Jamyang Norbu a pris les histoires de Tibétains « oubliés » : combattants de la résistance, agents secrets, soldats, paysans, lamas, aristocrates, marchands, femmes, fonctionnaires, chefs, même mendiants de rue, et a habilement travaillé leurs innombrables récits dans une seule glorieuse « histoire de mémoire » de la lutte tibétaine. Il utilise des souvenirs de sa propre enfance pour faciliter le lecteur dans une compréhension immersive de la complexité de l’histoire moderne du Tibet: l’invasion chinoise, les soulèvements dans l’Amdo et le Kham, la formation de la résistance des Four Rivers Six Ranges (chuzhi-gangdrug), le soulèvement de Lhassa de mars 59, les opérations aériennes soutenues par la CIA, la révolution culturelle, le soulèvement paysan Nyemo de 68/69 et la force de guérilla Mustang dans le nord du Népal, où Norbu lui-même a servi plus tard.
Il écrit qu’il quitte la maison pour conduire des tracteurs dans les camps de réfugiés, éduquer les enfants réfugiés, écrire des pièces de théâtre à l’Institut tibétain des arts du spectacle (TIPA) et recueillir des renseignements pour le Bureau tibétain de recherche et d’analyse (TORA) et pour l’Agence française de renseignement extérieur (SDECE). Il utilise ces anecdotes non pas tant comme une autobiographie que comme un dispositif de cadrage pour raconter la vie, les actes et, trop souvent, les tragédies des nombreux Tibétains qu’il a rencontrés et avec lesquels il s’est lié d’amitié tout au long de sa vie – dont presque tous ont joué un rôle vital dans la formation de l’histoire récente de leur pays – mais dont les contributions sont encore méconnues et oubliées. L’engagement de toute une vie de Jamyang Norbu à recueillir et à orchestrer les « échos » de ces nombreuses voix oubliées du passé a abouti à un livre lyrique, érudit et compatissant qui pourrait bien être décrit comme l’épopée en prose de la lutte pour la liberté tibétaine.


