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03/02/23 | 9 h 13 min par William Molinié

INFO EUROPE 1 – Le renseignement français a percé les derniers secrets de la mafia chinoise

INFO EUROPE 1 – Le renseignement français a percé les derniers secrets de la mafia chinoise

Alliances avec les autres mafias et les trafiquants, contournement de la douane, économie grise… Une note fouillée du renseignement criminel et douanier qu’Europe 1 a consultée, lève le voile sur le commerce de la diaspora chinoise au service de la criminalité organisée. 

Elle suscite moins de fantasme médiatique que la mafia italienne, russe ou que les cartels colombiens. Elle a longtemps été considérée comme secondaire car peu visible. Mais aujourd’hui, la mafia chinoise est désormais évaluée comme une « menace élevée » en France. Dans une récente note co-signée en début d’année par le renseignement douanier (DNRED) et le renseignement criminel (SIRASCO) qu’Europe 1 a consultée, les analystes dévoilent point par point la « capacité de résilience et d’adaptation hors norme » de la mafia chinoise sur le territoire.

Les groupes criminels chinois ont fait du blanchiment d’argent leur spécialité. Partout où la diaspora est installée, ils offrent leurs services aux mafias locales. Depuis 15 ans maintenant, les policiers observent discrètement, à travers leurs enquêtes, les mécanismes mis en place. Ce milieu a longtemps eu une réputation inaccessible et impénétrable. Mais à l’heure de la surveillance de la téléphonie mobile et des applications de messagerie, les connexions, les flux et les mécanismes de blanchiment se dévoilent peu à peu.

Une stratégie globale de la Chine

La France et plus largement l’Europe sont un terrain de jeu quasi-inépuisable pour la mafia chinoise qui profite pleinement des ambitions de Pékin, véritable « usine du monde ». Le projet de « Nouvelle route de la soie » lancé en 2013 par le président Xi Jinping vise à intégrer la Chine dans un ensemble eurasiatique plus large englobant 68 pays, 4 milliards d’habitants et 62% du PIB mondial. Pour cela, les investissements chinois se sont multipliés dans les infrastructures portuaires et ferroviaires.

Chine - Carte 1 (1)

Depuis 2013, le gouvernement chinois a investi dans 14 ports européens et détient des parts dans ceux de Dunkerque, du Havre et de Nantes. Or les ports européens sont aujourd’hui saturés et le taux maximal des contrôles de marchandises fixés par l’Europe pour des raisons de fluidité du trafic n’est que d’environ 5%. Une opportunité sans égal pour les fraudes liées au droits de douanes. DU côté du rail, Pékin subventionne les infrastructures pour raccourcir les délais de transport entre la Chine et l’UE. Mais la guerre en Ukraine remodèle la carte du fret ferroviaire. Les voies du Nord qui passent par la Russie, la Biélorussie ou l’Ukraine sont abandonnées, au profit du corridor central qui traverse le Kazakhstan, l’Azerbaïdjian, la Géorgie et la Roumanie.

Régulièrement, les gabelous ouvrent « des conteneurs de marchandise déclarés pour 8.000 euros alors que leur valeur réelle peut atteindre 150.000 à 200.000 euros ». Un manque à gagner considérable pour les Etats. En 2019, la commission européenne estimait que l’écart entre la TVA due et celle réellement entrée dans la caisse était de 13 milliards d’euros rien que pour la France (140 milliards d’euros pour l’ensemble des états membres).

« J’appelle ça un pillage à grande échelle. C’est à mon sens l’une des plus grandes menaces criminelles en France avec le narcobanditisme« , estime un ancien attaché de sécurité intérieure en poste à Pékin. « Cette quasi-prédation s’organise, si ce n’est avec la complicité du gouvernement chinois, du moins avec son aval », poursuit-il. Un jeu de dupe diplomatique d’ailleurs avec les entreprises et les autorités françaises : « La police chinoise médiatise régulièrement des saisies de contrefaçons dans les usines. Elle les détruit. Mais elle sait très bien que ce n’est qu’une infime partie du trafic », conclut-il.