La Chine a confirmé la mise en détention d’un certain nombre de ses plus grands avocats des droits de l’Homme. Elle indique qu’ils ont fait l’objet d’une enquête » pour avoir illégalement organisé des manifestations payées, » suite à une descente de police contre le Cabinet d’avocats d’intérêt public très en vue Fengrui, la semaine dernière.
Le Ministère de la Sécurité intérieure de Pékin a indiqué que les avocats représentaient « le noyau dur » d’un groupe détenu pour avoir organisé « des manifestations payées, attisé les sentiments et fait circuler de fausses rumeurs sur Internet pour influencer les décisions du tribunal », selon l’agence de presse gouvernementale Xinhua.
Selon l’agence, la police aurait affirmé que Wang Yu, Huang Liqun, Liu Sixin, Wang Quanzhang, avocats au cabinet Fengrui, et leur principal associé Zhou Shifeng « avaient été mis en détention ». De nombreux autres avocats, parmi lesquels Zhai Yanmin et Li Heping, qui n’appartiennent pas à Fengrui, ont eux aussi été mis en détention et interrogés.
« Zhai, Wu, Huan Liqun et Liu Sing ont réfléchi aux crimes qui leur sont reprochés et ont pris conscience de leur impact néfaste, » a ajouté Xinhua.
La mise en détention de Zhou Shifeng qui est à la tête de Fengrui, est survenue après qu’il ait obtenu la libération de Zhang Miao, collaboratrice à Die Zeit, après neuf mois de détention. Trois hommes non identifiés ont été vus emmenant Zhou plus tôt dans la journée de vendredi, ont précisé leurs collègues.
« Il était aux environs de midi [le vendredi], et j’étais au cabinet. La police est arrivée et nous a ordonné de leur remettre nos téléphones portables pour vérification, » a indiqué le représentant de Fengrui à Radio Free Asia.
Il leur a fallu jusqu’à 17h30 pour les vérifier, puis ils ont fouillé l’ensemble des bureaux de Fengrui du sol au plafond, » a-t-il ajouté. « Ils ne nous ont pas arrêtés, certains d’entre nous ont pu s’en aller, et ils sont partis. »
Des avocats gardés au secret.
Wang, qui a défendu des militants très en vue – y compris le dissident Ouïghour emprisonné Ilham Tohti, Cao Shunli et Wu Gan- est gardé au secret depuis les premières heures de la matinée de jeudi, selon le site web de défense des droits de l’Homme Weiquanwang. Il avait envoyé un tweet pour dire que quelqu’un essayait d’enfoncer la porte de son appartement.
L’avocat des droits de l’Homme Li Fangping, de Pékin, a expliqué qu’un « grand nombre » de gens liés à Fengrui étaient au secret suite à cette descente de police.
« Certains d’entre eux ont été effectivement mis en détention, tandis que d’autres sont injoignables, » nous déclare Li.
Selon Liu Xiaoyuan, partenaire de Fengrui et avocat des droits de l’Homme, leur collègue Li Zhuyun a été emmenée à peu près au moment de la descente de police sur les bureaux de Fengrui, tandis qu’une douzaine de policiers en civil fouillaient son appartement.
« Nous avons une avocate stagiaire, Li Zhuyun. Elle m’a contacté le matin [du vendredi] en me disant que des gens cognaient à sa porte, et je n’ai pas réussi à la recontacter plus tard, » a-t-il raconté.
« Sa sœur…m’a dit qu’une douzaine de policiers en civil avaient pénétré dans son appartement en montrant leurs papiers officiels. Ils ont dit qu’ils appartenaient à la police de Tianjin…et qu’ils collaboraient avec la police de Pékin sur une affaire, » a indiqué Liu. « Puis ils ont fouillé les lieux et confisqué ordinateur[s] et disque[s] dur[s] en disant que c’était pour une enquête criminelle. »
Liu a ajouté qu’un traitement similaire avait également été infligé à d’autres avocats de Fengrui, Huang Liqun et Wang Quanzhang.
Liu a indiqué qu’il s’était plaint des mises en détention auprès d’organisations professionnelles d’avocats.
« Les jeunes avocats de la firme ont vraiment peur … personne ne répond actuellement au téléphone. » a-t-il précisé.
Les autorités « fabriquent la terreur »
Liang Xiaojun, avocat des droits de l’Homme de Pékin, a expliqué que ces mesures ont provoqué des remous dans toute la communauté des droits de l’Homme en Chine et accusé le parti communiste chinois au pouvoir de « fabriquer la terreur ».
Selon Xinhua, les avocats sont accusés d’être à l’origine « d’une quarantaine d’incidents ayant suscité la controverse » et qui ont « sérieusement troublé l’ordre public » depuis juillet 2012.
L’agence a mentionné l’implication des avocats lors des « coups de feu légitimes tirés par la police chinoise » sur Xu Chunhe à la gare de Qing’an, à Heilongjiang, en mai dernier comme un exemple d’incident « fabriqué « .
Et d’ajouter que les avocats avaient répandu des rumeurs selon lesquelles : « Li avait ouvert le feu sur Xu sur ordre d’un responsable car Xu était à l’origine d’une pétition et qu’il » brandissait des pancartes « à la gare de Qing’an. »
Wang Yu, maintenant en prison, fait partie de l’équipe qui défend Wu Gan, militant pour la liberté d’expression sur Internet. Celui-ci, surnommé « le Boucher » est en détention criminelle, accusé de « diffamation », de « chercher la controverse et de causer des problèmes, » et plus grave, « d’incitation à la subversion du pouvoir de l’État. »
Xinhua a affirmé que Wu était connu pour « ne pas hésiter à attiser la polémique ».
L’agence a cité une « confession » de Zhai selon laquelle il aurait aidé à « fomenter » des manifestations populaires de masse.
2014 a vu, en Chine, la fin de la profession juridique, déjà en grande difficulté, avec la mise derrière les barreaux d’au moins sept défenseurs des droits de l’Homme de premier plan. Cela a été une des pires années depuis sa résurgence dans les années 80, a indiqué le groupe de défense des droits de l’Homme.
Parmi ceux en prison ou en attente de jugement, se trouvent Pu Zhiqiang, Ding Jiaxi, Tang Jingling, Xia Lin et Xu Zhiyong.
En mai, les autorités ont inculpé l’éminent avocat et défenseur des droits de l’Homme, Pu Zhiqiang, pour « incitation à la haine raciale » après l’avoir gardé en détention pendant plus d’un an, ouvrant ainsi la voie pour son procès, selon son avocat.
Pu, âgé de 50 ans, est inculpé pour « incitation à la haine raciale », et pour avoir « cherché la controverse et causé des problèmes, » un an après sa mise en détention suite à une cérémonie marquant l’anniversaire de la répression armée du mouvement étudiant pro-démocratie de 1989.
Reportage de Wen Yuqing pour nos services à Canton, et Yang Fan pour nos services en Mandarin.
Traduit et rédigé en anglais par Luisetta Mudie.
Traduit en français par France Tibet

