Le premier site d'actualit? sur le Tibet

www.tibet.fr

14/11/15 | 21 h 05 min par Razali Samsudin / Sarah Margono Samsudin

Le Tibet sous le poids des barrages chinois

barrage

Rien n’est trop grand pour la Chine.

Et quand les provinces chinoises ne suffisent plus, Pékin poursuit ses projets pharaoniques jusqu’aux contreforts du pays. En témoignent, les projets de construction de grands barrages dans la Région autonome du Tibet. Une manière de rassasier les mégalopoles chinoises boulimiques en énergie, mais aussi de maintenir la vitalité de la croissance économique. Une « croissance verte », promet le plus grand pollueur au monde, oficiellement résolu à réduire ses émissions de CO² par unité de PIB de 60 % à 65 % par rapport à 2005, et à les plafonner d’ici 2030.
Comment la Chine compte-t-elle procéder ? En réduisant sa consommation d’énergies fossiles et en augmentant la part d’énergies renouvelables – en l’occurrence, l’énergie hydraulique. L’enjeu est de taille : Il s’agit rien de moins pour Pékin que de multiplier par plus de 2,5 ses capacités hydroélectriques d’ici à 2030, pour parvenir à 568 GW.
Sur le papier, la « croissance est verte » et les sources d’énergies sont« propres » comme les neiges éternelles des monts sacrés des plateaux tibétains. Après tout, la Chine n’est-elle pas déjà la championne des énergies renouvelables, avec plus de 80 000 barrages sur son territoire (dont 22 000 « grands » barrages) ? La multiplication des centrales hydroélectriques comme solution à la pollution qui fait tousser les grandes villes de l’Ouest chinois, l’eau pour produire de l’électricité et éliminer progressivement le charbon, est un projet séduisant.
Mais attention, disent les spécialistes : 80 % des rivières et des lacs en Chine sont en voie de tarissement ! Pékin manque d’eau pour ses barrages, et pour y remédier, les autorités communistes visent désormais les fleuves du Tibet, à l’écosystème particulièrement fragile. Question : le « toit du monde » va-t-il s’écrouler sur une Chine en perpétuelle quête d’énergies, et cela avant que le « rêve chinois » ne se réalise ?

Contexte

La dynastie des Qing ne s’est pas trompée en appelant le Tibet« Xizang », autrement dit « le trésor de l’Ouest » en mandarin. Les caractères chinois révèlent ici une réalité concrète, puisque les riches sous-sols tibétains renferment 126 minéraux différents tels que le fer, la chromite ainsi que d’importants gisements de cuivre et d’or. Sans parler du lithium, élément indispensable aux batteries de nos tablettes électroniques et de nos téléphones portables. Le Tibet est riche, ce qui n’empêche pas la région d’être sous perfusion chinoise depuis les années 1960.La région autonome du Tibet est en effet le territoire de la grande Chine le mieux doté en subventions directes. Une situation qui pourrait sembler paradoxale lorsque l’on mesure le niveau de vie des populations. L’indice de développement humain au Tibet était en effet le plus bas de l’ensemble des provinces chinoises en 2010 (dernières données en date). Pourquoi un tel décalage ? L’une des raisons est liée à la nature des investissements destinés essentiellement au développement des infrastructures : Autoroutes, lignes ferroviaires, gazoducs ou encore, projets de câblage électrique à distance. L’objectif étant ici de contribuer au développement du grand Ouest chinois, avec des infrastructures mais aussi des salaires nettement moins élevés que sur la côte est. Dans un tel contexte, la planification de nouveaux barrages au Tibet, très confidentielle, permet de s’interroger sur les réels bénéficiaires du projet. La photo : Photo non datée du Canyon Jiacha sur le fleuve Yarlung Tsangpo au Tibet, où le projet de barrage hydroélectrique est en train d’être construit par la Chine. (Crédit : Shui xiaojie / Imaginechina / via AFP)

Les auteurs

Expert en développement durable et environnement avec une prédilection pour la question de l’eau. Il a été formé dans les instituts de Dauphine à Paris et Imperial Collège à Londres. Animé par la recherche de solutions durables nouvelles, il aborde les questions d’économie circulaire, de technologies environnementales et d’éco-tourisme. Il a notamment travaillé au Forum for the Future à Londres et à Greenpeace à Jakarta.
Experte en relations internationales et spécialiste des enjeux de développement (particulièrement en Asie du Sud-Est). Elle a été formée dans les instituts de la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres et de l’INALCO à Paris. Engagée dans la problématique de développement humain, elle a notamment travaillé pour le think-tank Center for Strategic and International Studies et le Programme des Nations Unies pour le Développement à Jakarta.

]]>