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16/12/25 | 8 h 43 min par Eric de Mascureau

Îles Matthew et Hunter / Alerte rouge dans le Pacifique : Pékin à l’embuscade pour un confetti stratégique

 

 

Ces îlots français lorgnés par Pékin: Mathew et Hunter ( 1,7km2 mais 350 000 de ZEE), Cliperton (1km2 mais 280 000 km2 de ZEE), les Éparses et Tromelin ( 43km2 mais 680 000 de ZEE),  soit 12% des 10,9 millions de km2 du domaine maritime de la France.

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Îles Matthew et Hunter : la France en pourparlers pour brader son territoire ultramarin

Depuis des années, deux petits îlots du Pacifique sont au cœur d’un contentieux entre la France et le Vanuatu.

Depuis plusieurs décennies, deux petits îlots volcaniques au large du Pacifique, Matthew et Hunter, sont au cœur d’un contentieux latent entre la France et le Vanuatu. Ces îles, d’une superficie combinée d’environ 1,3 km2, se trouvent à quelque 300 km à l’est de la Nouvelle-Calédonie et au sud-est de l’archipel du Vanuatu. Pour la France, elles font partie intégrante de la Nouvelle-Calédonie, mais pour le Vanuatu, elles appartiennent à son territoire en vertu d’une propriété coutumière ancienne. Aujourd’hui, leur statut pourrait bien changer si la France, au cours des discussions actuelles avec le Vanuatu, acceptait de renoncer à ces petites îles qui lui confèrent pourtant une autorité sur près de 350.000 kilomètres carrés d’espaces stratégiques riches en ressources, notamment halieutiques.

Origine de la dispute

Les îlots Matthew et Hunter, inhabités, arides, sans eau douce ni population permanente, avaient peu d’intérêt stratégique, pendant la colonisation européenne du Pacifique, aux XVIIIe et XIXe siècles. Cependant, en 1929, la France a officiellement annexé les deux îles avant que le Royaume-Uni ne les revendique à son tour dans le cadre du condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides. Lorsque la question de leur statut a ressurgi en 1965, la France et la Grande-Bretagne sont convenues de les rattacher à la Nouvelle-Calédonie plutôt qu’aux Nouvelles-Hébrides. Dans les années 1970, la France a ensuite installé une plaque de souveraineté sur les îlots afin de réaffirmer sa présence sur ces territoires.

À l’indépendance du Vanuatu en 1980, le nouvel État a immédiatement revendiqué les îles, affirmant un lien historique et culturel ancien entre les populations du sud de l’archipel et ces terres. En 1983, une mission vanuatuane menée par des chefs coutumiers a ainsi tenté de planter le drapeau du pays sur l’île Hunter pour matérialiser cette revendication.
Encore aujourd’hui, la souveraineté de ces îles demeure contestée. La situation est rendue plus complexe par le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste), qui a reconnu en 2009 puis en 2019 la souveraineté du Vanuatu sur ces îlots, affaiblissant de facto la position française locale.

Les enjeux récents

Fin novembre 2025, une délégation française conduite par le diplomate Benoît Guidée s’est rendue à Port-Vila où s’est achevé, le 21 novembre, un premier cycle de négociations entre Paris et le Vanuatu portant sur la souveraineté des îles et la délimitation des espaces maritimes entre ce dernier et la Nouvelle-Calédonie. Cette rencontre fait suite à un engagement pris en juillet 2025 par Emmanuel Macron auprès du Premier ministre Jotham Napat, alors en visite en France, de rouvrir officiellement le dialogue sur ce dossier sensible.

Le Vanuatu a rappelé l’importance culturelle, religieuse et identitaire de ces îlots. Pour le vice-Premier ministre Johnny Koanapo, Matthew et Hunter « font partie du Vanuatu depuis des générations. Ils sont intrinsèquement liés au tissu religieux de notre nation, détenant une valeur sacrée et culturelle significative pour notre peuple. » Il a ajouté également qu’il s’agit d’« une responsabilité face à la privation culturelle et économique subie par notre population, dont l’héritage perdure aujourd’hui », soulignant « l’obligation morale de défendre les droits des communautés autochtones » profondément attachées à ces terres. À l’issue de ce premier échange, un nouveau rendez-vous a été programmé en France, début 2026, afin de poursuivre le dialogue.

Que perdrait la France ?

Si les négociations aboutissent à un accord reconnaissant la souveraineté du Vanuatu sur Matthew et Hunter, la France perdra alors la maîtrise d’un territoire historiquement rattaché à la Nouvelle-Calédonie. Elle renoncerait, surtout, aux droits associés à la mer : une vaste zone économique exclusive, source de nombreux revenus, la capacité d’exploiter les ressources marines locales et, également, un levier diplomatique qui, loin d’être marginal, joue un rôle essentiel dans sa présence stratégique dans le Pacifique.

Un changement de statut pour ces îles constituerait également un tournant symbolique majeur : un recul territorial de la France face à un autre État pourrait encourager d’autres revendications et fragiliser la position française, tant à l’international que dans ses propres territoires ultramarins. Une telle évolution pourrait avoir des répercussions en Nouvelle-Calédonie, où les tensions indépendantistes, encore vives, comme l’ont montré les émeutes de 2024, pourraient être ravivées par l’idée d’un affaiblissement du pouvoir français. Elle créerait aussi un précédent susceptible de renforcer d’autres contestations territoriales, notamment autour de Mayotte, qui fait régulièrement l’objet de revendications de la part des Comores.