Des moines tibétains arrêtés et expulsés de Russie après une descente de police lors d’un festival bouddhiste à Moscou
DHARAMSHALA, 21 avril : Les autorités russes ont expulsé un groupe de moines bouddhistes tibétains du monastère tantrique de Gyudmed, situé dans la colonie tibétaine de Hunsur, dans l’État du Karnataka, à la suite d’une descente de police lors d’un festival bouddhiste à Moscou. Cette mesure a suscité l’indignation des organisateurs et ravivé les inquiétudes quant au renforcement des restrictions imposées aux activités religieuses en Russie.
Selon les informations disponibles, la police moscovite a mené une descente le 6 avril au « Festival bouddhiste de la bonne fortune », qui se tenait au centre culturel Rassvet, en plein cœur de la ville. Plusieurs moines, qui devaient y participer, ont été interpellés. La diffusion en direct sur VKontakte, prévue le matin même, a été brutalement interrompue environ une heure après son début. Le festival, initialement programmé du 4 au 15 avril, a été annulé suite à l’intervention des autorités.
L’événement était organisé par la Fondation Nalanda, qui a annoncé son annulation en l’absence de ses principaux participants : les moines du monastère tantrique de Gyudmed. « Nous estimons qu’il serait inapproprié de poursuivre le festival sans ses principaux participants », a déclaré la fondation dans un communiqué publié sur VKontakte.
Les moines, venus d’Inde pour diriger des prières collectives et créer des mandalas de sable traditionnels, ont été expulsés le 8 avril après avoir été accusés par les autorités russes de mener un « travail missionnaire non autorisé ». Les forces de l’ordre ont affirmé que les moines n’avaient pas obtenu l’autorisation spéciale requise pour organiser des événements religieux dans un lieu profane.
Les organisateurs du festival ont toutefois contesté ces allégations, affirmant que les moines étaient entrés en Russie munis de visas religieux valides et que tous les documents avaient été traités conformément aux procédures requises. Ils ont souligné que les activités des moines se limitaient à des pratiques rituelles et à des manifestations culturelles, sans aucun élément de prosélytisme.
L’incident a suscité une vive indignation au sein de la communauté bouddhiste russe et au-delà. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont dénoncé l’action excessive des autorités. Dina Kozhukhova a notamment écrit : « Offenser les bouddhistes, surtout sous un prétexte aussi futile, est une mesure de dernier recours. »
Ce développement a été particulièrement ressenti en Kalmoukie, région à majorité bouddhiste où les traditions bouddhistes tibétaines constituent un élément fondamental de l’identité culturelle et religieuse. Les observateurs ont noté que la déportation des moines a profondément marqué les communautés locales ayant des liens historiques avec les institutions religieuses tibétaines.
Certains rapports ont avancé d’autres explications à l’annulation du festival, notamment la décision des organisateurs de vendre un livre de Telo Tulku Rinpoche, l’ancien lama suprême de Kalmoukie. Rinpoche a été désigné comme « agent étranger » en 2023 après avoir critiqué l’invasion de l’Ukraine par la Russie, une mesure qui a entraîné sa démission et son départ du pays.
Selon les analystes, cet incident s’inscrit dans une politique de longue date des autorités russes visant à limiter les liens entre les communautés bouddhistes locales et les centres religieux étrangers, notamment ceux liés au Tibet et à la Mongolie. Malgré cela, des régions comme la Kalmoukie ont historiquement conservé une certaine autonomie en matière religieuse, faisant souvent appel à des moines tibétains de passage pour les enseignements et les rituels.
Cette déportation a également ravivé le souvenir des répressions religieuses passées. Durant l’ère soviétique, les institutions bouddhistes de régions comme la Kalmoukie ont été systématiquement démantelées : temples détruits et pratiques religieuses restreintes. La renaissance du bouddhisme après la chute de l’Union soviétique a largement reposé sur le soutien des institutions monastiques tibétaines en Inde.

