Ayant réussi à fuir la Chine il y a deux semaines pour rejoindre le Laos, l’avocat chinois des droits de l’homme Lu Siwei, 49 ans, a été arrêté par la police laotienne le week-end du 29 et 30 juillet. À la demande de Pékin, il risque d’être extradé vers la Chine où il sera condamné à une très longue peine de prison.

Lu a défendu d’autres avocats arrêtés en 2015
Depuis le début de sa carrière d’avocat il y a une quinzaine d’années à Sichuan, Lu Siwei a toujours défendu des paysans dont les terres ont été confisquées par le gouvernement, des clients expulsés de leur maison par de grosses sociétés immobilières ou même des fabricants de d’étiquettes de bouteilles d’alcool. Lors de la rafle de plus d’une centaine d’avocats et de militants politiques en juillet 2015, Lu a défendu l’un d’eux, Yu Wensheng, qui avait osé ouvertement critiquer le régime de Xi Jinping.
Enfin, en 2021, les autorités l’ont privé de sa licence d’avocat après qu’il a défendu un des douze Hongkongais arrêtés par la police maritime chinoise alors qu’ils tentaient de fuir en bateau vers Taïwan. « Lu Siwei a toujours été un avocat très courageux », témoigne Patrick Poon, militant hongkongais des droits de l’homme réfugié à Tokyo qui connaît très bien le monde des avocats chinois. « Alors que beaucoup refusaient de prendre des cas politiquement sensibles, Lu acceptait sans hésiter. »
L’influence chinoise s’intensifie en Asie du Sud-Est
Il paye aujourd’hui le prix de son engagement. « Il est évident que Lu était sous surveillance en Chine, témoigne Bob Fu, fondateur de l’ONG ChinaAid qui soutient les réfugiés politiques chinois aux États-Unis, mais il n’était accusé d’aucun crime et aucune enquête n’était en cours contre lui. » À ses yeux, son arrestation au Laos reflète clairement « l’influence chinoise au-delà de ses frontières, qui contrôle et fait arrêter les militants critiques du régime. C’est glaçant ».
C’est exactement ce que dénonce l’alliance des ONG en faveur de Lu Siwei. « La Chine fait très souvent pression sur les gouvernements des pays d’Asie du Sud-Est (Laos, Cambodge, Thaïlande, Birmanie) afin qu’ils rapatrient les opposants chinois qui disparaissent une fois extradés en Chine. » C’est pourquoi elle appelle le gouvernement laotien à mettre un terme à ces rapatriements et à libérer Lu Siwei. Alors que le sort d’un autre militant chinois, Qiao Xinxin, arrêté au Laos en mai, reste un mystère.

