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06/04/26 | 14 h 42 min par Rojhelat

La République autonome de Mahabad de 1946 du Kurdistan Iranien poursuit, 79 ans après, le projet de démocratie pour les droits civiques, la liberté, les droits humains et la dignité du peuple Kurde

Illustration.

79e anniversaire de l’exécution de Qazi Muhammad

 

79e anniversaire de l’exécution de Qazi Muhammad : Retour sur un héritage durable de justice et de démocratie

 

La Seconde Guerre mondiale et un nouvel espace politique au Kurdistan. Suite au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et à l’occupation de l’Iran par les forces alliées, les régions du nord et de l’ouest du pays, dont certaines parties du Kurdistan, passèrent sous contrôle soviétique. La chute de la dictature de Reza Shah et le vide du pouvoir qui s’ensuivit à Téhéran offrirent une opportunité sans précédent d’activité politique et sociale dans certaines régions du Kurdistan iranien. Cela permit aux intellectuels et aux militants de s’organiser et de revendiquer leurs droits longtemps bafoués.

De « Komala » au Parti démocratique : en réaction, l’organisation politique moderne, la Société pour la renaissance du Kurdistan (Komeley Jiyanewey Kurdistan ou Komala JK) , fut créée en 1943. Ce groupe clandestin jeta les bases de mouvements plus structurés. S’appuyant sur cette base, Qazi Muhammad fonda le Parti démocratique du Kurdistan iranien à Mahabad en 1945. Ce parti devint le premier parti politique pleinement structuré du Kurdistan iranien, marquant une nouvelle étape dans la lutte politique.

La République autonome et le pouvoir civil. Le 21 janvier 1946, la « République du Kurdistan » fut proclamée à Mahabad sous l’égide de Qazi Muhammad . Bien que de courte durée, cette période de gouvernement fut remarquable par sa tolérance et son respect des droits humains.

Journée de la déclaration à Chwar Chra Square, Mahabad

 

Issu d’une famille religieuse respectée, Qazi Muhammad a mené son action en privilégiant le développement culturel et la non-violence. Il n’y avait pas de forces de sécurité répressives, la propriété privée était respectée et la liberté d’expression était garantie. Parmi ses réalisations les plus novatrices, on compte la création de la première école de filles à Mahabad et la promotion de la participation des femmes à la société – une initiative d’une audace exceptionnelle pour l’époque.

La chute de la République et une décision historique. Après le retrait des forces soviétiques, le gouvernement central reprit le contrôle de la situation. Alors que la république s’effondrait fin 1946, Qazi Muhammad fut confronté à un choix crucial. Bien qu’il eût pu fuir et sauver sa vie, il choisit de rester à Mahabad . Sachant que ce choix scellerait son destin, il agissait ainsi afin d’éviter un bain de sang et de protéger les civils d’éventuelles représailles.

Carte géographique de la République du Kurdistan (1946)

 

Exécution sur la place Chwar Chra (Çiwar Çira) : Après le retour de l’armée, Qazi Muhammad et plusieurs de ses compagnons furent arrêtés. Lors de procès militaires iniques et à huis clos, il défendit avec fermeté ses convictions et refusa de se rendre.

Le 30 mars 1947, lui et deux compagnons furent exécutés sur la place Chwar Chra de Mahabad, là même où la république avait été proclamée un an auparavant.

 

Exécution de Qazi Muhammad et Mohammad Hossein Saif Place Qazi Chwar Chra, Mahabad (1947)

Un impact durable et un symbole de justice. Son exécution n’a pas fait taire sa voix. Au contraire, son héritage de leader réaliste, pacifique et défenseur des droits humains a profondément marqué les mouvements kurdes ultérieurs. Ses idéaux résonnent encore aujourd’hui. Ainsi, le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK) a adopté par la suite le drapeau de la république comme symbole de résistance, témoignant de l’importance pérenne de la République de Mahabad.

Drapeau du Kurdistan — Wikipédia
Drapeau de la République du Kurdistan (1946)

 

Conclusion : À l’occasion du 79e anniversaire de l’exécution de Qazi Muhammad , il est essentiel de revenir sur cette histoire et de reconnaître que la lutte pour la liberté et les droits civiques est profondément enracinée. La vie de Qazi Muhammad a démontré que le véritable progrès s’acquiert par la prise de conscience, la tolérance, le respect des droits humains et la fidélité à ses principes – des valeurs qui continuent d’inspirer les nouvelles générations.

Mouvement Femmes, Vie, Liberté — Rojhelat Kurdistan (2022)

Les images du mouvement Femmes, Vie, Liberté (Jin, Jiyan, Azadî) de 2022 au Rojhelat, au Kurdistan, témoignent d’une nouvelle génération qui poursuit la lutte pour les droits et la dignité. Bien qu’ancrées dans le contexte plus large des manifestations à travers l’Iran, ces manifestations au Rojhelat revêtaient une résonance historique particulière, faisant écho à l’héritage de Qazi Muhammad à travers des formes modernes de pensée, d’organisation et de résistance civile.

 

Pour information : le Kurdistan iranien est adhérent de l’Organisation des nations et des peuples non représentés avec le Tibet et 39 autres membres

 

Fondation Institut Kurde de Paris  + Le Monde du 25 mars 2026 : A Erbil, le souvenir de la République de Mahabad hante les Kurdes iraniens