La Chine confie-t-elle la vente de documents cruciaux sur le Tibet à un enchérisseur en ligne ?
Un mystérieux enchérisseur en ligne a payé près de 19 000 $ pour les documents privés de Sir Basil Gould, ancien fonctionnaire de la fonction publique indienne, qui a été responsable politique pendant 10 ans au Sikkim, au Bhoutan et au Tibet (1935-1945).
Selon un article du Telegraph, cette information aurait pu passer inaperçue si un ancien représentant du Dalaï-Lama n’avait pas craint que les documents ne soient acquis par la Chine. Bien que Sonam Tsering Frasi ait fait une offre, son offre ne correspondait manifestement pas à celle de l’acheteur en ligne.
Pourquoi les Chinois voudraient-ils ces documents ? Les archives privées de Sir Basil Gould contiendraient des documents écrits par lui qui prouvent l’« indépendance de fait du Tibet, tant sur le plan intérieur qu’extérieur », de 1912 jusqu’au renforcement du contrôle chinois dans les années 1950.
La Grande-Bretagne a reconnu la suzeraineté de la Chine tout en affirmant l’autonomie du Tibet. Cependant, cette position est souvent oubliée dans les récits.
En ce sens, ces documents sont essentiels aux récits de la Chine et du Tibet : les Chinois préféreraient que ces documents ne soient jamais rendus publics, car ils contredisent leur vision selon laquelle le Tibet a toujours fait partie de la Chine. Pékin a l’intention d’effacer toute preuve historique de l’autonomie ou de l’indépendance du Tibet.
Pour les Tibétains, c’est une preuve supplémentaire que leur patrie était indépendante jusqu’à ce qu’elle soit envahie et occupée de force par la Chine en 1950.
La vente aux enchères des documents a soulevé une question plus profonde : une nation dépouillée de sa souveraineté peut-elle également se voir refuser l’accès à sa propre histoire ?
Sir Basil fut agent commercial britannique à Gyantse, au Tibet, de 1912 à 1913. Il assista à l’intronisation du 14e Dalaï-Lama en 1940 et, avec l’aide de l’artiste indien Kanwal Krishna, couvrit l’événement dans une série d’aquarelles. Ces aquarelles furent également vendues aux enchères pour plus de 617 000 dollars.
Le fait que Sonam Frasi ait dû participer à une vente aux enchères publique pour recueillir des preuves du passé de son pays illustre la tragédie du Tibet. Selon certaines sources, de nombreux Tibétains au Tibet ayant tenté d’accéder à la vente aux enchères en ligne via un VPN ont été déçus par le blocage de l’accès au site par les autorités chinoises.

