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09/07/25 | 8 h 38 min par Arnaud Montebourg - Jean-Marc Daniel - Flora Ghebali

Made in China = Made in Charbon : Lorsque les consommateurs européens sont complices du réchauffement climatique

Guerre commerciale : faut-il interdire le « made in China » ?

Alors que les petits colis venus de Chine déferlent par milliards en Europe, la France et l’Union européenne réfléchissent à des taxes. Les États-Unis, eux, ont franchi l’étape avec les droits de douane du super-protectionniste Donald Trump. Mais quid du pouvoir d’achat ?

Avec
  • Arnaud Montebourg, entrepreneur, ancien Ministre de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique
  • Flora Ghebalientrepreneure militante et fondatrice de l’agence « Coalitions »
  • Jean-Marc Daniel, économiste, professeur émérite à l’ESCP Business School

Le chiffre est astronomique. En 2024, 800 millions de « petits colis » ont été livrés en France. Parmi eux, plus d’un sur cinq provient des trois géants chinois de la fast fashion, Shein, Temu et AliExpress. Avec des coûts de production dérisoires, un impact écologique désastreux et des conditions de travail préoccupantes, les produits chinois affichent des prix imbattables et posent des questions éthiques. Pendant ce temps, impossible pour le « made in France » de rivaliser, dans un pays où huit Français sur dix disent se serrer la ceinture.

Faut-il suivre l’exemple de Donald Trump, qui a décidé de surtaxer les petits colis en provenance de Chine ? Doit-on craindre des répercussions sur les produits français, voire sur les prix que payent les consommateurs ? Vivons-nous un retour au protectionnisme ?

Arnaud Montebourg : l’Europe menacée par une « concurrence déloyale »

Pour l’ancien ministre l’Économie et défenseur du « made in France » Arnaud Montebourg, l’Europe subit une double pression : « Nous sommes déjà les esclaves numériques des GAFAM » et « maintenant, nous sommes attaqués industriellement par les Chinois, pas seulement par les grands distributeurs de la fast fashion, mais également sur la voiture électrique, les matériaux de carrière, le bois… » Il dénonce une « concurrence déloyale » de la part de la Chine qui « pratique le dumping » : « Même quand vous mettez des taxes, Trump l’a fait de 200%, ils absorbent les 200% ».

Arnaud Montebourg préconise un retour aux quotas d’importation, comme ceux appliqués par l’Europe aux voitures japonaises dans les années 1970. « Ça se terminera comme ça si on veut sauver notre automobile. Il y a 15 millions d’emplois en Europe. Volkswagen vient d’annoncer un plan social de 35 000 personnes et c’est ce qui se passe en France et qui se prépare. Donc, soit l’Europe nous protège, soit ce sera la rébellion contre l’Europe, et vous aurez des réactions nationales extrêmement vives. »

Jean-Marc Daniel : l’Europe, « grande gagnante du libre-échange »

L’économiste Jean-Marc Daniel, professeur émérite à l’ESCP Business School et partisan du libre-échange, conteste cette analyse. Il souligne que l’Union européenne compte 115 milliards d’euros d’excédent commercial au premier trimestre de 2025, juste derrière la Chine (165 milliards de dollars), tandis que les États-Unis, eux, sont « le premier déficit extérieur mondial »« Nous sommes les gagnants du libre-échange, affirme-t-il. La Chine nous a apporté environ 100 euros de pouvoir d’achat par mois par ménage dans ce pays. Et du côté des exportations, vous avez effectivement une capacité de l’Union européenne à exporter vers les États-Unis, mais également en partie vers la Chine et de plus en plus vers les pays du Sud global qui sont en train d’émerger. »

Il critique la vision protectionniste : « La réponse par le protectionnisme, c’est une réponse qui consiste à baisser le pouvoir d’achat. Parce que les droits de douane, ce ne sont pas les Chinois qui vont les payer, ce sont les Français. »

Flora Ghebali : une économie « qui n’est plus basée sur le besoin, mais sur le désir »

La militante écologiste Flora Ghebali, autrice du Syndrome de la fourmi. Voir et dépasser les frontières mentales de l’inaction écologique (Éditions de l’Observatoire, mai 2023), insiste sur les enjeux écologiques et sociétaux de cette surconsommation. Elle observe que l’économie « n’est plus basée sur le besoin, mais sur le désir »« Il y a quoi d’utile et d’essentiel aux Européens et aux Français dans les 800 millions de petits colis chinois » livrés en France en 2024 ?, interroge-t-elle.

« La définition de la fast fashion, c’est une mode qui nous fait consommer toujours plus grâce à deux choses : des bas prix et une publicité », poursuit Flora Ghebali. Elle critique les techniques publicitaires qui créent des « conditionnements évaluatifs », des « mécanismes d’addiction » : « En gros, pour être heureux, vous avez besoin d’acheter sur Shein ». Aujourd’hui, conclut-elle, « ces conditionnements évaluatifs sont en train de détruire non seulement l’économie, mais aussi la santé mentale ».

Elle dénonce également « un marché dont les règles du jeu sont pipées » : « C’est ce que certains appellent la prime aux vices. Plus une entreprise pollue, paye mal ses travailleurs, utilise des moyens carbonés pour livrer ses produits, plus elle gagne de l’argent ».