Le sacrifice de Lobga Rangzen et la violence de la politique colonialiste du Parti communiste chinois
(English version below)
Ce communiqué n’a pas pour objet de commenter un geste tragique. Il vise à empêcher toute inversion des responsabilités.
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris aujourd’hui le décès de Lobga Rangzen, militant tibétain de longue date, décédé après son immolation devant le siège des Nations Unies.
J’adresse mes pensées à sa famille, à ses proches et à l’ensemble du peuple tibétain.
Quelques heures avant sa mort, Lobga Rangzen lançait un dernier appel aux Tibétains de l’exil. Il les invitait à dépasser leurs divisions, à s’unir et à renforcer leur engagement pour la liberté du Tibet. Il appelait chacun, quelle que soit sa place au sein de la communauté tibétaine, à se réengager pleinement dans le mouvement tibétain. Il dénonçait également la prétendue « loi chinoise sur l’unité ethnique », nouvelle étape de la politique d’assimilation imposée par Pékin.
Lobga Rangzen fut toute sa vie un activiste et un combattant non violent pour la liberté du Tibet et du peuple tibétain.
Le fait qu’il ait choisi de s’immoler devant le siège des Nations Unies n’est évidemment pas anodin. Ce lieu est censé incarner la défense des droits humains, de la dignité des peuples et du droit international. En choisissant ce lieu, il adressait un ultime appel à la conscience de la communauté internationale.
Je refuse que l’on inverse les responsabilités et que l’on fasse porter aux Tibétains la violence qu’ils subissent depuis plus de 70 ans.
Lobga Rangzen n’a ôté la vie à personne d’autre que lui-même. Il fut l’unique victime de son geste.
La véritable violence est du côté de la politique colonialiste menée par le Parti communiste chinois contre le Tibet et le peuple tibétain.
Cette violence s’exprime depuis plus de 70 ans par l’occupation du Tibet, la répression, les arrestations arbitraires, la surveillance permanente, les restrictions de la liberté religieuse, les internats coloniaux chinois, véritables camps de sinisation, où près d’un million d’enfants tibétains mineurs sont arrachés à leurs familles, souvent par la contrainte, puis déplacés loin de leurs foyers afin de les couper de leur langue, de leur culture, de leur religion et de leur identité tibétaines, la destruction du patrimoine, la sinisation et l’effacement progressif de la langue, de la culture, de la religion et de l’identité du peuple tibétain.
Elle s’exprime également par la destruction de l’environnement du Tibet, l’un des plus précieux écosystèmes de la planète : exploitation intensive des ressources naturelles, extraction du lithium et d’autres minerais stratégiques, dégradation des sols, pollution de l’air, des rivières, des lacs et des nappes phréatiques, barrages géants, artificialisation des paysages, déforestation et surexploitation des ressources en eau du plateau tibétain, souvent qualifié de « château d’eau de l’Asie ».
La politique colonialiste du Parti communiste chinois ne menace donc pas seulement un peuple, son identité et sa civilisation. Elle met également en péril un écosystème vital dont dépendent plus de deux milliards de personnes en Asie, à commencer par les populations de la Chine et de l’Inde, mais aussi celles de nombreux autres pays alimentés par les grands fleuves qui prennent leur source sur le plateau tibétain.
Aujourd’hui, cette politique franchit une nouvelle étape avec la prétendue « loi chinoise sur l’unité ethnique ». Derrière cette appellation se cache une politique colonialiste destinée à dissoudre les peuples non chinois dans une prétendue identité nationale unique définie par le Parti communiste chinois.
Quoi qu’en fabule le Parti communiste chinois, le Tibet n’a jamais fait partie de la Chine. C’est une réalité historique.
Le peuple tibétain n’a jamais été, et ne veut pas devenir, une « minorité ethnique chinoise ». Il est un peuple à part entière, avec son histoire, sa langue, sa culture, sa civilisation, sa spiritualité et son identité.
C’est pourquoi le peuple tibétain rejette catégoriquement la prétendue « loi chinoise sur l’unité ethnique ». Cette loi ne vise pas l’unité. Elle vise l’effacement progressif de l’identité tibétaine et la légitimation d’une politique colonialiste.
Le Tibet et le peuple tibétain ont le droit d’exister. Ce droit est inaliénable. Il ne dépend ni d’une loi votée à Pékin, ni d’un récit imposé par le Parti communiste chinois. Aucun régime ne peut réécrire l’histoire ni nier l’existence d’un peuple.
J’en appelle aux Nations Unies, aux gouvernements démocratiques et à toutes celles et ceux qui défendent les droits humains : ne nous trompons pas de violence.
La mémoire de Lobga Rangzen ne doit pas servir à présenter les Tibétains comme un peuple violent. Depuis des décennies, le peuple tibétain mène une résistance essentiellement non violente. Ce drame doit au contraire conduire la communauté internationale à regarder en face les causes profondes qui l’ont rendu possible : la politique colonialiste du Parti communiste chinois contre le Tibet et le peuple tibétain.
Le Tibet n’a jamais fait partie de la Chine.
Le peuple tibétain n’a jamais été, et ne sera jamais, une minorité chinoise.
Le Tibet et le peuple tibétain ont le droit d’exister.
