Pékin —Ours, tigres, pangolins et toute une série d’animaux en voie de disparition font face à un avenir plus sombre que jamais. Dans le cadre légal de la protection de la vie sauvage, un amendement encore en écriture fait fulminer les conservateurs naturalistes car il confirme que l’élevage en captivité des espèces en voie de disparition est légal que ce soit pour le commerce ou les performances, même l’abbatage pour la médecine chinoise, les produits de soins et l’alimentation.
Pour la première fois, la loi donne un pouvoir municipal et fédéral dans la gestion de ces commerces pro-extinction. Le projet de loi a été présenté le 1er janvier et soumis à la consultation publique jusqu’à la fin du mois.
En Chine, il existe déjà quelques 200 fermes de tigres comprenant environ 5 000 félins détenus dans des conditions vétustes pafin d’ être montrés au public ou destinés à nourrir une vigoureuse industrie du vin d’os de tigre et de fourrures.
Plus de 10 000 ours sont aussi dans des « fermes », la plupart à l’étroit dans des cages, où leur bile est régulèrement – et douloureusement – extraite pour un usage de médecine traditionnelle et de produits ménagers. Ainsi le pangolin voit aussi sa survie menacée en tant qu’espèce, du fait de la médecine traditionnelle chinoise.
Les protecteurs de ces animaux avait espéré une révision de la loi allant dans le sens d’un arrêt de ces pratiques et d’une protection accrue de la vie sauvage. Au lieu de cela, l’exploitation commerciale s’ en trouve confortée et les demandes des écologistes sont ignorées. Ces derniers voient donc ce nouvel amendement comme un pas en arrière.
« La Chine a besoin d’une loi protectrice de la vie sauvage », dit Iris Ho, membre de la Société Internationale Humaine de Washington. « Légétimiser un élevage à but commercial sans amélioration de la protection [des espèces menacées] revient à autoriser officiellement le droit de faire souffrir les animaux. »
Grace Gabriel, la responsable régionale Asie du Fonds International de Protection des Animaux, remarque que les fermes de ce type étaient déjà en grande activité, et constituent une couverture pour le braconnage et l’extinction d’espèces entières. Elle ajoute qu’une révision de la loi chinoise ne ferait qu’exacerber cette situation.
Lors d’une conférence avec les médias à Pékin, les écologistes chinois ont exprimé leur frustration et leur incompréhension.
Mang Ping, une professeure en éthique de l’écologie à l’Institut Central des Etudes Socialistes de Pékin, se présentait comme l’une des rares écologistes invités à apporter son savoir, pour l’écriture de la loi, lors d’un séminaire organisé par l’Administration d’État de la Forêt.
« Environ 40 invités étaient présents, mais seulement 4 étaient issus des institutions de protection des animaux, tous les autres représentaient l’industrie d’exploitation des animaux sauvages. Ils étaient présents en force et en bruit, au point d’étouffer notre voix. »
Bien que la loi en projet annonce de fortes sanctions pour l’achat et la vente d’espèces menacées, ces sanctions seront difficilement applicables puisque que la possession de ces animaux n’est pas un crime.
De plus, ce projet permet au Pouvoir fédéral et aux Municipalités de distribuer des permis d’élevage et d’exposition en captivité. Cette partie réduit l’importance du pouvoir central quant à la surveillance des entreprises d’élevage en rendant plus puissant le pouvoir local et les intérêts financiers, et ceci à l’insu d’une vision nationale de protection de la nature.
Dans le même temps, les écologistes constatent que le système national d’agrément des autorisations de commerce de l’ivoire, des peaux de tigres, et autres est opaque, peu soutenu et largemenent corrompu.
« L’amendement n’est pas seulement dans l’échec de remplir le vide des lois existantes, au contraire il en crée d’autres», déclare An Xiang, avocat pékinois. Et il ajoute : « cela reflète le fait que l’écriture des lois a été kidnappée par les riches et puissants groupes financiers qui profitent des animaux sauvages.
Debbie Banks, une expert des tigres à l’Agence d’ Enquête Environnementale de Londres, pense que l’amendement, si adopté, « soutiendra encore plus fermement les politiques à l’égard des élevages en captivité pour la vente de parties ou de produits dérivés des tigres captifs. »
Les écologistes affirment que l’industrie des fermes de tigres stimulent la demande en vin d’os de tigre (utilisé contre les rhumatisme et l’impotence) et des fourrures de tigre, symbole de richesse. En conséquence, cela encourage à plus de braconnage à l’encontre des tigres sauvages des pays voisins.
«Cette loi augmente les chances que l’offre et la demande des produits issus du tigre deviennent incontrôlées,» déclare Mme Banks.
Dave Neal, directeur du secteur « bien-être animal » d’Animals Asia, déclarait que le législateur a raté l’occasion de mettre un frein aux fermes d’ obtention de bile d’ours. En ne parvenant pas à inclure une motion qui aurait demandé un respect des besoins comportementaux et physiques, quelque chose d’effectivement impossible lors de l’extraction de la bile.
