Hauts lieux de pèlerinage bouddhistes, les sanctuaires tibétains de Lhassa ou du Mont Kaïlash sont sous l’étroite surveillance du gouvernement chinois.
- Nicolas Sihle Anthropologue, spécialiste du bouddhisme tibétain, chercheur au centre d’études sud-asiatiques et himalayennes
- Françoise Robin Professeur des universités, responsable de la section Tibet à l’Institut national des langues et civilisations orientales, présidente de la Société française d’études des mondes tibétains
- Eric Paul Meyer Historien, chercheur au CNRS, spécialiste du Sri Lanka
Parmi les nombreux lieux de pèlerinages tibétains, le majestueux Mont Kaïlash, avec ses 5 700 mètres d’altitude est l’un des plus fameux de la région. Le photographe Samuel Zuder, qui l’a beaucoup parcouru, le décrivait comme dominant tout “telle une pyramide parfaitement symétrique, élégante et comme jaillie de nulle part”.
Le sentier de pèlerinage, la kora, est emprunté par les pèlerins pour faire le tour de la montagne, dans un mouvement de circumambulation caractéristique des pèlerinages bouddhistes. Les plus fervents en font le tour plus de cent fois en se prosternant tous les trois pas afin de purifier leur karma. Chaque année, des pèlerins venus de loin et sans vraie préparation finissent même par y laisser la vie.
Bien que Pékin poursuive son entreprise de sinisation du Tibet, les pèlerinages bouddhistes restent autorisés. Cependant, le gouvernement central chinois continue de critiquer l’influence jugée excessive des monastères. Il en a fermé certains d’entre eux, non seulement au Tibet, mais aussi dans les régions à majorité Han où se trouvent des minorités tibétaines. Pékin cherche aussi à en faire des lieux de tourisme, comme pour gommer leur caractère religieux et culturel et les replacer sous une dimension folklorique.
Quelle importance ont les pèlerinages pour les Tibétains, que viennent-ils chercher dans les lieux sacrés ? Dans quelle mesure les pratiques religieuses sont-elles contrôlées et surveillées par les autorités chinoises ?
Julie Gacon reçoit Françoise Robin, professeur des universités, responsable de la section Tibet à l’Institut national des langues et civilisations orientales, présidente de la Société française d’études des mondes tibétains ainsi que Nicolas Sihle, anthropologue, spécialiste du bouddhisme tibétain, chercheur au centre d’études sud-asiatiques et himalayennes.
Selon Françoise Robin, depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, la Chine a changé sa politique vis-à-vis du bouddhisme : “Alors que la Chine célébrait sa mosaïque ethnique, il faut maintenant que tout le monde communie autour de la civilisation chinoise ce qui passe par un processus de sinisation du bouddhisme.”
Les tentatives du pouvoir chinois de gommer des pèlerinages toute dimension politique sont condamnées à l’échec tant celle-ci est imbriquée avec le religieux, estime Nicolas Sihle : “De fait, Lhassa était le cœur de la théocratie tibétaine. L’ancien palais des dalaï-lamas, qui fait l’objet d’un pèlerinage, était le siège suprême de l’autorité religieuse bien sûr, mais aussi politique, et les Tibétains en sont bien conscients.”
Deuxième partie : Au pèlerinage du pic d’Adam, au Sri Lanka, les bouddhistes nationalistes marquent leur territoire
Avec Eric Paul Meyer, historien, chercheur au CNRS, spécialiste du Sri Lanka.
Hindous, bouddhistes, musulmans, et même chrétiens se rendent traditionnellement et depuis des temps ancestraux en pèlerinage au Pic d’Adam au Sri Lanka. Mais depuis les années 1970 les nationalistes bouddhistes ont progressivement repris le contrôle du lieu.
“Initialement, le pic Adam était un lieu consacré à une divinité locale avant de devenir sacré pour les hindous puis pour toutes les grandes communautés religieuses de l’île. Ce n’est qu’à partir de 1954 que les bouddhistes s’approprient le lieu, à mesure que l’État met en avant ce culte” explique Eric Paul Meyer.
Références sonores & musicales
- Une pèlerine devant le monastère du Jockhang à Lhassa (Nelumbo – 02/01/15)
- Un moine raconte un mouvement de grève dans les monastères contre les autorités (Canal+ – 03/12/2006)
- Xi Jinping en visite au Tibet (Built by China- 23/07/21)
- Instrumental : « Sunshine Recorder » de Boards of Canada (2012)
- Une Chinoise dans un train qui n’apprécie pas les Tibétains (Canal+ 03/12/2006)
- Deux bouddhistes au Pic d’Adam (France TV New-Delhi – 05/09/19)
- Musique : « Tibetan Hiphop » de Mc Tenzin (2010)
Une émission préparée par Mélanie Chalandon.

