Des mercenaires au Xinjiang
Dans un reportage publié le 5 avril, le journaliste de Reuters Philip Wen raconte comment les commerçants de Kashgar, la deuxième ville de la province, doivent se plier à des exercices d’alerte aux attentats trois fois par jour, et installer, à leurs frais, des portes à codes et des caméras qui filment l’intérieur des magasins. Les contrôles d’identité se sont multipliés, ainsi que celui des téléphones. Les applications interdites, comme la messagerie WhatsApp, sont recherchées, et la vitesse de l’Internet mobile a été rétrogradée de la 4G à la 3G. Une vaste campagne de délation a été lancée, et le GPS est imposé dans toutes les voitures sur une partie du territoire. A Hotan, une ville où l’équivalent de 275 euros de récompense sont offerts pour toute dénonciation de personnes «dont la tête est couverte» ou de «jeunes arborant de longues barbes», l’équipe de de Reuters a assisté à l’inspection des papiers et de l’habillement d’une foule de mille personnes, serrées sur un terrain de basket, et vu des policiers enlever de force le foulard d’une femme d’âge moyen. Selon les médias d’Etat, les dépenses de sécurité pèsent pour 20% du budget de la province. Un contrat a même été signé ces dernières semaines avec le sulfureux Américain Erik Prince, ancien fondateur de la société de sécurité privée Blackwater, dont des mercenaires avaient commis des exactions en Irak, pour ouvrir au Xinjiang une «base d’entraînement avancée», chargée d’entraîner des agents de sécurité. Mosquées détruites
Les 10 millions de Ouïghours (qui ne représentent plus que la moitié des habitants de la province) dénoncent un espionnage à grande échelle et l’accélération de l’assimilation forcée. Selon le Congrès mondial ouïghour, organisation pacifique installée en Allemagne, «les « personnes suspectes » comprennent toute personne qui affiche ouvertement son appartenance à la communauté ouïghoure. La pratique religieuse est considérée comme une « menace pour la sécurité », et depuis juin 2016, près de 50% des mosquées ont été détruites.»
Certes, la menace terroriste est réelle. Ces dernières années, plusieurs attentats ont été commis sur le territoire chinois ou contre les intérêts chinois à l’étranger, et attribués aux militants ouïghours. Plusieurs dizaines de militants ont aussi rejoint les rangs d’Al-Qaeda et de l’Etat islamique, ce dernier menaçant directement la Chine dans une vidéo le 2 mars. Mais la faction islamiste, même encouragée par la répression, ne représente toujours qu’une part minoritaire des autonomistes ouïghours, un mouvement porté par des militants non-violents forcés à l’exil.
Image :

