L’utilisation de « détecteurs de mensonges » sur des membres du Parti Communiste indique une escalade des contrôles au TibetLes officiels chinois d’une région de l’est du Tibet ont été sommés de se soumettre à un test polygraphe, plus communément appelé « détecteur de mensonges » [1] dans le cadre d’une évaluation de leur loyauté au Parti Communiste Chinois (PCC). La nouvelle, publiée dans les médias d’État, est une preuve d’un perturbant nouveau niveau d’intrusion dans la vie privée et les opinions des Tibétains. Cela révèle aussi l’existence d’une atmosphère de suspicion et de paranoïa dans la sphère officielle ainsi que l’insécurité du PCC quant à l’érosion de son autorité. Un rapport d’ un média de Kardze (chinois : Gandzi) indique que le détecteur de mensonges a été mis en place pour établir les « véritables sentiments » des cadres du Parti dans la région.[2] Alors qu’ en fait, il est écrit que tout ceci a été mis en place pour établir l’état de leur « stabilité psychologique », la priorité des autorités semble plutôt de s’assurer de la loyauté politique envers le PCC ainsi que de l’adhésion à ses politiques. L’introduction des détecteurs de mensonges pour tester même les représentants du Parti Communiste représente une vraie escalade dans les efforts du PCC pour asseoir sa domination, créant dans le même mouvement un climat de peur et de méfiance. C’est aussi un signe implicite de reconnaissance que dans la sphère officielle aussi bien que dans le reste de la société civile, de nombreux Tibétains restent loyaux au Dalaï Lama et maintiennent un fort attachement à leur identité tibétaine. Les autorités chinoises ont récemment admis que certains des membres du Parti faisaient des dons au Dalaï Lama, ce qui, selon eux, « sapait le combat du Parti contre le séparatisme. » (Global Times, 1er mai 2017). Le Global Times, un journal officiel, a en fait cherché à politiser une pratique tibétaine courante qui consiste à effectuer des offrandes religieuses aux représentants du Dalaï Lama quand un membre d’une famille meurt ou tombe malade par exemple. Le Global Times a ainsi rapporté les mots de Wang Yongjun, un membre de la Commission d’Inspection de Discipline du Parti : « certains officiels du Parti ont négligé des problèmes politiques importants et la lutte du pays contre les séparatistes » en pratiquant ces dons monétaires. Il a ajouté que « de tels comportements ont affecté la cohérence du PCC et son habilité à combattre le séparatisme. » Le fait de rendre publique l’utilisation des détecteurs de mensonges semble être une stratégie pour faire comprendre aux Tibétains qu’ils pouvaient non seulement être punis pour leurs actes mais aussi pour le simple fait de penser au Dalaï Lama. Ceci a été souligné par le Secrétaire du Parti de la Région Autonome du Tibet (RAT) Chen Quanguo, qui avait dit en 2014 : « Ceux qui fantasment quant au Dalaï Lama et à sa clique, ceux qui suivent la clique du 14ème Dalaï Lama et ces cadres du Parti impliqués dans le soutien aux activités d’infiltration et sabotage des séparatistes seront strictement remis sur les rails et sévèrement punis en accord avec la loi. » [3] Le rapport dans le média officiel de Kardze (dans la province administrative du Sichuan mais faisant partie de la région tibétaine du Kham) indique que depuis le 7 avril dans le cadre d’un « entraînement progressif des cadres les candidats ont le devoir de répondre à des questions en accord avec leurs véritables sentiments et idées » et qu’un détecteur de mensonges a été installé dans le but « de vérifier l’authenticité » des réponses. Jusqu’ici 168 cadres du Parti ont participé à l’évaluation cette année selon l’article qui rapporte aussi une visite par le Directeur du Département de l’Organisation du Parti Liu Jixiang. Le climat politique dans le préfecture tibétaine autonome de Kardze a été particulièrement lourd, son histoire étant très liée à la résistance aux règles chinoises et à un lien très fort à l’identité culturelle bouddhiste tibétaine. Dans plusieurs rapports officiels, les autorités chinoises ont fait référence à la « lutte ardue pour maintenir l’ordre public et la stabilité » dans la province, ceci faisant référence au nombre élevé de protestations pacifiques et à la loyauté des habitants au Dalaï Lama qui ne faiblit pas.[4] International Campaign for Tibet a observé une hausse des activités militaires et de la surveillance dans la préfecture de Kardze, particulièrement aux environs de l’Institut religieux de Larung Gar, depuis la démolition des habitations et les expulsions des moines et des nonnes, [actions répressives ] entamées depuis un an. Un observateur dans la région a évoqué le fait que des stations de police mobiles ont été déployées dans plusieurs villes du Sichuan. « Elles sont équipées de caméras vidéo, d’un arsenal particulier et de signaux lumineux ordonnant à la population de maintenir l’ordre et l’harmonie ainsi que de respecter les lois chinoises. Aucun véhicule transportant des passagers n’est autorisé à s’arrêter aux alentours des stations mobiles. Ces installations ont créé des tensions accrues et plus de pression sur la vie quotidienne des Tibétains, en particulier si l’on considère que la plupart de villes orientales du Tibet (Sichuan et Qinghai) ont vu augmenter la présence militaire et la construction de grandes installations militaires, y compris dans la région de Serthar ces dernières années. » [5] En même temps que la nouvelle du recours aux détecteurs de mensonges, la presse officielle du Kardze a annoncé une autre conférence d’inspection impliquant un responsable qui a reconnu la nécessité d’une « amélioration » dans la « position politique des cadres du parti. »[6] Signalant l’importance politique de ces développements, les autorités provinciales du Sichuan viennent d’annoncer un entraînement à grande échelle des cadres du Parti pendant les deux prochaines années. Un ordre émis le 25 avril 2017 a détaillé le plan pour entraîner des dizaines de milliers de personnes, il fait état du fait qu’il n’est pas seulement important pour le service au Parti mais aussi pour “renforcer le leadership” sur une base idéologique et politique, particulièrement dans la période précédent le 19ème Congrès du Parti cet automne où Xi Jinping cherchera à consolider son pouvoir.[7]

