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03/07/25 | 20 h 40 min par Pierre Haski

Le successeur du dalai lama sera désigné selon les règles de réincarnation de la tradition du bouddhisme tibétain

Le dalai lama s’est adressé hier par visioconférence à la diaspora tibétaine sur le sujet de sa succession, alors qu’il a 90 ans cette semaine. ©AFP - Sanjay BAID / AFP

Le dalai lama a mis en garde ses disciples contre toute tentative de nommer son successeur autrement que dans la tradition du bouddhisme tibétain ; une allusion au parti communiste chinois qui veut contrôler le processus de réincarnation du chef spirituel âgé de 90 ans.

Pierre, vous nous parlez de la succession délicate du Dalaï Lama.

Le Dalaï Lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains, fête cette semaine ses 90 ans.

À cet âge vénérable, sa succession est dans tous les esprits et promet une lutte sans merci.

Le Dalaï Lama s’est exprimé lui-même sur le sujet hier à Dharamsala, le siège des Tibétains en exil situé en Inde.

Il a déclaré que son successeur serait désigné selon les règles de réincarnation du bouddhisme tibétain et que personne d’autre n’avait le droit de s’en mêler. Cette phrase mérite explication. Le phénomène de la réincarnation figure au cœur de la croyance du bouddhisme tibétain.
Mais le Parti communiste chinois, pour qui théoriquement, la réincarnation devrait être une hérésie, considère que c’est lui qui devra choisir le successeur de l’actuel Dalai Lama. Pékin décrète, au nom d’une lecture historique contestée, qu’il lui reviendra de désigner la réincarnation de Tenzin Gatso, le nom de naissance du 14ème Dalaï Lama.

Le Parti ne s’est pas converti au bouddhisme. Il s’agit d’un enjeu de pouvoir sur le territoire et sur les esprits des moins de 10 millions de Tibétains.

Mais pourquoi est-ce si important pour Pékin ?

L’actuel Dalaï Lama reste vénéré par les Tibétains où qu’ils se trouvent, bien qu’il soit parti en exil en en 1959, dix ans après l’invasion du Tibet par les troupes de Mao. Il reste un symbole d’unité et de résistance face à toutes les tentatives de fondre l’identité tibétaine dans l’ensemble chinois d’1,4 milliards d’habitants.

En contrôlant le processus de réincarnation, le PC chinois veut affaiblir l’emprise de l’institution religieuse sur la population. Il pourra au moins introduire une confusion telle que l’impact du prochain Dalai Lama sera atténué.

Il existe un précédent, celui de la désignation du Panchen Lama, le deuxième personnage du bouddhisme tibétain. En 1995, un enfant désigné comme la réincarnation du Panchen Lama décédé a été kidnappé par les autorités chinoises qui ont promu « leur » Panchen Lama. On n’a plus jamais revu l’enfant initialement choisi et le Panchen lama officiel est célébré à Pékin. Les Tibétains redoutent qu’il se produise la même chose avec le Dalai Lama.

Et comment peuvent-ils l’empêcher ?

Il y a déjà plusieurs années, Nicolas, l’actuel Dalai Lama a déclaré que sa réincarnation viendrait du « monde libre », selon sa formule, pas des territoires tibétains sous contrôle chinois.
Hier, il a donc mis en garde ses disciples que toute désignation par d’autres canaux que ceux de la tradition serait illégitime. C’est une fondation, la Gaden Phodrang Trust, qui a la responsabilité de trouver la réincarnation du dalai lama

Est-ce que ça suffira ?

Ça n’empêchera pas Pékin de chercher à imposer son propre Dalai Lama et de miser sur la confusion que provoquera l’existence de deux Dalaï-Lama. À voir la manière dont son culte a survécu à des décennies d’exil, alors que la simple possession de sa photo peut valoir de sérieux ennui, on peut douter de la capacité du Parti communiste à détourner les Tibétains du symbole de leur identité. Mais Pékin agit au Tibet, comme ailleurs, comme au Xinjiang, en Mongolie intérieure , en plaçant toutes les religions sous contrôle.

Ça ouvre en tout cas de nouveaux champs d’études, communisme et réincarnation. C’était osé, le Parti communiste chinois l’a fait.

Pierre HASKI