« Je trouve cela d’autant plus déconcertant car l’intérêt du Gouvernement chinois est purement et seulement politique et non religieux. Au cours de la Dynastie Qing, l’implication Chinoise était naturelle car il existait entre les deux pays une relation dite de Chö-yon (ndlr : une entente politico-religieuse entre un maître spirituel et un bienfaiteur laïc). Mais la Chine communiste actuelle se dit athéiste. Cela ne les concerne donc pas. C’est pourquoi je plaisante souvent en incitant le Gouvernement chinois à annoncer la réincarnation de Mao Zedong s’ils croient vraiment à la réincarnation. » Sa Sainteté affirme que les Tibétains ont leur mot à dire sur ce sujet « Dès 1969, j’ai déclaré qu’il appartenait au peuple tibétain de décider si l’institution du Dalaï Lama doit perdurer ou pas. Cependant il semblerait que la Chine soit plus intéressée que moi par cette question. » Cette question intéresse Pékin depuis déjà quelque temps. Zhu Weiquin, qui est le chef du Comité des affaires ethniques et religieuses de la Conférence Consultative politique du peuple chinois (ndlr : Assemblée consultative sans pouvoir de décision, sous l’égide du Parti Communiste Chinois, elle permet au Gouvernement de consulter les avis de divers groupes ethniques et organisations), a déclaré en novembre 2015 que la Conférence Consultative a « le pouvoir de décision sur la réincarnation du Dalaï Lama, sur la fin ou la survie de ce lignage. » Ces remarques ont depuis plongé les Tibétains, les observateurs de la situation à l’international et le Dalaï Lama lui-même dans la censure et parfois le ridicule. L’année dernière, le Premier Ministre du Gouvernement Tibétain en exil Lobsang Sangay dans une colonne du Times Magazine a rétorqué à plus d’un et mis en cause l’idée même de cette implication de la Chine en la comparant avec un hypothétique « Choix du prochain Pape par Fidel Castro ». Sangay a écrit : « Qu’il est surprenant de voir que la Chine prétend pouvoir trouver la prochaine réincarnation du Leader Spirituel qu’ils surnommaient « Le Diable ». Qu’il est surprenant de voir des leaders communistes chinois pour qui la religion est l’opium du peuple, et dont la figure de proue, Mao Zedong, a eu ces propos, connus de tous, à l’intention du Dalaï Lama à Beijing en disant que « la religion est du poison », d’ordonner au Dalaï Lama de se réincarner selon les conditions du Gouvernement chinois. » Le Gouvernement chinois est allé jusqu’à biaiser la réincarnation de certains Tulkous (qui sont des réincarnations de personnalités religieuses, des Lamas en général c’est-à-dire des enseignants religieux du Bouddhisme Tibétain) en faisant une base de données des Bouddhas vivants qui sont reconnus par le Gouvernement comme étant de vrais Tulkous (en allant jusqu’à leur donner des cartes d’identité) et par conséquent considérer ceux qui ne sont pas sur cette liste comme étant des imposteurs. Selon cette base de données, dans la seule région autonome du Tibet, il y a 358 Bouddhas vivants. Traduction Brice BAILLIF pour France Tibet]]>

