« Je veux dire à chacun d’entre vous que, même si Dorjee considérait l’auto-immolation comme un dernier recours, j’insiste auprès de tous les jeunes pour dire qu’il existe d’autres manières de servir le Tibet, comme l’éducation et l’engagement pour le Tibet. J’exhorte les étudiants à ne pas s’immoler mais à apporter leur contribution par d’autres moyens. Je les incite à répondre aux vœux de Sa Sainteté le Dalaï Lama et à être porteurs de bonnes intentions. Je ne suis qu’une simple mère de famille et je ne sais pas grand-chose, mis à part cela. » Le père de Dorjee Tsering, Thupten Tashi, accablé par le poids de la perte de son fils , a relaté en détail la terrible journée. Il raconte : » Ce jour-là, j’ai voulu lui donner mes derniers conseils avant son retour à l’école (Tibetan Homes Foundation), mais je ne l’ai pas trouvé à l’intérieur de la maison. Puis j’ai vu quelqu’un enveloppé par les flammes et j’ai entendu ma fille aînée crier : « C’est Dorjee. Faites quelque chose. Sa mère l’a traîné jusque sous le robinet et a éteint les flammes. Nous avons trouvé une voiture, et nous l’avons emmené à l’hôpital Leman (Herbertpur Christian Hospital) où ils nous ont renvoyé vers un hôpital plus grand, invoquant le manque d’installations adéquates pour soigner le garçon. Une fois à l’hôpital Shri Mahant Indiresh, à Dehradun, il a été soigné pendant deux à trois heures. Le personnel nous a conseillé de nous rendre à Safdurjung, à Delhi, où il recevrait le meilleur traitement possible. » Dans les vidéos de lui que tout le monde a dû voir, on l’entend clairement dire qu’il a commis cet acte pour l’indépendance du Tibet, et pour attirer l’attention du monde entier sur le Tibet. Plus tard, à l’hôpital, je lui ai dit que son sacrifice n’était pas passé inaperçu. Je lui ai dit que Sa Sainteté le Dalaï Lama et le Karmapa avaient connaissance de son acte, et que beaucoup de gens importants, des étudiants et des personnes ordinaires étaient venus pour le rencontrer. Mes paroles ont semblé lui faire plaisir, » a ajouté le père, effondré. Il a remercié les responsables de la colonie de Delhi, le TYC (Tibetan Youth Congress), la TWA (Tibetan Women’s Association), et toutes les personnes qui leur ont rendu visite et sont venus en aide à la famille au cours de cette épreuve. « Il nous a fallu presqu’une heure pour trouver une voiture. Il frissonnait et nous a demandé de l’eau. Il a aussi demandé qu’on lui mette une couverture. La peau de mon fils se détachait en lambeaux de son corps, mais pas une fois il n’a hurlé de douleur. Il a répété qu’il l’avait fait pour le Tibet. Je lui ai dit qu’on lui donnerait des calmants pour le soulager, mais il m’a répondu : « Tu sais combien je suis fort, non ? Ça va, ne me regarde pas, c’est tout. » Il ne voulait pas que je le vois dans cet état, » a raconté sa mère. Pour le Président du TYC, Tenzing Jigme, « La mort de Kalsang Wangdue et celle de Dorjee Tsering sont des sacrifices incommensurables. Il est très difficile de dire aux gens ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire, particulièrement aux Tibétains du Tibet, eux qui subissent la répression au quotidien. Malgré tout, je demande aux jeunes de réfléchir à d’autres façons de contribuer à la cause, au travers de l’éducation. Leur vie est précieuse. Même s’il nous faut reconnaître que le sacrifice des deux jeunes Tibétains, avec toute la vie devant eux, est parfaitement louable. La dépouille de l’adolescent de seize ans sera conduite à Lhagyalri pour une cérémonie et des prières demain matin. Il sera incinéré demain conformément à l’interprétation des derniers rites, selon l’astrologie tibétaine. Traduction France Tibet]]>

