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18/09/18 | 19 h 18 min par Tanner Greer / Traduction France Tibet

XINJIANG : Les 48 manières de se retrouver dans un camp de concentration chinois

le peuple de Hotan dénonce les “trois forces du mal » lors d’une réunion politique de masse
©Hotan Prefecture state television

Les terribles évènements du Xinjiang. Une crise a cours au Xinjiang. Les détails sont lugubres. La Parti Communiste Chinois (PCC) est peu enclin à révéler son vaste système de surveillance et la terreur qu’il construit dans le but de contrôler les 12 millions d’Ouïghours et de Kazakhs, citoyens de la région chinoise la plus occidentale. Du point de vue du Parti (unique, NdT), moins ses activités seront visibles à l’international, mieux cela sera. Mais nous savons désormais dans les grandes lignes ce qui arrive au peuple de cette région. En réponse à des tensions grandissantes entre les Hans et les Ouïghours, le recrutement de ces derniers pour se battre en Syrie et plusieurs attaques terroristes de séparatistes, le PCC a lancé sa Campagne « Frapper Fort » Contre la Violence Terroriste. Malgré ce nom, les cibles de cette campagne ne se limitent pas aux terroristes. Aucun Ouïghour ne peut échapper aux filets du parti ni aucun membre d’une autre minorité ethnique, en particulier les Kazakhs.

En octobre (2017), Human Rights Watch  a signalé que le gouvernement chinois avait constitué une base de données nationale d’empreintes vocales afin de pouvoir identifier automatiquement les personnes qui parlent au téléphone. Le gouvernement vise à relier la biométrie vocale de dizaines de milliers de personnes à leur numéro d’identité, leur origine ethnique et leur adresse. Selon HRW, le distributeur de logiciels vocaux chinois a même breveté un logiciel permettant de localiser les fichiers audio pour « surveiller l’opinion publique ».

Source : blog chemin de la vérité

  Certaines méthodes utilisées pour la surveillance et le contrôle autoritaire de la population du Xinjiang proviennent directement de la science-fiction : Collecte d’A.D.N., reconnaissance de l’iris, enregistrement des voix des habitants Ouïghours, téléchargements réguliers du contenu de leur matériel numérique, carte d’identité électronique permettant de suivre les déplacements du propriétaire et des rangées de caméras de surveillance dans les rues, les marchés, leur maison. Pour les étudiants de l’histoire chinoise, d’autres éléments sont tragiquement familiers. Les séances d’auto-critiques de la Révolution Culturelle ressurgissent ( le gouverneur actuel du Xinjiang, savait parfaitement les utiliser au Tibet quand il y opérait avec la même fonction, NdT) : désormais, les Ouïghours se rassemblent en public pour dénoncer leurs parents et reconnaître publiquement leurs pêchers politiques. Plus inquiétant que tout est le vaste réseau de camp d’éducation politique qui a été créé pour détenir et « rééduquer » les Ouïghours trop attachés à leur culture. Entre 600 000 et 1,2 millions d’Ouïghours sont détenus dans ces camps, environ 1 pour 12. Que doit faire un Ouïghour ou un Kazakh pour mériter d’être détenu dans l’un de ces camps ? Ce mois-ci, l’association Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport de 125 pages sur la crise du Xinjiang qui aide à répondre à cette question. Il est intitulé «  Eradiquer les virus idéologiques : la campagne chinoise de répression des musulmans du Xinjiang ». Le rapport est essentiellement construit d’extraits d’entretiens entre des chercheurs de H.R.W. et 58 Ouïghours et Kazakhs vivant dans 8 pays différents. Il s’agit de la plus grande série d’entretiens jamais réalisée dans son genre. Toutes les personnes interrogées ont pu s’enfuir du Xinjiang ces deux dernières années. Toutes ont été soit détenues dans un camp d’éducation politique, soit un membre de leur famille purge une peine à leur place. Leurs témoignages coïncident avec les données glanées par des étrangers pour d’autres média obtenus. Toutefois, la façon dont les entretiens de H.R.W. éclaircissent le changement du quotidien du peuple rend le document précieux. Ici, je liste les choses que les Ouïghours et les Kazakhs ont peur de faire par crainte d’attirer l’omniprésente force de police. Chaque item a été mentionné au moins une fois par les personnes interrogées. Chacun est suffisant pour être détenu sans procès et indéfiniment dans un camp d’éducation politique.

