
Lu Guang dans les prisons de l’oubli
11 JUIN 2019
(MISE À JOUR : 11 JUIN 2019 )


Une femme est assise près d’un des cours d’eau gravement pollués de la province du Guangdong, Lu Guang
Ce serait donc au cours d’un reportage sur la minorité musulmane Ouïghour victime de violentes répressions que l’artiste chinois aurait été arrêté. Si rien ne filtre officiellement sur les chefs d’inculpation tout laisse à croire que ce sujet particulièrement dérangeant pour le gouvernement chinois fait partie de la longue liste d’arrestations et même de tortures que Lu Guang a dû subir jusqu’à son exil américain. En effet, le célèbre et triple lauréat du prix World Press Photo n’en est pas à ses premiers démêlés avec le pouvoir chinois. Ses images chocs en disent énormément sur un pays qui met à mal son patrimoine naturel et ses populations au nom d’un productivisme économique qui n’a rien d’humain. Au moment où la Chine tente de jouer les bons élèves en matière environnementale et notamment d’urgence climatique, la réalité est toute autre. Par ses images à la fois belles et terrifiantes le photographe s’est révélé être un témoin gênant. Dans le même état d’esprit il a photographié d’une façon crue et sans filtre le désarroi de populations victimes de pollutions impensables en occident, des paysages dévastés et des brouillards dénués de toute poésie tellement ils sont toxiques, mortels.
La poussière émanant d’un camion transportant du charbon et de la chaux recouvre les habitants de Wuhai, en Mongolie intérieure, Lu Guang
Parce qu’il aime la vie, parce qu’il aime son pays, parce qu’il aime ses concitoyens Lu Guang n’a pas hésité à photographier la mort, celles d’enfants victimes de contaminations industrielles comme celles de personnes atteintes du VIH et exclues de tout traitement. Sans autres mots que ses clichés qui en disent plus que tous les discours Lu Guang est le porte-parole de ces sans-voix, de ses invisibles, y compris dans leur propre pays, au risque de sa propre vie. Il est désormais plus qu’urgent que la communauté internationale, à commencer par le monde de la presse et de l’art, se mobilise et fasse pression sur les gouvernements pour demander à la Chine de libérer cet artiste dont le seul crime a été de rétablir des vérités même si celles-ci n’honorent pas son pays d’origine. Il est plus qu’urgent que son épouse, sa famille soient informés du lieu où il est incarcéré, des faits qui lui sont exactement reprochés, de son état de santé. Ce sont des questions fondamentales auquel tout Etat devrait répondre. Nul ne peut accepter un silence qui se veut autant violent qu’antidémocratique.
LU GUANG – pollution industrielle
Doit-on une fois de plus rappeler que l’art c’est la liberté de montrer l’inavouable, de penser et de faire réfléchir des masses contre la barbarie d’autres humains, de rétablir certaines vérités. Aujourd’hui plus que jamais l’expression « créer c’est résister » prend toute sa signification. La situation de Lu Guang nous le rappelle cruellement.
LU GUANG – deux filles préparant les funérailles de leur frère de 6 ans mort du sida
Nous en appelons au Ministre de la Culture et au Président de la République d’intervenir auprès des autorités chinoises pour que cet artiste soit libéré. Au-delà de tous les intérêts économiques qui lient les deux pays, il appartient à la France, pays des droits de l’homme mais également de culture, de porter cette demande dont la légitimité l’honorerait.Le photographe Lu-guang a disparu en décembre 2018