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10/07/26 | 17 h 46 min par Lobga Rangzen

Le testament de Lobga Rangzen

Peut être une image de une personne ou plus, chapeau et texte qui dit ’REE TIBET お茶’

Ci-dessous, la transcription du message enregistré en vidéo par le militant tibétain Lobga Rangzen avant son auto-immolation pour le Tibet :

 

Tous les événements que nous organisons à l’étranger visent à protester contre les politiques de haute pression du PCC dans les régions tibétaines, et à résister à la domination chinoise sur le peuple tibétain dans ces terres. Aujourd’hui, je veux dire quelques mots. Aux Tibétains à l’intérieur du Tibet, je n’ai rien de plus à dire. Car ils ont toujours risqué leur vie, avec le plus grand courage, pour continuer sans relâche à sauver la langue, la culture et la dignité du Tibet. Je n’ai donc pas le droit de leur dire quoi que ce soit de plus.
Aujourd’hui, je veux surtout dire quatre choses aux Tibétains en exil :
Premièrement, les Tibétains en exil ne doivent pas oublier leurs responsabilités. En exil, nous jouissons d’une vie de liberté et de démocratie. Cette liberté et cette démocratie nous ont été données par Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Sa Sainteté nous a accordé la liberté non pour que nous nous livrions à des luttes internes, ni pour que nous utilisions le nom de la démocratie et de la liberté pour nous combattre entre nous.
Chacun d’entre nous devrait s’exprimer pour la liberté du Tibet et réfléchir à des moyens d’assurer son avenir. Sa Sainteté le Dalaï-Lama a dit un jour que les Tibétains vivant à l’étranger ne devraient pas se satisfaire d’avoir une maison ou une voiture, car les Tibétains à l’intérieur du Tibet vivent encore dans la souffrance.
Deuxièmement, nous devons comprendre que la souffrance des Tibétains vient du fait que nous avons perdu notre propre pays. Sa Sainteté le Dalaï-Lama est le maître de paix du monde ; il œuvre sans relâche pour la paix et le bonheur de tous les êtres sensibles, et c’est pourquoi il ne parlera jamais trop durement, ni n’en dira trop. Mais nous-mêmes, nous devons comprendre : pourquoi les Tibétains à l’intérieur du Tibet n’ont-ils aucune liberté ? Pourquoi notre nation fait-elle face à un risque d’extinction ? Pourquoi n’avons-nous même pas le droit d’exposer une image de Sa Sainteté le Dalaï-Lama ? Tout cela parce que nous avons perdu notre propre pays et notre propre liberté. Beaucoup disent que nous n’avons pas de pays. Ce n’est pas vrai : nous avons un pays. Il est simplement occupé par la Chine.
Troisièmement, les Tibétains en exil ne devraient plus se diviser selon les régions ou les sectes, mais véritablement s’unir. Lorsque le PCC réprime les Tibétains, il ne fait pas de différence entre Khampa, Amdowa ou Ütsangpa ; il ne distingue pas non plus les sectes. Ils répriment tous les Tibétains de la même façon et détruisent toutes les religions de la même façon. Nous, Tibétains de l’étranger, ne devrions donc vraiment plus continuer à nous diviser entre Khampa, Amdo, Ütsang, ni selon les différentes sectes. Chacun d’entre nous devrait s’unir et redoubler d’efforts pour rétablir la liberté des Tibétains et l’indépendance de la nation tibétaine.
Quatrièmement, n’arrêtez pas de faire ce que vous devez faire à cause de mon geste ; le véritable deuil, c’est de continuer la lutte pour le Tibet. Si, cette fois, je dois accomplir un geste majeur, un geste retentissant, je joins les mains en prière et je demande à chacun : ne cessez pas, à cause de cela, ce que nous faisons en ce moment. Ce que nous faisons en ce moment, c’est préserver notre propre langue et notre propre culture. Ainsi, que ceux qui doivent danser continuent à danser, que ceux qui doivent chanter continuent à chanter. Car tout cela sert à permettre aux jeunes générations de Tibétains de recevoir et de transmettre leur propre langue et leur propre culture.
Surtout en ce moment, alors que nous nous apprêtons à célébrer le quatre-vingt-onzième anniversaire de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, j’espère que les Tibétains du monde entier organiseront de grandes célébrations pour son anniversaire. Tout cela est très important. Nous ne devons pas, à cause du geste d’une seule personne, rester uniquement dans la tristesse ou l’hommage silencieux.
Ce que nous devons vraiment pleurer, ce pour quoi nous devons vraiment observer le silence, c’est le fait que nous avons perdu notre propre pays. Chacun d’entre nous devrait entreprendre des actions encore plus grandes pour cela.
Le geste que j’accomplis aujourd’hui n’est pas parce qu’il me manquerait la nourriture, les vêtements, un logement ou des moyens de transport ; ce n’est pas parce que je n’aurais rien à manger, rien à porter, nulle part où vivre, ni pour des problèmes liés à ma vie personnelle. Tout cela est pour l’indépendance du Tibet, pour la résistance du Tibet.
C’est pourquoi je joins les mains en prière et je demande à chacun : si vous voulez véritablement me pleurer, veuillez agir selon les vœux que j’ai exprimés ici. J’espère que chacun continuera à œuvrer et à se battre pour la cause du Tibet. Enfin, je veux dire : Bhöd Gyalo ! Bhöd Rangzen Gyalo
(Photo par Jane Stein)