Le premier site d'actualit? sur le Tibet

www.tibet.fr

15/07/21 | 8 h 25 min

CHINE : « Les «loups» pris au piège de la diplomatie combattante »…

Ils ont enflammé leurs compatriotes avec des invectives contre l’Occident. Voilà désormais « les loups combattants » de la diplomatie chinoise confrontés à une surenchère de la part de la frange la plus nationaliste de l’opinion.

Forts du statut retrouvé de grande puissance de leur pays, certains responsables de la diplomatie chinoise n’ont pas hésité ces derniers mois à manier l’insulte ou à agiter des thèses complotistes pour défendre le régime communiste.

Dans leur viseur: le grand rival américain, des voisins comme l’Inde ou le Japon, des pays comme l’Australie ou le Canada avec qui Pékin a maille à partir, l’Occident en général, notamment ses médias jugés systématiquement anti-chinois.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères avait ainsi affirmé l’an dernier sur Twitter que le coronavirus aurait pu être introduit en Chine par l’armée américaine lors d’une compétition sportive.

Ces diplomates d’un nouveau genre ont été surnommés « loups combattants », en référence au titre d’un film d’action chinois.

L’étiquette est même revendiquée par l’ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye*, qui a déclaré au quotidien L’Opinion être « très honoré d’être qualifié de loup combattant parce qu’il y a tant de hyènes folles qui attaquent la Chine ».

Confiance, admiration, respect

Le vent aurait-il tourné? Le président Xi Jinping en personne a appelé au début du mois à donner de la Chine une image qui suscite « la confiance, l’admiration et le respect ».

Les dirigeants comme les médias doivent s’efforcer de « bien raconter la Chine », a plaidé l’homme fort de Pékin.

Face à une nette dégradation de son image à l’étranger, y compris auprès d’alliés potentiels, le régime communiste a compris qu’il devait rectifier le tir, estiment des experts.

« Les dirigeants chinois se sont piégés eux-mêmes: d’un côté ils ont promis au monde une Chine douce et bienveillante et de l’autre ils ont vendu à leur opinion publique une Chine forte et sûre d’elle-même », observe Florian Schneider, directeur du Centre Asie de Leyde, aux Pays-Bas.

En attendant, sur les réseaux sociaux, des ultra-nationalistes font dans la surenchère. Certains s’en sont pris début juin à un groupe d’universitaires qualifiés de « traîtres » pour avoir participé à un programme d’échanges avec le Japon.

Le pouvoir a dû intervenir en expliquant que le programme en question visait à « renforcer la confiance et à approfondir l’amitié » entre les deux voisins.

Au même moment, un groupe de sénateurs américains atterrissait à Taïwan avec des vaccins destinés à l’île revendiquée par Pékin. De manière inhabituelle, le pouvoir communiste a réagi de manière plutôt retenue à cet échange officiel avec les États-Unis, suscitant la colère des trolls de Weibo, le principal réseau social chinois.

« Pourquoi on les a pas abattus? Ils ont violé notre espace aérien », s’insurgeait un utilisateur. « Faibles et incompétents », dénonçait un autre.

Fusée et crémations

Début mai, lorsque le rival indien se débattait en pleine crise épidémique, un site lié au Parti communiste chinois (PCC) n’a pas hésité à souligner en photo le contraste entre les crémations de cadavres en Inde et le tir réussi d’une fusée chinoise.

Même Hu Xijin, le très nationaliste rédacteur en chef du quotidien Global Times, a jugé la comparaison de mauvais goût, estimant que les sites liés au pouvoir devraient faire preuve « d’humanité ».

« Parfois, ce comportement de loup combattant peut dégénérer », observe le politologue Jonathan Hassid, de l’Université d’État de l’Iowa, aux États-Unis.

Mais « si la Chine tente d’adoucir son image, les nationalistes seront furieux. Si elle va dans leur sens, alors c’est la communauté internationale qui réagit mal ».

A Paris, l’ambassadeur Lu Shaye, lui, a choisi son camp: « nous évaluons notre travail non pas en fonction de ce que les étrangers pensent de nous, mais plutôt en fonction de ce que pense le peuple de notre pays », a-t-il déclaré à la revue Guancha.

Entre répression à Hong Kong et tension avec Taïwan, le nouveau cours de la diplomatie chinoise n’a pour l’heure guère eu d’effet sur le terrain.

L’exécutif chinois poursuit des objectifs contradictoires, analyse Adam Ni, du Centre de politique chinoise à Canberra.

« Pékin veut une meilleure image à l’international », explique-t-il. « Mais les nécessités de la politique intérieure et le besoin d’affirmer ses intérêts font qu’il continuera à agir dans la direction opposée ».

 * https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/qui-est-lu-shaye-ambassadeur-de-chine-en-france-loup-combattant-de-la-diplomatie-chinoise_4266323.html