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05/10/18 | 14 h 21 min par France Tibet

L' actrice chinoise Fan Bingbing, disparition forcée et confession

Fan Bingbing aura été portée disparue pendant trois mois. Plus de nouvelles, injoignable, personne pour dire où elle se trouve. A son retour, la majeure partie des média semblent trouver cela normal puisque l’actrice chinoise est impliquée dans de fausses déclarations de revenusCela pourrait sembler d’autant plus normal que la Chine de Xi Jinping a promis de mettre fin à la corruption. Devrions-nous donc trouver normal qu’une femme de 37 ans soit portée disparue, que sa famille ne sache pas où elle se trouve ? Citons toutefois Le Point qui voit dans l’« autocritique » publique de l’actrice une « pure veine maoïste ». Les lecteurs des affaires judiciaires chinoises et de France Tibet savent pertinemment de quoi il s’agit : de disparition forcée :

Article 221-12 du code pénal

 LOI n°2013-711 du 5 août 2013 – art. 15

Constitue une disparition forcée l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté d’une personne, dans des conditions la soustrayant à la protection de la loi, par un ou plusieurs agents de l’Etat ou par une personne ou un groupe de personnes agissant avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement des autorités de l’Etat, lorsque ces agissements sont suivis de sa disparition et accompagnés soit du déni de la reconnaissance de la privation de liberté, soit de la dissimulation du sort qui lui a été réservé ou de l’endroit où elle se trouve.

La disparition forcée est punie de la réclusion criminelle à perpétuité.

Il faut lire The Guardian pour trouver mention du terme légal dans son article sur l’affaire : Plus que la régulière répression, c’est la nature de la disparition de Mlle Fan qui envoie un coup de semonce à la société chinoise. D’après les enquêtes, Fan était détenue dans un « village de vacances » à Wuxi, dans le cadre légal de la « résidence surveillée en une location désignée ». C’est surtout un euphémisme procédural pour la disparition forcée, commente Michael Caster, avocat des droits de l’Homme et auteur de The Peoples Republic of the Disappeared, un recueil de témoignages directs des victimes de telles détentions forcées. « Beaucoup d’entre eux étaient sujets à une forme ou une autre de torture, de la privation prolongée de sommeil à la douleur physique, les bastonnades, les postures de stress, l’abus psychologique et les menaces faites aux familles. » Dans beaucoup de cas, cela se finit par une confession forcée. Ainsi Fan Bingbing, lorsqu’elle réapparaît déclare :   « Sans les bonnes politiques du Parti et du pays, sans l’attention pleine d’amour des masses, il n’y aurait pas de Fan Bingbing » Jusqu’à aujourd’hui, les détentions forcées ciblaient des dissidents politiques et des défenseurs des droits de l’Homme, comme l’ancien collaborateur de Michael Caster, l’avocat Wang Quanzhang, disparu en 2015 et sans nouvelles depuis. Dans une autre affaire, Chen Yong, le chauffeur d’une membre du PCC de Fujian, a disparu en avril. Un mois plus tard, sa famille apprenait sa mort. Appliquer une telle force aveugle à l’industrie du divertissement serait nouveau, mais pas vraiment hors de contexte. « Le président Xi Jinping a fait très clairement comprendre qu’il veut éliminer les élites et le fétichisme de l’argent et certaines formes de pouvoir, » précise M. Caster. « Si vous avez des personnes qui regardent ce que font et disent les célébrités sur Internet à l’opposé du diktat du Parti, c’est largement plausible. Tout ce qui s’élève à un niveau social, économique ou politique est perçu comme une menace à la suprématie du Parti Communiste. » Nous ne saurons certainement jamais ce que Fan Bingbing a exactement subi, mais les implications sont claires : si les autorités peuvent s’en prendre à la plus grande star du pays, elles peuvent s’en prendre à tout le monde. Nous notons que les journaux faisant état de censure ou référence à l’époque maoïste ont des correspondants locaux. A l’opposé, les journaux reprenant les dépêches AFP rendent le sujet neutre, voire laissent entendre que la situation chinoise est « normale ». Pourtant s’il s’agit bien d’évasion fiscale ici, le gouvernement chinois entend surtout, comme le précise Michael Caster, supprimer toute opposition. D’autre part, tout en annonçant à l’Occident la fin du travail forcé et des prisons noires, le Parti Communiste Chinois joue dans le palimpseste pénal et les maintient sous de nouvelles dénominations, tout en les légalisant. Les Tibétains ont longtemps subi cette pseudo justice : encore récemment Tashi Wangchuk a écopé d’une peine de prison ferme de plusieurs  années alors qu’il  défendait ce que la loi chinoise prévoyait en terme d’accès à l’éducation en tibétain. Ajoutons que la Chine, avec un siège à la Cour Internationale de Justice et à Interpol, pénètre la Communauté internationale en imposant ses vues, ses pratiques, les essaimant toujours un plus près de chez nous, tentant de tisser de liens forts d’amitié avec le libéralisme. Ce qui ne veut pas dire que la Communauté internationale et les Etats européens ne pourraient pas taper un peu plus du poing sur la table. Ils pourraient aussi s’interdire de songer à se laisser tenter par un morceau du gâteau chinois délaissé par les Etats-Unis.  https://tibet.fr/dossiers_speciaux/les-disparus-14/]]>