Une belle boule de pâte, bien aplatie, ni trop fine, ni trop épaisse et surtout bien ronde. Pasang ne jongle pas encore comme son maître d’apprentissage, Cyril Trinel qui le fait avec aisance, mais ses pizzas ont de l’allure.
Depuis le 24 octobre, le réfugié Tibétain apprend les rudiments des spécialités italiennes. Et les Trinel père et fils, Bruno et Cyril, ont beau avoir la blague facile, on ne rigole pas avec les assiettes présentées. « On cherchait quelqu’un pour un poste polyvalent. Plusieurs personnes sont venues à l’essai mais ça ne fonctionnait pas. Et puis Pasang est arrivé et il a prouvé qu’il était motivé. » Pour Bruno, donner une chance à un émigré était normal : « Quand mon père est arrivé d’Italie, il ne parlait pas un seul mot de Français. Il était dans le même cas. »
Pasang est désormais en CDI, 24 heures par semaine. « C’est un challenge, parce qu’il lui faut une formation complète et qu’il ne comprend pas encore très bien la langue. Mais il observe beaucoup et il est très appliqué. Il apprend vite et bien. »
« Il est reparti à la maison avec ses devoirs : le menu ! »
L’apprenti pizzaïolo sait désormais doser les produits du premier coup et les étale parfaitement sur la pâte. Il a pris le coup de la pelle à enfourner et la glisse d’un coup franc sous la pizza sans la déformer. « Des progrès énormes, parce qu’au début, il ne connaissait même pas le nom de tous les ingrédients. Le premier jour il est reparti à la maison avec ses devoirs : il a embarqué un menu et c’est devenu son livre de chevet », s’amuse Bruno. Il faut tout de même lui faire répéter les consignes : « Souvent, il dit qu’il a compris. Mais on voit bien à sa tête qu’il n’a pas osé dire non. »
Les Trinel charrient : « À ce rythme, on va t’inscrire au championnat de France des pizzaïolos en janvier Pasang ! »
Image Cyril Trinel forme Pasang de A à Z : « Nous avons une technique très particulière. »
photo : Séverine Courbe.