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30/12/21 | 8 h 35 min par Martin Chabal

HONG KONG : la fin de la liberté de la presse

Patrick Lam, le rédacteur en chef du site d’information hong-kongais Stand News, est arrêté par la police à Hong Kong, le 29 décembre 2021. AP – Vincent Yu

Stand News fermé à Hong Kong: «Un nouveau coup porté à la liberté de la presse»

Le site d’information hong-kongais était l’un d’un des derniers médias ouvertement pro-démocratie. L’arrestation de nombreux membres de la rédaction et du président de l’association des journalistes de Hong Kong assoit encore un peu plus la domination de la Chine populaire sur la région administrative spéciale. Jean-Pierre Cabestan, directeur de recherche au CNRS en mission de longue durée à Hong-Kong, s’inquiète de la mainmise de Pékin sur tous les instruments utiles à l’opposition pour critiquer le pouvoir.

Que signifie ce nouveau tour de vis du régime pro-Pékin contre la presse indépendante avec ces perquisitions et ces arrestations dans la rédaction du site d’information Stand News ? 

Jean-Pierre Cabestan : Ce qu’il vient de se passer à Hong Kong est une nouvelle atteinte aux libertés publiques et à ce qu’il reste de démocratie et du pluralisme de la presse à Hong Kong. Malheureusement, ce n’est qu’un signe supplémentaire de la prise de contrôle et de la mise au pas de la ville. Encore une fois, c’est un signe de marginalisation de toute force et de tout courant de pensée critique à l’égard du Parti communiste. On voit bien que l’objectif, c’est de réduire la distance entre la Chine continentale et Hong Kong et de la transformer en une ville chinoise comme une autre.

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Reste-t-il de l’espoir pour une presse indépendante dans la région ? 

Il y a quelques mois, le journal Apple Daily a déjà été démantelé. Ses responsables ont été incarcérés, dont Jimmy Lai, le patron de ce média. Et là, avec la disparition de Stand News, c’est un coup supplémentaire porté contre la liberté de la presse. Il ne reste plus beaucoup de pluralisme des médias à Hong Kong. Les médias électroniques sont tous contrôlés par le pouvoir. Quant aux médias écrits, ils sont tous très proches des autorités. Le South China Morning Post, qui publie ses articles en anglais, est contrôlé et détenu par le groupe Alibaba. Et puis, le seul journal en chinois qui reste à peu près autonome, c’est le Ming Pao, mais on peut craindre que le pluralisme de ce journal se réduise vu ce qu’il s’est produit ce mercredi 29 décembre.

Ce que l’on peut ajouter, c’est qu’en s’en prenant à Stand News, le pouvoir et la police s’en sont aussi pris indirectement à l’association des journalistes de Hong Kong qui est une des cibles du pouvoir communiste. Je ne donne pas beaucoup de chance de survie à cette association après ce coup porté à Stand News. Ronson Chan, le président de l’organisation, a été arrêté mercredi. Il était aussi rédacteur en chef adjoint de ce site d’information. On voit bien que l’objectif de Pékin, du bureau de liaison et de [la cheffe de l’exécutif hong-kongais] Carrie Lam est de démanteler cette association des journalistes. C’est une organisation clef qui s’efforce de protéger le pluralisme de la presse et l’indépendance des journalistes.

Qui pourrait être le prochain sur la liste du gouvernement pro-Pékin ?

Le problème de Stand News, c’est que c’était un média en chinois. C’est pour ça qu’il était dans le collimateur du pouvoir. Mais il y a encore un média numérique en anglais : Hong Kong Free Press, qui a réussi à survivre jusqu’à maintenant. Il a l’avantage, si on peut dire, d’être diffusé en anglais et donc de n’être lu que par une petite partie des habitants. On peut tout de même craindre pour son avenir… Ça va être de plus en plus difficile d’avoir une presse indépendante à Hong Kong.

Que leur reproche le pouvoir en place ? 

Les prétextes ou les raisons invoqués par le pouvoir, c’est « l’incitation à la haine du gouvernement et du parti communiste », ce qui est interdit par la loi de sécurité nationale. Pour les autorités, entre critique et haine du pouvoir, la distinction est extrêmement fine. L’appel à la démocratie est désormais tabou à Hong Kong. On l’a bien vu tout récemment avec le déboulonnage du pilier de la honte, cette statue en hommage aux victimes de Tiananmen prêtée à l’Université de Hong Kong par un sculpteur danois.

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Le pouvoir en place pourrait-il cibler des médias étrangers ? 

Il y a déjà des journalistes étrangers qui ont vu leur visa remis en cause ou non renouvelé. Je pense que le statut des journalistes étrangers à Hong Kong va se rapprocher de celui en vigueur en Chine continentale. Ils seront soumis à des pressions et à des intimidations s’ils deviennent trop critiques vis-à-vis du pouvoir. Comme dans tous les pays autoritaires, on peut craindre qu’il soit difficile d’exercer le métier de journaliste.

Que reste-t-il comme option à ceux qui s’opposent au gouvernement pro-Pékin ? 

Pas grand-chose. Il y a les ONG, mais il faut qu’elles restent loin de la politique. Dès qu’on rentre dans cette sphère, ça devient dangereux. Sauf si l’on est favorable au Parti communiste… Moi ce qui me frappe, c’est l’impossibilité et l’incapacité de la société hongkongaise à réagir et à protester contre ce qu’il vient de se passer. Ce n’est pas très étonnant vu les risques que pourrait prendre toute forme de protestation ou d’opposition publique.

Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi beaucoup de gens qui soutiennent le pouvoir. Pour des raisons très simples : ils dépendent de la Chine continentale pour leurs affaires et leur prospérité et ils n’ont pas intérêt à remettre en cause le nouvel ordre établi.

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Mi-décembre, 70% des habitants ne sont pas allés voter lors des élections législatives. Il ne reste alors plus que l’abstention lors des élections pour manifester leur mécontentement ?

L’abstention, c’était le meilleur moyen d’exprimer leur opposition aux nouvelles formes d’élections, qui sont truquées évidemment. Ce sont des élections organisées par le bureau de liaison où seuls les candidats « patriotes », c’est-à-dire favorable au Parti communiste, peuvent se présenter.

Je crois que l’abstention est une forme de boycottage de ces élections. Mais est-ce que la Chine et Pékin vont en tirer les conclusions qu’il faudrait ? Je ne pense pas. Ils sont persuadés que cette reprise en main est dans l’intérêt de Hong Kong.  En tout cas, c’est dans l’intérêt du Parti communiste.

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