Article de l’Obs : Dans un article publié le 18 novembre sur le site de « l’Obs », notre correspondante à Pékin, Ursula Gauthier, analysait la réaction de la Chine après les attentats de Paris : une solidarité généreusement offerte à la France mais assortie d’ »arrière-pensées » liées à la question brûlante de la minorité ouïgoure au Xinjiang. La Chine, elle aussi, affirme avoir ses « terroristes ».
Le 20 novembre, soit moins de deux jours plus tard, un quotidien officiel, le « Global Times », publie un éditorial au vitriol contre notre journaliste. Affilié au « Quotidien du Peuple », organe du Parti communiste chinois, ce journal est connu pour ses prises de positions nationalistes et son style percutant. Niant la répression en cours au Xinjiang, le « Global Times » accuse notre correspondante de « parti-pris idéologique », de « préjugé antichinois » et d’indifférence vis-à-vis des victimes d’attentats perpétrés au Xinjiang. Il lui attribue aussi des propos offensants qui ne figurent pas dans son article.
8.000 commentaires haineux
Plus grave encore, le « Global Times » livre à ses lecteurs le nom de notre correspondante, pratique rarissime en Chine. Sur le site du « Global Times », l’édito attire plus de 8.000 commentaires haineux contre notre consœur désignée à la vindicte publique. Sur des forums militaires, des internautes vont même jusqu’à dévoiler, dans leurs fils de discussion, des photos d’elle glanées sur le web et même son adresse. Ils découvrent sa page Facebook qu’ils remplissent d’insultes et de menaces de mort. Le lendemain 21 novembre, dans un second éditorial, le « Global Times » s’en prend de nouveau à Ursula Gauthier, l’accusant de « prendre la défense des terroristes, de rendre hommage à leurs morts, de chanter leurs louanges » et même d’œuvrer pour « le séparatisme en Chine ». Le tabloïd en profite pour enjoindre les autorités françaises à sévir contre « l’Obs » et sa journaliste, faute de quoi les relations bilatérales pourraient en souffrir. Deux jours plus tard, le 23 novembre, c’est au tour du « China Daily », organe officiel en langue anglaise, de revenir à la charge, reprenant les mêmes accusations dans les mêmes termes. Trois éditoriaux en quatre jours, et une avalanche de commentaires haineux que le « Global Times » publiera au bas de ses pages web.