Le projet d’amendement autorise également l’utilisation des espèces menacées dans « la médecine traditionnelle chinoise, les suppléments alimentaires et la nourriture, » tant que cela reste en règle avec les lois, l’ordre public et la « bonne morale ».
D’ores et déjà, la demande chinoise en espèces sauvages a poussé de nombreux animaux à la limite de l’extinction. Le pangolin se trouve parmi ceux-ci, un mangeur de fourmi dont la chair est réputée comme délicieuse et dont les écailles sont utilisées dans les médecines traditionnelles chinoises et vietnamiennes.
En raison d’ un nombre très faible de pangolins en Chine, il y a eu une forte augmentation du braconnage et du trafic en Asie du Sud-Ouest mais aussi en Afrique : le pangolin pourrait bien être le mammifère le plus braconné dans le monde. Son sang, ses écailles et d’autres parties de son corps
sont utilisés pour la montée de lait, la stimulation de la virilité et le traitement des maladies allant de l’arthrite au cancer.
« La révision de la loi permettant l’usage d’espèces sauvages pour les « alicaments » pourrait ouvrir les vannes et tracer un destin funeste pour le pangolin, déjà dans une situation difficile, » déclarait Ho, membre de la Société Humaine Internationale.
Toutefois, les écologistes saluent certaines clauses de la nouvelle loi.
L’association WildAid, qui aida au changement d’attitude des consommateurs chinois envers l’usage des ailerons de requins et des cornes de rhinocéros, note une mise en avant nouvelle au sujet de l’information donnée au public quant à la protection de l’environnement. Certaines [associations] saluent le fait que la nouvelle loi fait mention de la protection des habitats, tandis que d’autres trouvent le texte trop vague.
« Beaucoup d’espèces en voie d’extinction sont au sommet de la chaîne alimentaire,» annonçait Xie Yan, fondatrice du Système de Protection des Zones Accueillantes. « Ils ne peuvent pas survivre si leur nourriture n’est pas protégée. L’amendement aurait dû chercher à protéger l’écosystème dans son ensemble, et non quelques espèces en particulier. »
Xu Jing a contribué à ce rapport
Traduction France Tibet
Image : Tigres captifs dans le Parc Sibérien des Tigres Heilongjiang à Harbin, province de Heilongjiang , en 2014. (Qilai Shen/pour The Washington Post)
4 tigres morts, les survivants saisis
Selon les résultats de l’enquête policière, rapportés jeudi 19 mars 2015 par la télévision centrale CCTV, l’infortuné félin, âgé de sept mois, était retenu au sommet de la tour de bureaux voisine, où il était élevé par Yang Wenzheng, membre de l’assemblée politique municipale (contrôlée par le Parti communiste). M. Yang et l’un de ses collègues politiques avaient obtenu deux jeunes tigres auprès d’un autre cadre de l’assemblée municipale, qui lui même n’avait pas moins de huit félins en sa possession. Celui-ci commençait à juger les coûts en nourriture – 1.600 yuans (250 euros) au total par jour – un peu trop onéreux à son goût. Selon CCTV, au moins trois petits tigres sont nés de cet élevage clandestin, mais aucun n’a survécu. Les animaux survivants ont été confiés à un zoo des environs.
SANCTIONS. Face au scandale, les trois cadres politiques impliqués ont dû démissionner de l’assemblée locale et se sont vus infliger une amende de 3.000 yuans (460 euros), mais aucune poursuite judiciaire ne sera engagée à leur encontre. Des sanctions plutôt modérées étant donné ce que peut rapporter le trafic très lucratif des félins. Un tigre peut en effet se vendre jusqu’à un million de yuans (près de 150.000 euros) au marché noir, selon le China Daily.
Une situation alarmante
En Chine, le nombre de tigres élevés illégalement en captivité a bondi ces dernières années. Leurs os font partie de la pharmacopée chinoise traditionnelle, qui leur attribue des vertus revigorantes, et les peaux de tigre, symbole de prestige, restent des articles de luxe prisés. De plus, certaines personnes des Émirats arabes unis sont prêtes à dépenser des sommes faramineuses pour acheter un félin (tigre, guépard…) en bas âge afin d’en faire un animal de compagnie.
À l’inverse, la population de tigres en milieu naturel dans le monde ne cesse de diminuer : elle s’est effondrée à seulement 3.000 individus, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature. Les tigres de Sibériefigurent parmi les espèces les plus menacées. En Chine, ils ne sont plus que quelques dizaines à survivre dans les forêts de Mandchourie. Leur déclin accéléré s’explique par le développement de l’habitat humain, la déforestation et le braconnage, qui touche autant les félins que leurs proies.
Simon Denyer est le chef du bureau de The Post en Chine. Auparavant il était le chef du bureau bureau en Inde ainsi que chef du bureau de Reuters à Washington, en Inde et au Pakistan.