Je partage le combat de Lobga Rangzen pour la liberté du Tibet et du peuple tibétain. Sans commenter son ultime geste, je respecte son sacrifice, son choix de révolte et sa volonté d’éveiller la conscience de la communauté internationale.
Que mes prières l’accompagnent.
À la jeunesse tibétaine engagée, je voudrais adresser ces quelques mots : vous nous êtes infiniment plus précieux vivants que morts. Le Tibet a besoin de votre intelligence, de votre courage, de votre engagement et de votre espérance.
Vive le Tibet !
Vive le peuple tibétain !
Ugen-Tenzing Noubpa
Citoyen suisse d’origine tibétaine, Français de cœur et d’histoire
Fait pupille de la Nation française par Charles de Gaulle Président de la République française
Vice-Président de France-Tibet
The Sacrifice of Lobga Rangzen and the Violence of the Chinese Communist Party’s Colonial Policy
This statement is not intended to comment on a tragic act. Its purpose is to prevent any reversal of responsibility.
It is with profound sadness that I learned today of the death of Lobga Rangzen, a long-time Tibetan activist, who passed away after setting himself on fire in front of the United Nations headquarters.
My thoughts are with his family, his loved ones, and the entire Tibetan people.
A few hours before his death, Lobga Rangzen made one final appeal to Tibetans in exile. He urged them to overcome their divisions, unite, and strengthen their commitment to the freedom of Tibet. He called on every Tibetan, regardless of their role within the community, to fully recommit themselves to the Tibetan cause. He also denounced China’s so-called “Ethnic Unity Law”, a new stage in Beijing’s policy of forced assimilation.
Throughout his life, Lobga Rangzen was an activist and a steadfast advocate of nonviolent struggle for the freedom of Tibet and the Tibetan people.
The fact that he chose to set himself on fire in front of the United Nations headquarters was far from insignificant. This place is meant to embody the defence of human rights, the dignity of peoples and international law. By choosing this location, he made one final appeal to the conscience of the international community.
I reject any attempt to reverse responsibility and to portray Tibetans as perpetrators of the violence they have endured for more than seventy years.
Lobga Rangzen took no life other than his own. He was the only victim of his final act.
The real violence lies in the colonial policy pursued by the Chinese Communist Party against Tibet and the Tibetan people.
For more than seventy years, this violence has taken the form of the occupation of Tibet, repression, arbitrary arrests, constant surveillance, restrictions on religious freedom, Chinese colonial boarding schools—true camps of Sinicization—where nearly one million Tibetan children have been torn from their families, often under coercion, and transferred far from their homes in order to sever them from their language, culture, religion and Tibetan identity; the destruction of cultural heritage; and the progressive erasure of the Tibetan language, culture, religion and identity.
It is also reflected in the destruction of Tibet’s environment, one of the world’s most precious ecosystems: intensive exploitation of natural resources, extraction of lithium and other strategic minerals, degradation of soils, pollution of the air, rivers, lakes and groundwater, the construction of massive dams, deforestation, large-scale transformation of the landscape and the overexploitation of the Tibetan Plateau’s water resources, often referred to as the “Water Tower of Asia”.
The Chinese Communist Party’s colonial policy therefore threatens not only a people, its identity and its civilisation. It also endangers a vital ecosystem on which more than two billion people across Asia depend, beginning with the populations of China and India, as well as many other countries whose great rivers originate on the Tibetan Plateau.
Today, this policy has entered a new phase with China’s so-called “Ethnic Unity Law”. Behind this title lies a colonial policy designed to dissolve non-Chinese peoples into a single national identity defined by the Chinese Communist Party.
Whatever the Chinese Communist Party claims, Tibet has never been part of China. That is a historical reality.
The Tibetan people have never been, and do not wish to become, a “Chinese ethnic minority”. They are a people in their own right, with their own history, language, culture, civilisation, spirituality and national identity.
This is why the Tibetan people categorically reject China’s so-called “Ethnic Unity Law”. It is not a law promoting unity. It is an instrument designed to legitimise the gradual erasure of Tibetan identity through a colonial policy.
Tibet and the Tibetan people have the right to exist. This right is inalienable. It does not depend on legislation passed in Beijing or on a historical narrative imposed by the Chinese Communist Party. No regime has the right to rewrite history or deny the existence of a people.
I call upon the United Nations, democratic governments and all those committed to human rights: let us not mistake where the real violence lies.
Lobga Rangzen’s memory must never be used to portray Tibetans as a violent people. For decades, the Tibetan people have pursued an overwhelmingly nonviolent struggle. This tragedy should instead compel the international community to confront its true causes: the Chinese Communist Party’s colonial policy against Tibet and the Tibetan people.
Tibet has never been part of China.
The Tibetan people have never been, and never will be, a Chinese minority.
Tibet and the Tibetan people have the right to exist.
I share Lobga Rangzen’s commitment to the freedom of Tibet and the Tibetan people. Without commenting on his final act, I respect his sacrifice, his act of defiance and his determination to awaken the conscience of the international community.
May my prayers accompany him.
To the committed Tibetan youth, I would like to say this: you are infinitely more precious to us alive than dead. Tibet needs your intelligence, your courage, your commitment and your hope.
Long live Tibet!
Long live the Tibetan People!
Ugen-Tenzing Noubpa
Swiss citizen of Tibetan origin,

