Pékin n’a cure de la réprobation internationale que suscite son comportement à l’égard d’un homme qui n’avait fait que demander, dans la Charte 08, rédigée à l’occasion de la tenue des Jeux olympiques dans la capitale chinoise, le respect des principes démocratiques et l’application des libertés publiques inscrits dans l aConstitution de son pays.
À l’instar de Václav Havel, initiateur de la charte 77, Liu Xiaobo, philosophe, écrivain et critique littéraire affûté, cherchait une voie pacifique vers la démocratie. Il l’avait démontré en juin 1989, en dissuadant les étudiants de la place Tian’anmen de prendre les armes pour résister à l’armée qui les avait cernés. C’était la veille du massacre du 4 juin. Liu Xiaobo était venu les rejoindre alors qu’il était professeur invité à l’université américaine de Columbia. Il avait même commencé, avec quelques autres intellectuels, une grève de la faim pour les soutenir. Cela lui avait valu une première arrestation et il n’avait retrouvé la liberté qu’en 1991. Il avait été de nouveau emprisonné de 1996 à 1999.
Une chaise vide avait marqué son absence à Oslo, lors de la remise de son prix Nobel de la paix. Liu Xia, son épouse, n’avait pas pu non plus faire le déplacement, et elle avait été placée en résidence surveillée sans faire l’objet de la moindre condamnation. Quand des proches avaient tenté de rompre cet étau, en 2011 la répression s’était abattue sur le frère de Liu Xia, jeté en prison sous le prétexte fallacieux d’une affaire de corruption. Quel sera demain le sort de cette femme ?
L’empereur n’a pas frémi. Xi Jinping qui règne en maître incontesté sur la Chine a même fait savoir que les réactions d’indignation à l’annonce de la mort du Prix Nobel de la paix, Liu Xiaobo, condamné à onze ans de prison fin décembre 2009 seraient considérées comme autant d’ingérence dans les affaires intérieures chinoises.
Point de vue. Par Jean-François Bouthors, écrivain et éditeur.
L’empereur et la mort du lettré, par Jean-François Bouthors. | Philippe Chérel
]]>

