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16/01/17 | 13 h 29 min

La lutte non-violente des Tibétains : une analyse stratégique et historique

L’histoire de cet espoir peut instruire d’autres peuples luttant pour leurs droits à l’autodétermination. Après avoir lu ce récit brillant, et bien structuré, du combat des Tibétains pour préserver leurs culture, religion et langue, le Tibet n’apparaît plus lointain, isolé et condamné à succomber à la cruauté et au contrôle policier et militaire de la Chine. Promouvant la non-violence, Dorjee ne sous-estime pas les difficultés et ne fait pas non plus de fausses affirmations sur ce qui aurait été accompli. Il développe son enthousiasme pour cette pensée stratégique en démêlant les caractéristiques des trois soulèvements Tibétains contre les Chinois. Il fonde son analyse sur l’histoire. Il nous l’enseigne bien car il a beaucoup appris du passé. La première révolte de 1958-59, pour protéger la religion et le Dalai Lama alors en danger, fut une spirale de violences menant au chaos et qui se solda par la mort de 87 000 Tibétains. Le deuxième soulèvement de 1987-89, en réaction instantanée aux attaques chinoises contre la réputation du Dalai Lama, utilisa une tactique résolument moins violente mais resta confinée à la capitale Lhassa et au Tibet central. Une des résultantes avérées de cette résistance non-violente a été le nombre bien moindre de victimes. Au moment de la révolte de 2008, l’influence de la philosophie non-violente pouvait être perçue comme un moyen de faire connaître le Tibet et de mettre la pression sur la Chine. Les activités à travers le Tibet prirent en compte un mouvement croissant de résistance civile, visiblement plus confiant. Par sa référence à la culture et à l’histoire du Tibet, et illustré de magnifiques cartes, il est possible de comprendre comment évolua l’engagement non-violent. Un coup d’oeil rapide au Bouddhisme en ferait un allié naturel de cette approche non-violente, mais Dorjee montre qu’une préoccupation mue par les implications morales du Bouddhisme entravait la compréhension politique et les réalisations concrètes. Les théories de résistance non-violente étaient mal connues au Tibet. Néanmoins, trois figures marquantes, le Mahatma Gandhi, Sa Sainteté le Dalai Lama et le théoricien américain de la non-violence Gene Sharp, ont influencé la compréhension par les Tibétains d’une voie alternative à l’oppression chinoise. Les enseignements du Mahatma Gandhi, sur le lien entre autosuffisance économique et indépendance politique, ont été reçus par les Tibétains comme un point essentiel à leur besoin de surmonter le fatalisme selon lequel, rien ou presque, ne pouvait s’opposer au pouvoir chinois. Depuis son exil à Dharamsala en Inde, et au cours de ses voyages dans le monde entier, le Dalai Lama a montré comment, par une autodétermination individuelle et une promotion du dialogue et de la paix, la non-violence pouvait être le versant politique du Bouddhisme. Dans les années 1990, les travaux de Gene Sharp ont été traduits en tibétain. Sa méthode offre un éventail de discours destinés aux marches et musiques, des pamphlets élaborés pour boycotter les marchandises et services, en passant par les processions religieuses lors de manifestations de protestation. La division de cette méthode en trois stratégies : * Protestation et Persuasion,                                                     * Non coopération,                                                     * Intervention non-violente  servit de fondement idéologique aux activistes tibétains selon leurs objectifs propres. Les accomplissements issus d’une résistance non-violente, dans d’autres pays, prouvent que les mouvements non-violents sont deux fois plus efficaces que les luttes armées. Dorjee rend explicite cette leçon aux Tibétains. Leur résistance s’est transformée une fois que les dirigeants sur le terrain eurent réalisé que « le moindre relâchement de leur discipline non-violente alimenterait la délégitimation du combat des Tibétains par le gouvernement chinois et justifierait donc la lourde répression menée par Pékin ». Le mouvement non-violent du Tibet se caractérise désormais par une stratégie de libération des citoyens de cette colonisation mentale qui rend inévitables les mesures de répression politique. Ceci est un modèle pour la lutte des Palestiniens à l’autodétermination. Les Tibétains disent : « vous n’êtes pas seuls, nous ne sommes pas seuls. » Portés par des dirigeants qui ne cèdent plus aux exigences de leurs oppresseurs – Israëliens ou Chinois -, ils ont transformé leur résistance par la non-violence et peuvent impulser un soutien international qui sera toujours plus robuste, plus proactif et plus stratégique. Voila cet espoir. C’est également la promesse de cette impressionnante monographie. Traduction France Tibet]]>