudite en 2013. Après avoir reçu une photographie de son ami, un entrepreneur ouïghour, disparu dans le Bazaar de la Madina à Bishkek pour réapparaître dans un Centre d’incarcération, M. Hassan est désormais effrayé à la simple idée de sortie seul en Turquie, son nouveau pays d’accueil.

« Parce qu’il est très riche et aide les pauvres, c’était un homme d’influence au Kyrgyzistan et [la Chine] avait peur qu’il organise ou aide les activistes des droits humains des pays d’Asie centrale,  » rapporte M. Hassan en parlant de son ami.

Le Bazaar de la Madina, le plus grand de la capitale Kyrgyze, avait accueilli des milliers de commerçants ouïghours qui importaient des produits chinois à bas coût.  » Sur les trois dernières années, beaucoup de commerces ont fermé. Chaque fois que je suis venu sur le Bazaar, les conversations tournaient autour des nombreuses arrestations et des rapatriements,  » dit Mehmet. Le Ministère des Affaires Etrangères de Bishkek n’a pas répondu à la demande de commentaire du Financial Times.

Dans le même temps, ceux fuyant la Chine trouvent qu’il y a de moins en moins de destinations hors de portée de la Chine. « Depuis le début de l’intensification de la répression, les relations sino-turques sont de plus en plus chaleureuses, » rapporta Tursun, il a fui pour la Turquie en 2016 refusant de donner son vrai nom. Des agents de la sécurité chinoise ont réussi à trouver le numéro de téléphone de Tursun et l’ont appelé deux fois pour le persuader de revenir en Chine.

« Dans des menaces voilées, [l’officier] annonça qu’ils pouvaient le surveiller 24h/24, qu’il ne pouvait donc pas penser  s’en sortir avec des activités illégales en Turquie, » dit-il. Bouleversé par la disparition, à Bishkek, d’un ami d’enfance en mai dernier et par des appels téléphoniques, il disait vouloir quitter la Turquie. De tels actes d’espionnage ne se limitent pas aux Ouïghours (cf le lien de l’article en bas de page, NdT). En avril, la Suède a arrêté un sino-tibétain qui espionnait la diaspora tibétaine dans le pays.

Mais les Ouïghours  affirment  que l’espionnage est banal dans leurs cercles étant donné le mélange de contraintes et de menaces exercé par les agents de police chinois sur les membres des familles restés en Chine. « Ces efforts pour vous persuader à espionner sont monnaie courante, » déclare Alip, un lettré ouïghour, ancien étudiant de Malaisie qui ne veut pas donner son nom.

En 2011, il avait reçu « une importante somme » d’argent après avoir été détenu pendant des semaines pour des interrogatoires. En échange on lui avait demandé d’espionner ses camarades étudiants. Il refusa.  » Les agents de la sécurité nationale se monte habituellement très polis, avec des cadeaux. Mais, parfois, de subtiles menaces sont distillées. »

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