Le 21 janvier dernier, dans une note verbale transmise aux Nations Unies, le Japon a déclaré les revendications de Pékin en mer de Chine du Sud « sans fondement » car étant en contradiction avec la Convention des Nations unies sur le Droit de la mer. Cette réaction japonaise vient s’ajouter à la déclaration, le 13 juillet 2020, des États-Unis, par la voix de l’ex-secrétaire d’État Mike Pompeo, dans laquelle l’Amérique juge les prétentions chinoises dans cette zone « illégales ». « Nous le disons clairement : les revendications de Pékin sur les ressources offshore dans la plus grande partie de la mer de Chine méridionale sont complètement illégales, de même que sa campagne d’intimidation pour les contrôler », avait déclaré l’ancien chef de la diplomatie américaine. Mike Pompeo avait rappelé qu’un tribunal de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye avait jugé en 2016 que la Chine n’avait pas de base légale pour revendiquer des « droits historiques » sur cette zone. Il s’agit là d’un virage sur l’aile de la diplomatie américaine qui s’était jusqu’à présent abstenue de prendre position dans les différends territoriaux dans cette région, se contentant d’y affirmer la « liberté de navigation ». C’est aussi un changement notable de la politique du Japon à l’égard des revendications chinoises. Du 1er au 5 juillet 2020, des manœuvres militaires chinoises autour des Paracels avaient brusquement fait monter la tension dans cette zone. Washington y avait répondu en y envoyant deux porte-avions, le Ronald Reagan et le Nimitz, accompagnés de leur armada, un déploiement de forces sans précédent depuis 2014. Les États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni, la France, le Japon et l’Australie dépêchent régulièrement des navires de guerre dans la zone pour y affirmer « la liberté de navigation » dans des « eaux internationales ». Un sous-marin nucléaire d’attaque français s’y est aventuré tout récemment.
LES EUROPÉENS PRENNENT POSITION
Mais Washington et Tokyo ne sont pas seuls. D’ordinaire discrets sur cette question, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont créé la surprise le 16 septembre dernier, en envoyant simultanément à l’ONU leurs propres notes sur le sujet dans lesquels ils considèrent « injustifiées » et contraires au droit international les revendications chinoises sur cette zone. Les notes diplomatiques de ces trois pays ont exprimé leurs désaccords avec les sept notes émises par la Chine précédemment. C’était la première fois que les trois plus grandes puissances européennes — membres du G7 — expriment ensemble une vision commune et confirment leur position unifiée sur la question de la mer de Chine. En outre, cette position a été soigneusement pesée, discutée, préparée par ces trois pays. Elle démontre leur inquiétude face aux conflits en mer de Chine méridionale, ainsi que la nécessité d’expliciter les vues européennes sur cette question. Dans les notes diplomatiques européennes, il est dit que « le fait qu’un État continental se considère comme un État archipélagique pour tracer une ligne de base droite ou une ligne de base pour un État archipélagique est injustifié ». Quelles sont les revendications chinoises ? Pékin estime que plus de 80 % de la mer de Chine du Sud, y compris l’intégralité des îles Spratleys et Paracels, font partie de son territoire sacré. La Chine délimite ce territoire, d’une superficie de quelque 3,5 millions de kilomètres carrés, par le fameux « tracé en neuf traits » qui s’étend de la côte méridionale chinoise jusqu’au sud de la Malaisie. [caption id="attachment_22824" align="aligncenter" width="567"]
Elle sert toujours de référence aujourd’hui : la carte de la mer de Chine du Sud dessinée par la Chine en 1947 avec la « ligne en onze traits » montre les revendications chinoises sur la quasi-totalité de la zone. A noter qu’on parle aujourd’hui de « ligne en neuf traits » après que l’ancien Premier ministre Zhou Enlai a effacé deux traits dans le Golfe du Tonkin. (Source : Wikipedia) détail de la carte :https://tibet.fr/wp-content/uploads/2021/02/Pierre-Antoine-Donnet-3.jpg[/caption]
Les revendications chinoises ont été invalidée en 2016 par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye à la demande des Philippines. Mais Pékin n’en démord pas et proclame sa souveraineté sur ces vastes étendus sur des considérations historiques souvent fictives. Pékin considère que les îles Spratleys et les îles Paracels et toute cette vaste zone sont un territoire chinois depuis près de deux millénaires, mettant en avant d’anciens manuscrits qui parlent de ces archipels comme étant chinois, de même que des poteries et des monnaies trouvées sur ces îles, comme des preuves.


Carte des revendications en mer de Chine du Sud.[/caption]