Carton rouge à l’incarcération en Chine

Détenir une tente Dire aux autres de ne pas jurer Parler avec quelqu’un qui a voyager à l’étranger
Détenir du matériel de soudure Dire aux autres de ne pas pécher Avoir voyagé à l’étranger
Avoir des réserves de nourritures Petit-déjeuner avant le lever du soleil Connaître quelqu’un qui a voyagé à l’étranger
Détenir une boussole Se disputer avec un représentant de l’Etat Déclarer publiquement que la Chine est inférieure à un autre pays
Posséder plusieurs couteaux Envoyer une pétition se plaignant des fonctionnaires de proximité Avoir trop d’enfants
Ne pas boire d’alcool Ne pas autoriser un fonctionnaire à dormir dans votre lit, manger votre nourriture et vivre dans votre maison Avoir un VPN ( qui permet de détourner la censure de l’internet)
Ne pas fumer Ne pas avoir sur soi sa carte d’identité Avoir What’sApp
Crier de peine, pleurer ou autres actions de tristesse au décès d’un parent Ne pas se laisser prélever son ADN par un agent de police Regarder une vidéo filmée à l’étranger
Porter une écharpe en présence du drapeau chinois Porter un hijab ( si vous avez moins de 45 ans ) Se rendre à la mosquée
Prier Jeûner Ecouter une lecture religieuse
Ne pas laisser les agents de police scanner vos iris Ne pas laisser les agents de police télécharger le contenu complet de votre téléphone portable Ne pas faire un enregistrement vocal à donner aux agents de police
Parler sa langue natale à l’école Parler sa langue natale dans les atelier de travail collectif du gouvernement Parler avec quelqu’un à l’étranger (via Skype, WeChat, etc.)
Porter un vêtement avec des écritures en alphabet arabe Avoir une grande barbe Porter des habits avec une iconographie religieuse
Ne pas assister aux classes de propagandes Ne pas assister aux cérémonies obligatoires de lever de de drapeau Ne pas assister aux séances d’auto-critique
Refuser de dénoncer un membre de sa famille ou soi-même lors des séances d’auto-critiques Tenter de se suicider en détention / garde à vue Tenter de se suicider dans un camp d’éducation
Organiser des funérailles traditionnelles Inviter plusieurs familles chez soi sans s’enregistrer auprès du bureau de police Avoir sa montre à l’heure local du Xinjiang
Etre lié avec toute personne qui aurait fait les actions sus-mentionnées L’élément central de cette campagne est l’incertitude. Il est difficile de distinguer si ces items font partie de la politique officielle ou de décisions ad hoc des autorités locales. Cela a été certainement prévu ainsi. L’une des personnes interrogée a simplement arrêté d’utiliser son téléphone car elle ne pouvait pas dire quels sites internet étaient autorisés et lesquels pourraient alerter la vigilance de la police . Une autre décrivit comment elle arrêta de parler à ses voisins et aux étrangers parce qu’elle ne voulait pas dire involontairement quelque chose qui pourrait attirer la police à sa porte. Le doute pousse vers la peur. La peur rend le peuple soumis aux campagnes du PCC et plus aisé à contrôler. Lister les activités et les items interdits par le parti trahit son véritable objectif. Certains de ces items, telle l’interdiction de posséder du matériel de soudure ou plusieurs couteaux, sont vraisemblablement liés à des activités terroristes. Toutefois, la plupart des items ont moins avoir avec la violence qu’avec l’identité ethnique ou la croyance religieuse. Forcer les Ouïghours à boire de l’alcool ou les interdire de prier n’a rien à voir avec le terrorisme. Il s’agit là de forcer les Ouïghours à aller contre leurs croyances. Forcer les Kazakhs à parler chinois et les interdire à célébrer leurs fêtes traditionnelles n’a rien à voir avec le terrorisme. Il s’agit de forcer les Kazakhs à se comporter comme des Hans. L’objectif de la campagne « Frapper Fort » n’est pas, comme la Chine le proclame, de simplement en finir avec les terroristes mais de détruire une minorité religieuse et son identité tout entière. Cela a créé une atmosphère perpétuelle de peur dans laquelle les Ouïghours craignent les lignes invisibles autour de chaque aspect de leur vie. Dans ce qu’elle appelle une campagne anti-terroriste, la Chine a créé un état de Terreur. Cet article s’inspire d’un premier article posté sur son blog par l’auteur ]]>